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usa | Le Blog de la RTSR
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Diversités en séries

Avertissement : je ne suis pas l’auteur du texte qui suit. Paru le 30 septembre 2013 dans le journal LE TEMPS, il est signé par NICOLAS DUFOUR. On y trouve entre autres un long entretien avec Matthieu Béguelin, président du Conseil du public de la RTSR. Les illustrations et leurs légendes ont été choisies par Guillaume Bonvin, le webmaster de site de la RTSR. Je me réjouis, bien entendu, qu’un tel texte soit accueilli dans le BLOG de la RTSR.  (Fyly – 11.09.2013)

Lire plus bas le texte de Gilles Marchand, directeur de la RTS, « Programmer des séries américaines, c’est aussi défendre le service public », qui est aussi une réponse aux textes parus le 30 septembre, rappelés ci-dessus (Fyly – 12.09.2013 à 07:40)

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Le thème peut paraître anodin. Mais, en considérant l’importance culturelle et même sociale qu’ont acquise les séries TV, il a sa pertinence. La question de la place prise par les feuilletons américains dans l’offre de la RTS, par rapport à des productions d’autres régions du monde, peut se poser.

Il ne s’agit pas de rabâcher une fois encore l’opposition catégorique autant que surannée aux séries en provenance des Etats-Unis, longtemps – et toujours, par certains – dépeintes comme instruments de débilisation populaire massive. Dans un climat de concurrence féroce, la création télévisuelle américaine prouve, depuis quinze ans au moins, son audace et son acuité. Et, à mesure que le gros cinéma hollywoodien s’enfonce dans sa déliquescence mentale, l’intelligence de nombreuses séries états-uniennes n’en finit pas de resplendir.

La RTS ne démérite pas totalement. Elle diffuse, certes en mauvaise exposition horaire, quelques-unes de ces séries américaines haut de gamme, comme Boardwalk Empire. Elle absorbe un peu du réveil créatif qui se manifeste en France. Elle a manqué le virage scandinave, tout en se rattrapant tant bien que mal avec Borgen et, dans une moindre mesure, Varg Veum.

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Le Trône de fer (souvent désigné par son titre original, Game of Thrones1), est une série télévisée américaine de fantasy médiévale adaptée pour HBO par David Benioff et D. B. Weiss. Il s’agit d’une adaptation du Trône de fer, une série de romans de fantasy écrits par George R. R. Martin.

Mais il est légitime de demander davantage au service public helvétique. Le diffuseur de statut national doit ouvrir les fenêtres. S’agissant de la diffusion de longs métrages, les cinéphiles – et le public plus largement – protesteraient si la TV publique ne montrait jamais, à aucun moment, des films du Japon, d’Espagne, de Corée du Sud ou d’Argentine, pour épingler quelques zones vives sur la carte mondiale de la production audiovisuelle. Désormais, cette exigence d’élargissement des horizons s’applique aux feuilletons. Tout indique que la série triomphe de manière globale, quels que soient son mode de consommation, la diffusion TV ou les déclinaisons connectées au Web. Il est temps que les services publics, et singulièrement la RTS, suivent avec curiosité et ouverture d’esprit cette expansion d’une certaine narration du monde.

Séries Américaines, L’overdose?

La surdose? Depuis la rentrée, et jusqu’à mi-septembre, la RTS aura mis sur orbite ou relancé pas moins de huit séries TV américaines. Des poids lourds tels que NCIS – pour une dixième fournée – et des nouveautés parmi lesquelles Chicago Fire, sur le thème classique de la caserne de pompiers, ou Smash, une comédie musicale. Des productions qui s’ajoutent à d’autres, toujours en diffusion ou récurrentes, comme Les Experts.

Chaque semaine, sur une centaine d’épisodes de 35 séries mis à l’antenne, plus de 70 sont américains (lire ci-dessous). Les fictions venues des Etats-Unis occupent les trois quarts des 5000 épisodes diffusés chaque année par les deux canaux romands, une proportion plus élevée que la part de marché du cinéma américain dans les salles (65%).

