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Cinéma suisse : pourquoi tant de haine ?

Le film, empêtré dans les lieux communs et les détails qui gênent, nous ramène aux heures grises du cinéma suisse. C’est hélas une catastrophe. Un scénario qui se perd à force d’égarer le spectateur. Ces plans fixes, si plaisants ou poétiques soient-ils, n’ajoutent rien à l’histoire. Une mise en scène purement illustrative, une photo bâclée, des acteurs livrés à eux-mêmes. Il vaudrait mieux dominer le récit. Pour le moment, il a sans doute davantage à montrer qu’à exprimer. Un projet (qui) devait avoir un certain potentiel pour convaincre un vieux briscard comme le producteur zurichois Hans-Peter Fueter.

Impasse du désir de Michel Rodde : fusillé par haine !

D’abord, on n’en est pas à un détail près : Peter-Christian devient Hans-Peter ! Et puis, lu où ? Nulle part : ceci est un collage de phrases authentiques qui viennent d’un peu partout. Elles datent de 1969,1970, 1974 ou 2010. Elles sont tirées d’un mémoire de licence d’une étudiante neuchâteloise construisant à Lausanne un discours critique autour du nouveau cinéma suisse dans les années soixante/septante. Elles concernent des films comme « Charles mort ou vif » et « Le milieu du monde » d’Alain Tanner, « Sauvage » de Jean-François Amiguet, « Impasse du désir » de Michel Rodde. Elles auraient très bien pu être dirigées contre « Les vilaines manières » ou « Quelques jours avant la nuit » de Simon Edelstein. Pour compléter la liste, on pourrait faire quelques recherches dans certaines déclarations de l’ancien responsable du cinéma suisse transféré en diplomatie. Elles sont signées Georges Bratschi, dans la « Tribune de Genèvc », Antoine Duplan dans « L’Hebdo », Norbert Creutz dans « Le temps ». Dans un supplément du quotidien, « Sortir », « Impasse du désir » est classé 48ème sur cinquante par Creutz, son confrère Thierry Jobin lui accordant la lanterne rouge au cinquantième rang d’une liste recouvrant deux/trois mois. Les années passent : une certaine critique lémanique reste fidèle à elle-même.

Sauvage de Jean-François Amiguet : fusillé par haine !

Et encore, parfois l’écrit se trouve en retrait de déclarations orales exprimées entre quatre yeux ! Tous les films cités ont reçu le soutien de la TSR. Mais on peut, on doit se demander : pourquoi tant de mépris ? Pourquoi tant de haine ? Sans savoir répondre !

Un sondage rigoureusement exclusif en réponse à de bonnes questions récurrentes

Dans le MEDIATIC no 158, numéro spécial consacré au « 30 ans des SRT ». en page 9, Gilles Marchand, directeur de la RTS, soulève de bonnes questions récurrentes. Suite à un sondage assez peu scientifique, dont il est certain qu’il n’est aucunement représentatif du public, contrairement à toutes les interventions des anonymes que l’on trouve sur tous les forums d’émissions de la RTS, sur les sites RSR et TSR, qui elles doivent être représentatives par leur publication régulière, voici les réponses de l’échantillon composé d’un seul élément, un certain Monsieur Moi-Même.

Y a-t-il assez de culture à la télévision ? Non !

Certains rendez-vous d’information ne sont-ils pas trop hachés et superficiels à la radio ? N’étant ni avocat genevois, ni représentant de l’UDC, qui ont réponse à tout dans bon nombre d’émissions, ma réponse est « Je ne sais pas » !

Le débat politique n’est-il pas trop réducteur, polarisé à la TV ? Si « débat » sous-entend « Infrarouge », oui, surtout s’il est envahi d’avocats genevois et de représentants de l’UDC.

La radio et la télévision ne sont-elles pas trop lémano-centristes ? Peut-être ben que oui, peut-être ben que non ! N’aurait-on pas du écrire rhodano-centriste en pensant aux plus hauts cadres de le RTS, masculins dans la cinquantaine ? Heureusement, l’arc jurassien quand on l’étend jusqu’à Fribourg est sur-représenté lors du « Dîner à la ferme » ( quatre sur sept, un scandale !).

Arc jurassien et Fribourg, 4 représentants sur 7, donc le 57,1428571428 % Population des mêmes comparée à celle de l’ensemble de la Suisse romande : 32 % Un bel exemple de sous-repésentation rhodano-lémanique

A quoi servent les fictions américaines à la TV, qui de plus sont trop violentes ? A remplir de multiples cases des programmes pour un prix de revient peu élevé. Heureusement, les émissions trop violentes, qui se caractérisent par la présence du logo rouge qui flétrit plus le sexe plaisir que la violence du monde qui se reflète dans les téléjournaux, sont programmées très tardivement, parfois par tranches de trois épisodes. Ce sont en général des séries américaines pointues qui retrouvent la saveur du temps qui passe, attisent les conflits entre le noir et le blanc sans tomber dans la grisaille et assurément participent à l’enrichissement du langage audiovisuel contemporain. Plus l’émission est tardive et plus il y a de chances qu’elle soit de grande qualité.

