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Articles avec le tag ‘mad men’

“Mad men” : fin de saison en toute fin de soirée

Des diffusions bien tardives

D’une manière générale, en pays francophones, les chaînes de service public généraliste ont une tendance assez fâcheuse, repousser en fin de soirée leurs séries de fiction les plus ambitieuses, celles où le cinéma et la télévision font bon ménage. Même ARTE tombe dans ce travers avec le curieux et nouveau « Xanadu » ( samedis 22h30 ) ou la reprise de « Twin peaks » ( mardis 22h30 ). La TSR lui fait mieux que concurrence avec « Mad men » ( dimanches près de minuit), « Millénium » ( mercredis près de minuit), « Californication » ( jeudis près de minuit), « 24 heures chrono » ( vendredis vers 23h00 en double ). Et ce ne sont là que les heures de début des diffusions !

“Mad men” aura remis à la mode de 2011 la mode féminine américaine du début des années soixante. Roger Sterling (John Slattery) et Don Draper (Jon Hamm) sont aussi d’une extrême élégance, avec ou sans gilet…

Le téléphage téléphile, donc désormais cinéphile aussi, est un noctambule ou un insomniaque ; peut-être les deux à la fois ! Positif tout de même : la possibilité de revoir sur le web, hélas encore trop rarement, parfois pendant au moins sept jours l’une ou l’autre de ces émissions tardives à l’heure de son choix ! Dans un journal, les pages « pointues » sont à disposition de tout un chacun au même moment, donc n’importe quand. Lourde, la programmation de la télévision !

La richesse des meilleures séries

Dimanche 15 mai, sur TSR1, fin de la deuxième saison, avec « Prise de conscience » ( 23h30 environ ). Une minorité attend donc la troisième. Un rappel s’impose : « Mad men » s’inscrit dans la lignée des meilleures séries incontournables, les « Twin peaks » « Roma », « Tudors », « Deadwood », « Sopranos » qui sont de riches témoignages sur l’Histoire et en même temps de généreux divertissements qui apportent aux citoyens et consommateurs d’intenses plaisirs.

Révélatrice, cette image du personnel de l’entreprise Sterling-Cooper. Places bien prises devant ces messieurs, à gauche Joan Hamm ( Christine Hendricks) et à droite Peggy Olsen (Elisabeth Moss), “preuvc” par l’image de l’importance des personnages féminins, nettement moins “tordus” que les masculins, mais pas toujours

Octobre 1962 : James Meredith entre à l’Université du Mississippi

« Riche témoignage sur l’Histoire » : l’affirmation est un peu catégorique si elle correspond à la réalité. Il vaut la peine de citer au moins un exemple. La deuxième saison se déroule de la Saint-Valentin 1962 à la crise de Cuba et des fusées soviétiques en octobre. John Kennedy ( 1917-1963) est président des Etats-Unis depuis le 20 janvier 1961. Il prend clairement position contre la ségrégation raciale. L’Université de Mississippi reçoit l’ordre d’accueillir son premier étudiant noir, James Meredith. Mais il lui faudra une forte escorte policière le 30 septembre pour faire son entrée dans l’enceinte universitaire. Le Mississippi est un des Etats les plus ségrégationnistes. Des incidents éclatent qui font deux morts. A plusieurs reprises, le président Kennedy est intervenu sur l’égalité des droits, y compris par des discours télévisés.

Pete Campbell (Vincent Kartheiser, à droite) est de retour de Los Angeles où Draper est resté pour des raisons personnelles. Il est petit, en apparence modeste, mais arriviste terriblement ambitieux et efficace. C’est un personnage fort de “Mad men” exaspérant mais finalement attachant.

L’oreille distraite du personnel de Sterling-Cooper

Ce rappel est plus complet que l’allusion qui est faite dans « Jet set » ( onzième épisode de la saison 2). La scène apparaît aux environs de la quarantième minute. L’équipe de l’entreprise Sterling-Cooper est réunie alors que Campbell revient de Los Angeles. La radio parle d’émeutes. Sur le petit écran, en arrière champ, on voit Kennedy prononcer un discours dont on n’entend que de bribes. Les publicistes ont certes d’autres choses à faire que de s’intéresser à la politique. Ils ne prêtent qu’une oreille dite discrète à ce problème de l’anti-ségrégationnisme. Mais un événement important pour l’évolution des USA sous la présidence de Kennedy est rappelé, même si le milieu professionnel ne s’y intéresse guère.