Alors que le débat sur le service public audiovisuel fait rage, cette question de la présence de la fiction américaine devient constante. Parfois en raison d’une opposition de principe, sans tenir compte du fait que, dans sa palette, la RTS propose des feuilletons américains faisant autorité, par exemple Boardwalk Empire. Toutefois, l’ampleur de l’occupation des grilles par un certain imaginaire «made in USA» interpelle. Auteur d’un postulat à propos des missions de la SSR, le conseiller national Filippo Leu­tenegger (PLR/ZH) ne veut pas trop s’avancer en termes de contenus, mais il estime que le divertissement fait partie de la question plus générale du service public, «qui doit être redéfini, surtout au moment où il dispose de moyens croissants face à un secteur privé en difficulté, en concurrence sur le même marché internet». Il relève les «absurdités» d’offres similaires entre les chaînes publiques – une émission de télé-réalité sur SRF, dans ce cas – et les émetteurs privés. Intervenant volontiers sur les questions de médias, la conseillère aux Etats Géraldine Savary (PS/VD), qui dit «adorer les séries», pose en préambule: «Est-ce que la RTS doit proposer des séries et du sport? Oui. Elle doit même avoir une programmation ambitieuse, aussi bien en cinéma que pour les séries, dont la qualité est parfois supérieure.» Avant de déplorer une «omniprésence des séries américaines, parfois d’une violence limite, comme Esprits criminels, montrée à 21 h, ou en fin de vie telles que Les Experts ou NCIS. Arte montre la voie avec une politique forte, tandis que la RTS a raté le coche de The Killing [Forbrydelsen, le suspense danois original], c’est révélateur… Ils semblent n’avoir plus d’audace.»

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John Reese, un agent paramilitaire de la CIA présumé mort est engagé par un mystérieux milliardaire du nom de Harold Finch. Celui-ci a conçu pour le gouvernement, par le passé, une machine de surveillance de masse capable de prédire les actes terroristes dans le monde, en s’appuyant sur de nombreuses données comme les enregistrements des caméras de surveillance et des appels téléphoniques ou les antécédents judiciaires.

Directeur de la RTS, Gilles Marchand se défend, d’abord sur le principe: «La légitimité et la saveur d’une programmation de télévision généraliste, particulièrement de service public, tiennent à la diversité et à l’équilibre de son offre. Vis-à-vis du public, nous devons être légitimes. Tout le public, celui qui souhaite s’informer bien sûr, mais aussi celui qui aime les séries et le sport.» Et d’ajouter: «Il n’est pas juste de résumer la politique d’achat de fiction de la RTS aux seules séries américaines. La RTS est la chaîne généraliste européenne qui diffuse le plus de films de cinéma français. Ni TF1, ni France 2, France 3 ou M6 ne diffusent autant de cinéma français et européen.»

Si la fiction américaine envahit les grilles, c’est parce qu’elle permet de les remplir à bon prix. Hollywood arrose le monde avec des feuilletons souvent déjà amortis sur le plan national, en modulant les prix selon la taille du territoire. Dans le cas de la Suisse romande, évidemment, la facture est modique. La rediffusion d’un Columbo ou d’une Arabesque en journée ne coûtera qu’un millier de francs. Un épisode inédit en soirée reviendra à environ 6000 francs, très loin du tarif des émissions ou des fictions que la RTS produit elle-même. En moyenne, une série achetée coûte 100 francs la minute; une fiction maison 10 000 francs. Gilles Marchand le souligne: «Nous ne pouvons évidemment pas produire l’équivalent de ce que nous achetons. Nous concentrons donc nos moyens sur la production originale suisse en prime time et tenons nos positions de marché grâce aux achats dans le reste de la grille.»

Et la grille est avide: la fiction (cinéma, séries et téléfilms) la nourrit à hauteur de 65%, «une place énorme, et de nombreuses cases à remplir…» relève Alix Nicole, responsable des achats de fiction. Elle l’assure, «nous sommes conscients de cette omniprésence américaine, c’est pourquoi nous avons créé une case «made in Europe», et nous essayons de plus en plus de proposer les séries européennes aussi en rattrapage.» La danoise Borgen occupe par exemple cette case européenne dès ce vendredi… à 23 h 15. Les responsables de la RTS affirment ne pas faire davantage d’audience avec ce type de fictions s’ils les placent plus tôt dans la soirée. Et ils excluent de montrer des séries sous-titrées, convaincus que ce format fait fuir les téléspectateurs. Une option qui favorise les fictions américaines, déjà doublées en France.