Entretien avec le quérulent « Monsieur Moi-Même » retranscrit le mercredi 8 septembre 2010 après « Infrarouge » par Fyly.

Le Jeu de la Mort

En mars 2010 sur France 2 et TSR

En mars 2010, nous avions consacré deux textes à une émission expérimentale, « Le jeu de la mort » ( 19.03.10) puis « Le jeu de la mort : et après ? » ( 26.03.10). Christophe Nick en était l’auteur, entouré de quelques éminents universitaires. Le réalisateur s’est ensuite posé quelques questions sur son travail, évoquant même l’éventualité d’un montage différent. La position des responsables du « spectacle » était claire, celle de certains animateurs aussi : ils conduisaient une expérience.

Parfaite “complice” de l’expérience, l’animatrice en rajoute avec insistante ( Photo RTS - Crédit France 2 - Russel Christophe)

Les candidats qui s’étaient annoncés pour participer à un jeu ne savaient pas qu’ils entraient dans une mise en scène pour étudier leur comportement qui conduisit certains d’entre-eux à envoyer à un cobaye des décharges électriques de plus en plus fortes. Apparaissait aussi un public qui semble bien avoir été confié à un « chauffeur de salle ». Le comportement des candidats a été largement commenté, certains lucidement étonnés par leur propre entrée dans un jeu sordide. Mais on n’a rien su, alors, du rôle du public. Et aujourd’hui encore on n’en sait toujours rien.

Du comportement du public, rien n’a été dit lors de la présentation de l’émission : complice ou à sa manière aussi victime ? Le voici aux ordres de son “manipulateur”

L’obéissance aveugle

Le vrai sujet de l’expérience conduisait à une réflexion sur l’obéissance pouvant conduire à « torturer » jusqu’à la mort peut-être une victime enfermée dans un bulle. Sa transposition en un jeu télévisé montra combien l’intervention même de la télévision pouvoir favoriser cette obéissance aveugle. Certains des programmateurs du jeu, tant sur France 2 que sur la TSR, soulignèrent à juste titre le « courage » de leur média osant dénoncer sa propre responsabilité. Certes, l’émission ne fit pas une audience de finale de coupe du monde de football: il est vrai que les parts de marché ne flirtent pas avec les sommets quand une émission fait réfléchir et dérange.

La mise en garde, “choc dangereux” ou “attention”, a-t-elle servi à quelque chose ?

Un soufflé rapidement retombé

Mais tout de même, il y avait de quoi être inquiété par ce pouvoir exercé par la télévision à travers l’organisation d’un jeu. D’où le point d’interrogation d’un de nos titres : « et après ? ». Mais voilà : le soufflé retombé, pas grand chose. On remue quelques idées, on fait part de son indignation, on se pose quelques questions : tout cela en trois petits tours et puis s’en vont vers d’autres sujets !

Une réponse ludique d’éducation au média

Une mise en garde contre l’excès du « Jeu de la mot » a parfois été formulée : il faudrait que le téléspectateur soit mieux formé face à la puissance du média. Autrement dit, le consommateur d’un jeu devrait devenir un citoyen conscient des limites de ce jeu même. La TSR, fière de son « courage » de diffuseur, aurait pu prolonger l’effet « Jeu de la mort » en signalant qu’elle faisait depuis peu un effort d’éducation au média, à travers une contribution modeste à la formation d’un esprit critique qui n’exclut pas le plaisir : « Pop Corn », son émission mensuelle déclinée chaque dimanche en trois modules courts et un plus long. Vous connaissez « Pop corn » ? Vous avez déjà pris garde à sa valeur pédagogique ? Encore faudrait-il que le TSR fasse mieux connaître une émission qui s’inscrit dans le sillage des efforts de « La lanterne magique ».

Envoyez décharge !

Et après ? La télé-réalité des jeux se porte bien

Donc, « Et après ? » Jusqu’ici, vraiment pas grand chose. A moins que ne surgissent d’un prochain débat du « Conseil du public » de la RTSR trentenaire des propositions pour apprendre au consommateur à se comporter en citoyen qui ose désobéir à la multiplication d’offres insidieusement dangereuses par exemple sous la forme de jeux regroupés parfois sous l’expression de « télé-réalité ». Oui, mais de nombreux consommateurs passifs apportent une bien meilleure part de marché que des citoyens lucides dons désobéissants.

