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« Boardwalk empire » : record battu !

La caution du sérieux universitaire

Les milieux qui accordent une grande importance créatrice aux séries haut de gamme, secteur enrichissant de l’audiovisuel, cinéma et la télévision confondus,  sont de plus en plus larges. Les très (trop ?) sérieuses Presses Universitaires de France (PUF) viennent de créer une nouvelle collection qui aborde déjà trois sujets, « Les experts. La police des morts », « Desperate Housewiwes. Un plaisir coupable » ou «  The pratice. La justice à la barre ». Elles annoncent, entre autres, pour 2012 et 2013 des sujets sur « Six feet Under », « 24 heures chrono », « Mad men ». La caution universitaire est tout de même une garantie de bonne valeur culturelle.

Priorités romandes

Les meilleures des série américaines sont souvent issues de chaînes à péage comme HBO, aux puissants moyens financiers, qui n’ont pas de souci d’audimat hebdomadaire, ni même mensuel, plutôt annuel. Les chaînes généralistes en font abondante consommation. Les françaises ont les moyens de s’offrir des doublages assez coûteux, auxquels la RTS participe parfois parcimonieusement. La programmation romande est tributaire de ce qui se fait chez nos voisins. Mais par contrat, nous avons souvent droit à une vision en priorité. Il ne reste dès lors qu’un choix restreint pour la programmation, une fois ces conditions imposées par la concurrence remplies. Les séries doublées par ARTE, comme « Borgen », « Killing », « Protection rapprochée » ne sont pas reprises par la télévision romande.

A des heures tardives

Une photographie d’Atlanta-City dans les années 1920. On retrouve en décor reconstitué quai et bâtiment dans « Boardwalk empire »


Mais il y a pire encore : les séries de haut de gamme, comme « Roma », « Mad Man » ou l’actuel « Broadwalk empire », munies du logo rouge avertisseur de scènes choquantes, sont programmés en deuxième rideau, pas avant vingt-trois heures, ce qui n’est pas très favorable pour les audiences importantes.

Le personnage principal et toujours superbement élégant, Enoch Thompson, dit « Nucky » (Steve Buscemi dans « Boardwalk Empire – photo RTS)

Avec une politesse presque délicieuse, le conseil du public de la RTSR, sous la nouvelle présidence du neuchâtelois Matthieu Béguelin, demande de meilleures heures d’exposition pour ces excellentes séries. Et quelques rares chroniqueurs se permettent de formuler un tel désir qui repose sur un effort d’offre culturelle adressée à un public large. Souhaits inutiles qui reviennent à « péter dans un violon » selon une expression nauséabonde. La preuve : On en arrive même, un soir exceptionnel, à devoir attendre jusqu’à 23 :59  ( dimanche 27 mai 2012), le début de l’épisode hebdomadaire de « Broadwork empire ». Record battu ! Jolie réponse de la bergère aux gentils moutons amateurs de bons divertissements.

La compagne de Nucky, souvent malmenée, Margaret Schroeder (Kelly Macdonald- Photo RTS)

Mais quoi, en premier rideau, sur RTS ?

Le dimanche soir, priorité dès 21h00 aux « experts » à triple rafale, le jeudi, aux « Esprits criminels », pour citer deux exemples. Il vaut la peine de s’arrêter à ces «  Esprits criminels » une série policière américaine apparue en 2005 qui déroule sa septième saison, due à Jeff Davis.

Une division du FBI, installée en Virginie, poursuit des tueurs en série sur tout le territoire des USA. Les policiers en uniforme sont rapides à sortir leurs armes et interviennent en force en criant « Police, FBI « . Un bel avion au début et à la fin rappelle que les voyages forment la jeunesse. Le temps d’une enquête par numéro, et on recommence avec une autre. Seul élément de continuité : l’évolution du comportement de certains membres de l’équipe, plutôt entre eux que dans leur univers privé.

L’équipe en tenues bien visibles d’ »Esprits criminels » ( Photo RTS)

Les criminels en série ont  tout de même quelques spécialités. Ce sont des tueurs d’enfants, de prostituées, de militaires, de gérant de casino, d’adolescents, de rescapés d’un attentat qui émasculent, envoient bouler dans des escaliers, tirent des flèches de chasse, opèrent par pendaison et ainsi de suite. On y donne sans vergogne dans le sordide.

