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L’heure du secret (2)

A propos de la direction d’acteurs…

Encore deux épisodes et c’en sera fini de l’unique saison de “L’heure du secret”. La série a bien résisté à la concurrence de l’Eurofoot et les parts de marché sont données comme bonnes. A la direction de la RTS, la série est appréciée, même si le succès est un bon élément à prendre en compte.

“Dix” en deuxième rideau

Certes, ces dernières années, “Dix” aura été la plus originale, la meilleure des séries de la RTS. Sa programmation en deuxième rideau était conforme à une bien mauvaise habitude : présenter tardivement le meilleur des séries, leur originalité les éloignant paraît-il du grand public qui ne s’intéresserait pas au haut de gamme quand il n’est pas médical ou criminel!

Toutes les images associées à ce texte concernent « L’heure du secret ». La direction d’acteurs, c’est aussi savoir maîtriser un groupe d’acteurs et de figurants.

Trois fois en premier rideau

Il est donc intéressant d’inscrire l’observation de cette série dans les trois dernières propositions faites à une heure de grande écoute. On aura donc pu voir ces derniers mois “T’es pas la seule”, puis “Crom” et “L’heure du secret”, productions TSR majoritaire avec apports des donneurs de subventions dévolues au cinéma qui sait enfin s’ouvrir sur cette aspect désormais fondamental de l’audiovisuel contemporain, la série.

“T’es pas la seule” s’inscrivait en milieu de viticulture en région lémanique. Avec “Crom”, on s’intéressait à une équipe d’éboueurs dans une ville de plaine, Yverdon, au pied du Jura. Avec “L’heure du secret”, nous voici en milieu horloger du Haut-Jura. Y aurait-il une volonté de faire un tour de Romandie des séries : l’alpestre Heidi descendit à Fribourg en son temps. A quand le tour du Valais ? Reste à se demander si le régionalisme superficiel n’est pas un obstacle pour obtenir une diffusion sur des canaux francophones ou autres. L’enracinement de “L’heure du secret” fait parfois penser à la réussite de Tanner quand ses personnages fréquentaient le Jura, celui de la Vallée de la Brévine comme dans “La salamandre”

En progrès

Crom”, assurément, était supérieur à “T’es pas la seule”. “L’heure du secret”, alors que cinq épisodes ont déjà été diffusés, s’avère un peu supérieur à “Crom” pour diverses raisons, dont une au moins mérite que l’on s’y arrête, la direction d’acteur.

Au cinéma, il est d’assez nombreux films qui tirent leur succès et parfois leurs qualités du travail de certains acteurs bien mis en évidence par une promotion efficace. Cela se passe assez souvent au détriment d’autres qualités, comme celles de l’écriture, de la mise en scène et de l’équilibre des rythmes trouvé au montage durant les finitions.

La direction d’acteur

Au théâtre, l’essentiel du travail créatif se fait au cours de périodes parfois longues de répétitions sous la direction d’un metteur en scène. L’acteur, ensuite, se retrouve seul face à son public. Et le lien qui alors s’établit peut conduire à des résultats variables d’un soir à l’autre.

Les écarts entre le cinéma et la télévision tendent à diminuer, surtout dans le domaine des séries. En principe, l’acteur est en contacts avec le réalisateur constamment présent lors du tournage qui souvent exige des prises de vues nombreuses d’un même plan, caméra stable ou en mouvement. L’acteur se trouve ainsi constamment sous “contrôle”, prêt à recevoir des instructions pour son travail.

Ariane Perret, dans le rôle de Marie Duc, une policière apparemment froide mais efficace

Comparaisons esquissées

Dans “T’es pas la seule”, avec son alternance de calme plat gentil et de réactions souvent colériques subites, les interprètes semblent parfois livrés à eux-mêmes. Il suffit de se souvenir de Natacha Koutchoumov dans les films de Lionel Baier et d’Isabelle Caillat dans “All that remains” pour savoir qu’elles peuvent être excellentes. Dans l’ensemble, les assez nombreux acteurs dirigés par Bruno Deville dans “CROM” font preuve d’un bon niveau  par leur interprétation, malgré quelques légers dérapages produits par une volonté par instants un peu caricaturale. Diriger des groupes dont les personnages sont tous actifs n’est pas facile. Surprise assez désagréable avec Anne Richard qui semble issue d’une série française se déroulant en palais de justice. L’intrusion d’une “parisienne” même d’origine romande n’est guère heureuse dans une série “provinciale”.