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La polémique nourrit son audimate. C’est reparti pour un ou plusieurs tours avec «Le jeu de la mort», un film écrit et produit par Christophe Nick. D’intéressants problèmes y sont soulevés, qui demandent pourtant une réflexion étendue dans le temps, pas forcément enrichie par des réactions à chaud.

Dessin de Plantu paru dans « Le Monde» du 18 mars 2009

Offres de la TSR et de France 2

Voici d’abord une énumération des offres récentes: 12 mars 2010, «Médialogues» (RSR1) ouvre les feux avec des invités. 14 mars, passage de l’émission sur RSR2, un peu à la sauvette, avant France 2, pour bénéficier de la priorité. 15 mars, «Médialogues» revient sur la projection. 16 mars, «Infrarouge» réagit avec sa rapidité habituelle, ce qui n’est pas forcément une qualité. 17 mars, au tour de «France 2» de présenter le document suivi d’un plateau dirigé par Christophe Hondelatte. 18 mars: complément avec «Le temps de cerveau disponible» (France 2).

L’animatrice “pousse-au-crime”

Un jeu truqué de «Télé-réalité»

«Le jeu de la mort» transpose une observation scientifique américaine des années soixante qui permettait de montrer qu’un homme ou une femme peut aller jusqu’à mettre à mort un «adversaire», expérience individuelle répétée avec d’autres «volontaires». Christophe Nick a transposé cette expérience un inventant un jeu dans l’esprit de la télé-réalité montrant que presque tout le monde peut aller jusqu’à envoyer une décharge électrique de 460 volts à une personne attachée à une chaise. Une telle décharge peut être mortelle. Bien entendu, tout cela est truqué. Le document permet de se poser des questions sur des dérapages de la télévision, certes, mais tout autant sur les mécanismes de l’obéissance de personnes mises dans un contexte oppressant.

Le sens de l’auto-critique

Une première remarque: en France surtout, l’émission a été précédée de nombreuses informations. France 2 a assuré la promotion du document en soulignant le «courage» qu’il y a de mettre en garde contre ses propres dérapages. Il est pourtant normal qu’une chaîne de service public contribue à former l’esprit critique de son public. Résultat : 13% de part de marché, c’est peu. Mais trois millions de téléspectateurs, c’est beaucoup.

Le dispositif image et son

Le direct différé

Sur France 2, un incident a opposé l’animateur du débat à l’un de ses invités, le directeur d’une revue, Alexandre Lacroix. Celui-ci a quitté le plateau; chassé ou de son propre gré? L’incident a été coupé, provoquant aussi la polémique. Le téléspectateur n’en a rien vu!

Les manettes pour le transfert de l’électricité à voltage qui augmente

Quarante ou cent mille euros

A l’évidence, l’expérience est intéressante. Mais concerne-t-elle vraiment en priorité la télévision plutôt qu’une approche générale de la notion d’ « obéissance » à des forces extérieures ? On a beaucoup alors évoqué les crimes du nazisme dans les camps, où la désobéissance conduisait presque inéluctablement à la mort ! Comparaison difficile !

Repéré dans le document lui-même une étrange contradiction. Les « cobayes » croyaient donc assister à un test en vue d’un jeu télévisé. Pour ce qui était ainsi considéré comme un travail, ils reçurent un modeste dédommagement de quarante euros. Mais le document est tout de même construit comme si le jeu se déroulait sous les yeux de la foule ébahie du téléspectateur moyen, qui a le droit de juger le comportement spectaculaire du public lui aussi sélectionné – un groupe par candidat ? Que savait ce public de l’expérience ? Il semble bien que ce ne soit pas la même chose que le cobaye ! En effet, il est, lui, placé sous une autre influence, celle d’un chauffeur de salle, qui pousse presque grand-maman dans les orties en lui faisant scander des slogans artificiellement rythmés. Il est alors question d’argent, d’un million, neuf cent mille pour celui qui répond avec exactitude aux questions dans son bunker et cent mille réservés à son partenaire questionneur. Alors, enjeu financier ou non ?

Peut-être suis-je un âne qui n’aurait pas très bien compris les précieuses informations données en voix.-off. Mais le public chauffé à bloc croit-il à ses propres cris ou est-il complice de son chauffeur de salle alors que le « cobaye » pense assister à un pilote, comme si le côté expérimental permettait d’enlever le caractère dangereux de la décharge électrique ?

Cette mise en scène d’un public qui forme un troupeau de moutons bêlant sous les ordres d’un autoritaire chauffeur de salle est aussi tricherie, fréquente du reste en télévision. Ce n’est pas tellement éloigné du mensonge dégagé par des rires ajoutés artificiellement sur la bande sonore d’une émission qui devrait faire rire, public absent. Un peu étrange aussi, le peu d’attention accordé à ce public manipulé qui contribue à enfoncer le candidat questionneur dans son absence de discernement.

La victime dans son loft

 

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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