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Après une confidence d’un de ses informateurs, Carrie Mathison, agent de la CIA souffrant en secret de trouble bipolaire, est la seule persuadée que Nicholas Brody, un Marine américain libéré lors d’une opération commando en 2011 au terme de huit ans de détention par Al-Qaïda, a été « retourné » et représente un risque pour la sécurité nationale du pays. Sa persévérance, qui va virer à l’obsession maladive, pour suivre le comportement du Marine, va l’amener à déterminer si le traumatisme du soldat est réel, ou s’il participe à une conspiration visant les États-Unis.

De fait, les séries américaines ne dominent pas outrageusement les audiences. Dans le Top 100 de l’année 2012, que la RTS a fourni au Temps, la première série qui apparaît est un chapitre des Experts: Miami, en 27e position, après des émissions propres (Mise au point, A bon entendeur) ou des événements sportifs – l’année 2012 cumulait les JO et l’Euro. Il faut toutefois relever que cet épisode précède de dix places le premier film de cinéma du palmarès, qui occupe le 37e rang. Et ces fictions en feuilletons drainent fidèlement, chaque semaine en début de soirée, leurs 130 000 amateurs, ou davantage. Avec de bons scores chez les 15-49 ans, une cible fort appétissante pour les annonceurs ainsi que les comptables des chaînes de télévision. Y compris ceux du service public helvétique.

«La RTS Choisit Les Méthodes De Diffusion Des Grandes Chaînes Privées»

Président du Conseil du public de la RTSR, Matthieu Béguelin plaide pour une meilleure exposition des séries «à valeur ajoutée».

Le socialiste neuchâtelois Matthieu Béguelin préside le Conseil du public de la RTSR, représentant de la société civile dans les régions face à la RTS. Ce conseil se penche ces temps sur la question des séries américaines.

Le Temps: La RTS diffuse-t-elle trop de fictions TV des Etats-Unis?
Matthieu Béguelin: 
Il y en a trop, par rapport à l’attention que l’on pourrait porter à des séries européennes, par exemple de Grande-Bretagne ou du Danemark. Mais il existe des séries américaines à valeur ajoutée, telles que Boardwalk Empire ou Homeland, qui mériteraient une meilleure case horaire. Et dans le cas de Borgen, dont la RTS montre la troisième saison à plus de 23 heures, on ne comprend pas un tel choix. Rien ne justifie un horaire aussi tardif, d’autant que cette série est assez proche d’une réalité que le téléspectateur suisse peut appréhender. En outre, notre questionnement porte sur la diffusion par deux épisodes; pour des saisons qui comportent 10 épisodes, voire moins, et dont les histoires se suivent d’un épisode à l’autre, la diffusion est achevée en un mois, cela ne permet pas de fidéliser le public…

– A l’heure du DVD et du visionnement en ligne, montrer deux épisodes à la suite, n’est-ce pas une parade des chaînes?

– Elles ont commencé avant le téléchargement – peut-être l’ont-elles même, ainsi, favorisé… Aux Etats-Unis, qui ne connaissent pas cette pratique, les spectateurs attendent! Si c’est possible avec une offre aussi pléthorique que celle des chaînes américaines, on peut imaginer que le public suisse puisse aussi s’enthousiasmer d’une semaine à l’autre. Et il y a d’autres possibilités: la RTS avait montré sa propre série 10 sur Internet avant la diffusion…

– Les grosses séries montrées en début de soirée, «Les Experts» ou «The Mentalist», demeurent très populaires…

–     Elles le sont peut-être parce qu’elles sont montrées à cette heure. C’est la poule et l’œuf. Nous demandons une soirée dédiée aux séries plus construites, qui pourrait commencer par Borgen en premier rideau, puis suivre avec Magic City vers 21h30, pour donner un exemple. Cette dernière a des éléments de violence, mais n’oubliez pas que le contenu des Experts ou de NCIS n’est pas très sympathique. On s’y attarde sur des meurtres, des crimes, des cadavres…

– La chaîne principale de la RTS diffusant davantage d’épisodes américains que TF1, cela pose-t-il une question en termes de service public?