Laeticia Bocquet, dans le rôle d’Amélie Berthin, une adolescente révoltée, surtout contre son milieu familial, mais pas seulement….

D’habiles fausses pistes

L’écriture déjà, tant au niveau de l’action que des personnages, joue assez souvent sur les fausses pistes, une des techniques fréquentes dans les meilleures séries, même si ces fausses pistes conduisent dans des directions elles-mêmes inattendues. On croit d’abord Amélie Berthin en rébellion d’adolescente contre sa famille alors qu’elle est profondément troublée par ses parents. Laetitia Bocquet sait faire partager son désarroi. Hélène Berthin, de riche famille, a peut-être de bonnes raisons de s’administrer des calmants et de boire plus que de raison. Encore faut-il que l’on découvre peu à peu ces raisons. Agnès Soral, à la carrière assez brillante en France, s’est parfaitement fondue dans le moule d’une petite localité jurassienne. Ce sont là deux exemples parmi d’autres d’actrices comme Ariane Perret en Marie Duc qui ont compris et bien tenu compte des indications données par la réalisatrice. Et celle-ci a trouvé en Catherine Renaud une splendide actrice aux nuances subtiles dans son rôle de visiteuse venue du Québec au pays de ses ancêtres loclois

Dans le rôle d’Hélène Berthin, la forte présence ambigüe d’Agnès Soral

L’excellente direction d’acteurs d’Elena Hazanov

Elena Hazanov a su aussi tirer belle complicité de deux interprètes venus de  l’univers de l’humour, aussi bien Frédéric Recrosio que Jean-Luc Barbezat du duo à forte composante neuchâteloise Cuche et Barbezat. Le travail avec eux consistait à les diriger d’abord à contre-courant de leur réputation, ensuite à leur permettre de donner une grande crédibilité à des personnages nuancés dans leur comportements dramatiques. L’ours revêche, André Jacquet,  qui dirige un établissement public, ne supporte pas son passé. Vincent Girod, l’horloger amoureux de son métier finit par tomber amoureux de l’étrangère; mais lui aussi fut tout de même marqué par le passé dramatique qui conduisit à un mariage tragique.

Pas le moindre exotisme dans la plongée d’une jeune québecoise, Catherine Renaud, au milieu d’acteurs francophones en majorité romans. Juste une pointe d’accent et quelques contacts pour rappeler qu’elle vient de Montréal, issue d’un milieu d’exilés. L’intrigue progresse à travers ses visions qui sont assez plausibles, même si parfois le récit prend une tournure de pur flashback.

Elena Hazonov en (grande) discussion avec Frédéric Recrosio

Elena Hazanov confirme être sûre d’elle dans son travail souvent brillant de direction d’acteurs, qui alterne entre les scènes en champ-contre-champ, indispensable quand il faut obtenir chaque jour cinq minutes utiles pour le montage final et les scènes à personnages parfois assez nombreux qui doivent alors tous jouer convenablement leur partition. Avec le travail de Jean-Laurent Chautemps pour “Dix”, c’est ce que l’on a fait de mieux à la TSR….

L’heure du secret (1) : le tremplin du premier épisode

Que peut-on attendre, à partir du seul premier épisode de la nouvelle série de la RTS, « L’heure du secret » ? Risquons quelques appréciations qui sont des hypothèses à vérifier.

L’arrivée à Locle d’une étrangère

Lyne Tremblay (Catherine Renaud), jeune femme vivant au Québec, doit se rendre en Suisse au Locle pour y vendre une petite société d’horlogerie, « Univers », dont elle est seule héritière. Elle n’a aucune raison valable de s’intéresser à l’horlogerie, tant dans sa dimension créatrice de beauté que dans celle de son artisanat minutieux.