A plusieurs reprises, les scénaristes de « Mad men » choisissent de telles scènes pour remettre leurs personnages d’une fiction plausible dans le contexte historique du début des années soixante. Il suffit de pas grand chose pour que qu’un événement politique important soit évoqué, même si l’indifférence des protagonistes du récit est presque totale, indication précieuse aussi sur le comportement d’un groupe social américain.

Savoir savourer Mad men

Il ne se passe pas de semaine, et depuis assez longtemps déjà, sans qu’un média écrit de langue française ne s’intéresse à la série « Mad men », que l’on passe d’un quotidien « populaire » à une revue de cinéma vouée à la notion d’auteur la plus exigeante. Le snobisme à court terme n’explique rien.

Adultère sur internet et .. « Mad men »

Exemple récent : le grand quotidien romand dit incontournable aborde le problème de l’adultère facilité par des sites, parfois à bon rendement commercial, installés sur la toile. Encore convient-il de donner un exemple frappant d’adultère. Celui du Don Draper de « Mad men » fait l’affaire, avec son mensonge sur les obligations professionnelles tardives.

« Dépanné » par sa collaboratrice.

Dans le plus récent numéro de la série (TSR, dimanche 20 mars 2011), Dan Draper emmène Bobbie, sa maîtresse au bord de la mer, là où s’étendre sur le sable peut être source de volupté. Mais en toute, manque du pot : un bête d’accident de voiture, conducteur alcoolisé. Voici Dan retenu au poste de police, sommé de régler une amende de cent cinquante dollars. Saura-t-il se faire aider pour régler cette somme ? Plan suivant :il est assis dans une voiture conduite par Peggy. C’est à sa fidèle collaboratrice et seulement collaboratrice qu’il aura fait appel. Et celle-ci, accueillera Bobbie chez elle alors que Betty qui n’a pas dormi de la nuit assiste au retour de Dan. Plus tard, Peggy, imidement, fera remarquer à Dan, que pour elle, cent dollars, ce n’est pas rien. Ce qui se passe hors-champ est parfois tout aussi dense que ce que montre l’image ! Il faut une splendide écriture pour cela. Etonnant, d’ailleurs, dans la série, d’entendre parler de dollars en 1960 . la dizaine représente déjà quelque chose. Mais il serait difficile d’introduire, dans un série, la notion de dollar constant. Que valent, aujourd’hui, dix dollars de 1962 ?

Dan Draper (Jon Hamm ) et Hollis ( La Mond Byrd), sa maîtresse (TSR)

On fume dans chaque plan…

On imagine mal un journal sérieux s’en allant récupérer ses exemples dans des « potages » quotidiens comme le « Top Models » (5.800 numéros à ce jour ) américain ou, mieux tout de même, le « Plus belle la vie » français.( bientôt 1.700). Par contre, citer une série qui est à juste titre reconnue pour ses ambitieuses qualités valorise un texte. « Mad men », qui donc raconte le fonctionnement d’une agence de publicité américaine au début des années soixante, quand apparaissaient les trente glorieuses de la croissance, vaut par la richesse de ses personnages, la méticulosité de sa reconstitution ( la mode d’aujourd’hui lui rend hommage). On fume dans chaque plan, on boit dans un plan sur trois. Pas un instant où l’on s’ennuie. Mais en même temps, le temps s’écoule sans donner de sentiment d’accélération : ce rythme parfois contemplatif est aussi une qualité que le cinéma commercial perd à force de multiplier les actions et d’abréger les plans.

Cinq des membbres de l’équipe de l’agence, de gauche à droite et de haut en bas : Pete Campbell ( Vincent Kartheiser) , Roger Sterling (John Slattery), , Peggy Olson (Elisabeth Moss), Joan Hollyday (Christina Hendricks), Betty Draper (January Jones) et Dan Draper (John Hamm, assis) Qui est l’intrus(e) ?

Au loin, « Twin Peaks »

L’évident succès des séries exigeantes, pas seulement américaines si celles-ci sont numériquement dominatrices, est aussi un signe d’un progrès du langage audiovisuel. On peut faire par commodité remonter leurs débuts au « Twin Peaks » de Lynch au début des années 90 et citer au moins « Les sopranos », « Deadwood » , « Roma », « Dr House » ou « Dexter », et bien sûr « Mad men ». Elles apportent au « consommateur » du temps pour suivre le récit et apprécier sa diversité dans l’espace. C’est une manière de résister au « tout sur tout, surtout tout de suite sur tous les supports » qui provoque des noyades dans la superficialité. On retrouve le plaisir de pouvoir savourer tranquillement la richesse d’une imagination créatrice.

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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