– Nous ne sommes pas très satisfaits de voir la RTS choisir les méthodes de diffusion des grandes chaînes privées. Les grilles se ressemblent. L’argument selon lequel la chaîne publique doit séduire le public peut se retourner: le contenu peut amener un audimat. La qualité de certaines séries justifie une prise de risque. Se concentrer sur la plus-value, pour un rendez-vous hebdomadaire, permet d’aller chercher des bonnes séries en Europe, songez aux anglaises Black Mirror ou The Shadow Line, aux fictions scandinaves, aux nouvelles productions françaises comme celles de Canal +… Il ne s’agit pas d’être élitaire en disant que les gens n’apprécient pas assez les séries de qualité, mais d’affirmer que les téléspectateurs doivent avoir droit à la meilleure qualité.

– Dans ce débat, ne fétichise-t-on pas la diffusion TV alors que les consommations par le Web et les autres écrans s’accroissent?

– Manifestement, le public est toujours là. C’est même une raison de plus pour le fidéliser autour d’un rendez-vous, d’une offre différente. TF1 voit ses audiences baisser, la formule peut s’épuiser. La question est de savoir comment la RTS s’inscrit face à cette grande créativité des séries. Y compris pour ses propres productions. Si les Danois réussissent à attirer 1,5 million de spectateurs avec Borgen, pourquoi ne pas s’en ins­pirer?

Plus De 70 Épisodes Américains Par Semaine

En une semaine, RTS Un et RTS Deux diffusent deux fois plus d’épisodes de séries américaines que TF1. Le plus souvent, la seule RTS Un montre davantage d’épisodes que la grande chaîne privée française. M6, elle, s’illustre, parfois avec TF1, dans des diffusions-fleuves d’épisodes en soirée, mais demeure un peu plus modeste en matière de séries «made in USA». C’est ce qui ressort d’un pointage réalisé par Le Temps.

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Mad Men se déroule dans les années 1960 à New York, au sein d’une agence publicitaire fictive de Madison Avenue.

Les grilles de trois semaines, d’environ 6 h à 2 h du matin, ont été analysées, en septembre 2012, janvier et août 2013. Chaque épisode de production américaine a été compté, y compris les soaps tels que Top Model, mais pas les téléfilms unitaires ni les programmes de jeunesse. Hormis M6, qui accuse une baisse du nombre d’épisodes américains en août dernier par rapport à janvier, les volumes restent stables. En septembre 2012, les deux canaux de la RTS montraient 74 chapitres de fiction américaine, respectivement 43 et 34. TF1 en proposait 37. En janvier, le diffuseur romand offrait 75 épisodes (RTS Un: 48), TF1 38. Et en août, les chiffres sont de 40 sur RTS Un, 31 pour RTS Deux et 41 sur le leader hexagonal. M6 en affichait 28.

Sur le service public romand, les séries américaines accaparent au moins 42 heures de programme par semaine – une estimation prudente, car il s’agit d’une moyenne entre les épisodes de 42 et ceux de 26 minutes. Entre le 17 et le 23 août 2013, la RTS se singularisait par l’occupation de trois débuts de soirée – en comptant le jeudi dès 21h15 – au profit des feuilletons américains; TF1 et M6 n’en consacraient que deux.

Durant les trois semaines étudiées, M6 a battu le record de diffusion d’épisodes en une journée, 14 (le 18 janvier). Chaque jour, la RTS, surtout sur RTS Un, montre entre 2 et 11 épisodes «made in USA», avec des pointes les mercredis et dimanches.

  • Nicolas Dufour
  • Articles repris du journal Le Temps de Vendredi 30 août 2013

A lire sur le même sujet : L’article du Blog de la RTSR
Cinquante millions en une année pour la production externe.

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Article paru dans le journal Le Temps du jeudi 12 septembre 2013  en page 11

Programmer des séries américaines, c’est aussi défendre le service public

Gilles Marchand

C’est un de ces sujets récurrents comme les régimes en été ou les impôts en hiver: la présence des ­séries américaines sur les grilles des programmes de la RTS est régulièrement débattue. Trop de séries américaines, trop bien exposées et peu compatibles avec le mandat de service public, affirment les uns. Un excellent choix, en avant-première et en VO, soutiennent les autres, qui pensent au contraire que le service public ne doit mépriser aucun public.