L'heure du secret

Elle va donc découvrir une petite ville parfois mystérieuse, avec ses vieux quartiers et son architecture moderne saluée par l’Unesco, son guérisseur, certains de ses habitants au comportement un peu bizarre. L’acheteur, Antoine Berthin (Valentin Rossier) est un personnage, ambigu avec sa secrétaire, sa femme Hélène ( Agnès Soral) à forte tendance pocharde alcoolique, sa fille Amélie ( Laétitia Bouquet) en révolte. Le hôtelier-restaurateur, André Jacquet (Jean-Luc Barbezat) et sa femme Muriel (Virgine Meisterdans9 semblent avoir quelque chose à cacher, d’autant plus que leur entente n’est pas au beau fixe.

D’emblée deux meurtres à cadavres discrets

Dès ce premier épisode, deux meurtres en moins de deux jours se produisent, celui d’un chauffeur de taxi qui aurait volontiers conté fleurette à la capiteuse jeune québecoise et celui du cuisinier de l’hôtel-restaurant. La réalisation reste assez discrète : elle n’insiste pas sur les cadavres, ni même sur l’enquête policière qui semble conduite de manière assez traditionnelle, comme si l’inspecteur Droz ( Jean-Luc Borgeat) avait quelque chose à cacher

Les rêves de Lyne

A peine arrivée au Locle que Lyne se met à rêver d’une fête dans un passé plus ou moins lointain, avec un beau couple de mariés. Mais la jeune femme du passé  fait une chute et meurt. Il n’y a rien qui justifie ce rêve de Lyne, à moins qu’une partie de son passé ne soit caché provisoirement. Puis il y aura un nouveau rêve, pas tout à fait le même que le premier, pour autant que les différences viennent de la mise en scène et pas de ce que le spectateur a retenu. D’emblée s’inscrivent  d’abord dans l’image, des éléments étranges, une poupée russe associée à chaque cadavre. On apprendra qu’un personnage du présent de Lyne fut un organisateur du mariage du passé, qui vit mourir la mariée et se suicider ensuite le marié. Bref, un passé encore mystérieux s’installe dans le présent de la jeune étrangère. En même temps, un maître horloger, Vincent Girod ( Frédéric Recrosio) aimerait bien se porter acheteur de la petite société. Il tente de convaincre Lyne de ne pas vendre son bien au chef du clan Berthin. Une policière venue du Bas, Ariane Perret, mène l’enquête en étant totalement étrangère au milieu de la ville qui fait l’objet des rêves de Lyne. Mais ceux-ci, lors du premier épisode, sont encore en partie des fantasmes des auteurs du scénario.

L'heure du secret

En quittant le taxi, Lyne ne paie pas le coût de la course. Les scénaristes auraient pu se servir ce de geste pour montrer comment on apprend à connaître la circulation de l’argent d’un pays qui n’est pas le sien Qand Lyne se trouve chez son acheteur et qu’elle seule entend le carillon d’une pendule neuchâteloise fixée dix minute avant l’heure pleine, on sait pas très bien si la  navigation entre la réalité et l’imaginaire tient du fantasme, du rêve pur ou de souvenirs dont le mécanisme nous manque.

Du côté de « Twin Peaks »

Il y a dès le premier épisode un sorte de lointain rapport avec Twin Peaks dont un personnage résume bien l’étrangeté, la dame  la buche. Mais on pressent dans cette « Heure du secret » une sorte de volonté rationnelle pour construire un puzzle dont les pièces finiront par tracer le portrait réaliste d’une société dans une petite ville industrielle certes un peu mystérieuse.

Vers de possibles comparaisons

Ces premières remarques valent pour l’écriture et la mise en scène dans sa relation avec la direction des acteurs. Il sera intéressant de faire des comparaisons avec des séries récentes de la RTS, comme « T’es pas la seule », « Crom », « Dix ». On peut attendre avec une réelle impatience, le et les prochains épisodes, même si le rythme du récit de ce premier semble un peu lent de temps en temps.

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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