L’occasion donc de refaire le point.

C’est un fait, il y a de nombreuses séries américaines programmées sur la RTS. Est-ce compatible avec le mandat de service public? Sans aucun doute. Pour au moins trois bonnes raisons.

Il y a tout d’abord d’excellentes productions américaines. Bien réalisées, bien jouées, bien rythmées. C’est d’ailleurs aux Etats-Unis que se produit l’essentiel de la fiction mondiale. Est-ce problématique de les proposer au public romand? Oui, s’il n’y avait que cela. Non, si elles ne représentent qu’une partie d’une grille de programmes équilibrée dans laquelle toute la fiction ne pèse pas plus que l’information (28%). Preuve en est l’engouement qu’elles provoquent. Surtout si elles sont bien choisies et proposées avant tout le monde, en VO ou en VF, sur RTS Un ou Deux.

L’expérience de service public ne se limite pas à la production suisse. Celle-ci est certes décisive, essentielle même. Mais le fait d’apprécier et de suivre ensemble, voire de commenter un programme, d’où qu’il vienne, est aussi une expérience collective importante.

Et la série américaine à deux autres vertus cardinales pour la RTS.

D’une part, elle fédère un public important, qui se retrouve ensuite en nombre sur les rendez-vous de production suisse. Le 19:30 ne ferait pas régulièrement 60% de part de marché, les magazines comme Temps Présent, Mise au point, ABE, TTC ou Passe-moi les jumelles, pour ne prendre que ces quelques exemples, ne tutoieraient sans doute pas les 40% de part de marché si la RTS ne cultivait pas, patiemment, la fidélité de son audience, heure par heure, minute par minute. Avec l’aide précieuse de la fiction achetée, qui évite l’éparpillement d’une partie du public romand sur les écrans français, M6 et TF1 en tête.

D’autre part, il faut le dire, la fiction américaine représente un ­rapport qualité-prix imbattable dans le monde de la télévision. A 100 francs la minute sur le marché suisse, la fiction américaine terrasse la concurrence. La fiction suisse, portée par la production indépendante romande, se situe, elle, entre 12 000 et 15 000 francs la minute. Et c’est normal, et même très compétitif à l’échelle européenne.

Pourquoi la fiction américaine est-elle si bon marché? En fonction du volume produit et vendu dans le monde entier, effet de masse bien sûr.

Certes, répondent quelques-uns. Mais pourquoi lui offrir une telle exposition! Pourquoi ne pas mettre d’autres fictions, européennes par exemple, plus tôt?

D’abord parce que, pour main­tenir les excellents résultats d’au­dience de la RTS, il faut exposer en début de soirée ce qui rassemble le public et non ce qui le divise. Ensuite parce que, aujourd’hui, ceux qui veulent trouver des séries plus pointues les trouveront à partir de 22 h 30 sur la RTS, et à l’heure qui leur convient sur le site de la RTS +7. L’essentiel y est, pour tous les écrans, à toute heure!

Et, franchement, il n’est pas honnête de résumer l’offre de programmes et même de fiction de la RTS aux séries américaines.

Il y a d’abord les différentes cases de fiction réservées à la production européenne, notamment anglaise et scandinave. Ensuite, la RTS est la chaîne généraliste qui programme le plus de fictions francophones en Europe, devant les chaînes fran­çaises! C’est l’industrie française du film qui le démontre, statistiques à l’appui. Plus de 80% des téléfilms diffusés sur la RTS sont tournés en français.

Enfin, depuis trois ans, la RTS a lancé une politique assez audacieuse de séries suisses, avec la production indépendante romande. 10, CROM, T’es pas la seule, 1 et 2, L’Heure du secret, 1 et 2, Port d’attache, prochainement A Livre ouvert, et d’autres projets encore sont nés de ces initiatives. Avec, à la clé, une grande exposition en prime time, un savoir-faire qui se développe, des réalisateurs, des comédiens et des techniciens qui peuvent être fiers, avec la RTS, d’un tel succès public.

Et n’oublions pas non plus le cinéma suisse francophone, soutenu par la RTS, qui livre chaque année son lot de productions saluées par la critique suisse comme internationale. Lionel Baier ou Ursula Meier, pour ne citer que ces deux exemples emblématiques, illustrent parfaitement cette nouvelle veine, tout comme Elena Hazanov, Denis Rabaglia et Jacob Berger, qui disposent d’une carte blanche au 19:30 le vendredi, pour un exercice considéré comme une invraisemblable liberté partout ailleurs en Europe.

Alors, oui, la RTS dépense moins de 10% de son budget de programmes pour acheter des fictions. Grâce à cela et à toutes les émissions qu’elle fabrique, elle résiste plutôt bien à l’explosion du paysage audiovisuel numérique, linéaire ou à la carte. La fiction offre ainsi un bon socle de téléspectateurs, fidèles à la production suisse. C’est une contribution à un service public, pour tous les publics.

Directeur de la RTS

“Borgia” et “Killing” : USA contre Europe

La diffusion des séries hebdomadaires de haut niveau obéit (presque) sur la TSR à la règle suivante : meilleure est cette série si sa diffusion est tardive ( après 23 heures) et plus encore si elle est affublée d’un logo rouge de mise en garde de « certaines sensibilités » contre des scènes généralement de violence ou de sexe. Mais il s’agit plutôt d’une tendance.

« Dexter » partout… sauf ici !

Tirerait-on du programme de dimanche dernier (30 octobre) un montage issu des scènes ou situations les plus virulentes de « Varg veen » et de « Les Borgias » que par comparaison « Dexter » tiendrait de la bluette. Une vague de moralisme souffle sur la télévision installée dans la calviniste Genève. Le refus de programmer « Dexter » tient de l’auto-censure. Il ressemble furieusement à un acte de censure conduisant pour la spectateur à un choix entre sa chaîne préférée et ses voisines de TF1, de Zürich ou d’Espagne, etc.

Sarah Linden (Mireille Enos) dans “Killing” version américaine

Sarah Linden (Mireille Enos) dans “Killing” version américaine

Sara Lünd (Sofie Gabrol) dans “The killing” version danoise

Sara Lünd (Sofie Gabrol) dans “The killing” version danoise

Doubles choix … anti-européens !

D’un non-choix, passons à des choix unilatéralement imposés. Il existe donc deux versions de la grande famille espagnole régnant sur le Vatican : un « Borgia » commandité par Canal alpha de France et « Les Borgias » venus des USA. Constatation : la TSR a choisi la version anglophone. La deuxième saison de la série danoise « The killing » vient de s’achever sur Arte. La première saison de la version américaine vient de prendre son élan sur TSR1 le lundi soir. De beaux esprits se plaisent à dire que tout le monde parle d’Arte sans jamais la regarder. On aurait donc très bien pu choisir pour la TSR la version danoise, sans nuire à l’audimat. Une deuxième fois, entre l’Europe et les USA, le choix par la TSR s’est porté sur les USA.

J’ignore si «Borgia » surpasse « Les Borgias » faute de connaître le premier. « The killing » du Danemark est supérieur au « Killing » américain, de peu, mais tout de même.

Version américaine ou version danoise ?

Version américaine ou version danoise ?

La Sara danoise plus mystérieuse que la Sarah américaine

Première surprise : les suivre conduit immédiatement au sentiment de déjà-vu, mais sans la moindre nuance péjorative. Comme si on se lançait pour le plaisir dans une seconde lecture. Les scènes nocturnes restent nocturnes, dans les bleus sombres. Il pleut sur Copenhague autant qu’il pleut sur Seattle. La famille de la victime de Raben devient Larsen. Sara Lünd se nomme désormais Sarah Linden. Et parmi les multiples similitudes qui ne sont pas des copies, une pourtant étonne. L’actrice danoise, Sofia Gabrol est plus mystérieuse, plus troublante, plus étrange, plus inquiétante, moins lisse que Mireille Enos.

Sofie Gabrol

Sofie Gabrol

Savoir savourer Mad men

Il ne se passe pas de semaine, et depuis assez longtemps déjà, sans qu’un média écrit de langue française ne s’intéresse à la série « Mad men », que l’on passe d’un quotidien « populaire » à une revue de cinéma vouée à la notion d’auteur la plus exigeante. Le snobisme à court terme n’explique rien.

Adultère sur internet et .. « Mad men »

Exemple récent : le grand quotidien romand dit incontournable aborde le problème de l’adultère facilité par des sites, parfois à bon rendement commercial, installés sur la toile. Encore convient-il de donner un exemple frappant d’adultère. Celui du Don Draper de « Mad men » fait l’affaire, avec son mensonge sur les obligations professionnelles tardives.

« Dépanné » par sa collaboratrice.

Dans le plus récent numéro de la série (TSR, dimanche 20 mars 2011), Dan Draper emmène Bobbie, sa maîtresse au bord de la mer, là où s’étendre sur le sable peut être source de volupté. Mais en toute, manque du pot : un bête d’accident de voiture, conducteur alcoolisé. Voici Dan retenu au poste de police, sommé de régler une amende de cent cinquante dollars. Saura-t-il se faire aider pour régler cette somme ? Plan suivant :il est assis dans une voiture conduite par Peggy. C’est à sa fidèle collaboratrice et seulement collaboratrice qu’il aura fait appel. Et celle-ci, accueillera Bobbie chez elle alors que Betty qui n’a pas dormi de la nuit assiste au retour de Dan. Plus tard, Peggy, imidement, fera remarquer à Dan, que pour elle, cent dollars, ce n’est pas rien. Ce qui se passe hors-champ est parfois tout aussi dense que ce que montre l’image ! Il faut une splendide écriture pour cela. Etonnant, d’ailleurs, dans la série, d’entendre parler de dollars en 1960 . la dizaine représente déjà quelque chose. Mais il serait difficile d’introduire, dans un série, la notion de dollar constant. Que valent, aujourd’hui, dix dollars de 1962 ?

Dan Draper (Jon Hamm ) et Hollis ( La Mond Byrd), sa maîtresse (TSR)

On fume dans chaque plan…

On imagine mal un journal sérieux s’en allant récupérer ses exemples dans des « potages » quotidiens comme le « Top Models » (5.800 numéros à ce jour ) américain ou, mieux tout de même, le « Plus belle la vie » français.( bientôt 1.700). Par contre, citer une série qui est à juste titre reconnue pour ses ambitieuses qualités valorise un texte. « Mad men », qui donc raconte le fonctionnement d’une agence de publicité américaine au début des années soixante, quand apparaissaient les trente glorieuses de la croissance, vaut par la richesse de ses personnages, la méticulosité de sa reconstitution ( la mode d’aujourd’hui lui rend hommage). On fume dans chaque plan, on boit dans un plan sur trois. Pas un instant où l’on s’ennuie. Mais en même temps, le temps s’écoule sans donner de sentiment d’accélération : ce rythme parfois contemplatif est aussi une qualité que le cinéma commercial perd à force de multiplier les actions et d’abréger les plans.

Cinq des membbres de l’équipe de l’agence, de gauche à droite et de haut en bas : Pete Campbell ( Vincent Kartheiser) , Roger Sterling (John Slattery), , Peggy Olson (Elisabeth Moss), Joan Hollyday (Christina Hendricks), Betty Draper (January Jones) et Dan Draper (John Hamm, assis) Qui est l’intrus(e) ?

Au loin, « Twin Peaks »

L’évident succès des séries exigeantes, pas seulement américaines si celles-ci sont numériquement dominatrices, est aussi un signe d’un progrès du langage audiovisuel. On peut faire par commodité remonter leurs débuts au « Twin Peaks » de Lynch au début des années 90 et citer au moins « Les sopranos », « Deadwood » , « Roma », « Dr House » ou « Dexter », et bien sûr « Mad men ». Elles apportent au « consommateur » du temps pour suivre le récit et apprécier sa diversité dans l’espace. C’est une manière de résister au « tout sur tout, surtout tout de suite sur tous les supports » qui provoque des noyades dans la superficialité. On retrouve le plaisir de pouvoir savourer tranquillement la richesse d’une imagination créatrice.

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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