Au milieu de l’équipe en costumes de ville, une flamboyante rouquine qui ne se trouve jamais dans le terrain. Elle trouve tout ce qu’on lui demande sur son ordinateur ( Kirsten Vangness en Pénélope Garcia, le personnage le plus curieux de la bande – photo RTS)

Les quelques numéros suivis récemment font aussi apparaître une coquetterie dramatique dont j’ignore si elle se développe dans chaque épisode. Des séquences destinées aux spectateurs montrent comment les tueurs procèdent. Les policiers enquêteurs le comprennent largement après les spectateurs, ce qui est tout de même une curieuse manière de jouer sur le suspens.

Bref, la série n’est pas d’un très haut niveau. Elle contribue à confirmer la primauté, sur l’antenne de la RTS, de l’enquête policière même pas très intéressante placée en  premier rideau.

Programmation fantaisiste

Ces dernières semaines, les épisodes furent présentés en duo, mais avec un trio le 17 mai. Il y a eut d’abord deux épisodes successifs de la septième saison. Mais apparurent ensuite d’autres duos, un épisode de la septième saison suivi d’un épisode de la sixième ( le 31 mai, le 16ème de la saison 7 suivi du 9ème de la saison 6 – idem le 7 juin avec les numéros 17 de l’une et 10 de l’autre). Pour comprendre, il faudrait peut-être s’en aller voir comment TF1 programme cette série.

Supposons que la série soit consciencieusement écrite pour faire apparaître une évolution subtile dans le comportement des membres de la cellule. Le spectateur promené de la saison 7 en saison 6 pourrait bien n’y plus rien comprendre. A condition qu’il y ait quelque chose à comprendre…

Ces tueurs en série objets d’une enquête policière unitaire pas très intéressante  sont offerts au public romand non pas dans la continuité des épisodes mais dans le désordre.

Et c’est ainsi que l’excellente, rigoureuse, surprenante, richement informative et historiquement plausible série qu’est « Boardwalk empire » apparaît, elle, discrètement en fin de soirée. On ne manquera pas de nous dire qu’ « Esprits criminels »  fait d’excellentes parts de marché. Et ainsi tout est dit de la composante culturelle de certains programmes.

Le plaisir qui vient des séries

Tout divertissement devrait apporter à celui qui le consomme un réel plaisir. Et ce plaisir a plus de chance d’être présent s’il repose sur un peu de nouveauté : les émissions formatées d’un jour ou d’une semaine à l’autre n’offrent comme plaisir que celui de la richesse d’un contenu. Rien ne ressemble plus à un « 19h30 », un « TTC », une « Mise au point » qu’un « 19h30 », un « TTC » ou une « Mise au point ». La fiction sait générer du plaisir à travers des formes nouvelles, dans des séries qui se donnent, pour conter, du temps. Je crois que je retrouve enfin dans l’audiovisuel ce très vieux plaisir de la lecture savourée lentement, mais oublié durant des décennies. Une série nouvelle et une récente sont à saluer !

The good wife – Ridley frères

Présente en premier rideau, « The good wife » est produite par les frères anglais Tony et Ridley Scott bien implantés aux USA ( TSR, vendredis, mais aussi TF1 jeudis). Mère au foyer, Alicia fut trompée par son mari politicien retors. Archie Penjabi, Kalinda étrange et sidérante noiraude, vole la vedette à Giuliana Margulies en avocate qui retrouve un poste de travail. Désormais bien installée entre ses audiences de tribunal avec une belle galerie de présidentes et présidents aussi bizarres les uns que les autres, la série monte en force.

Giuliana Marguiles et Archie Penjabi dans “The good wife”

Broardwalk Empire : Atlanta, New-York, Chicago – 1920

« Boardwalk empire » ( TSR, début le dimanche 13.11.2011, 4 épisodes déjà à ce jour du 22.11.2011) est bien parti. Produite par Scorsese, la série commence par septante minutes signées Martin Scorsese. Ville phare : Atlanta, avec incursions nombreuses vers New-York et Chicago. La prohibition de l’alcool, dans les années vingt, fit faire un bond en avant aux mieux organisés des truands. Personnage principal : Enoch Thompson, dit « Nucky », ( Steve Buscemi) fonctionnaire municipal qui va rapidement s’enrichir par la vente d’alcools, assisté par un jeune homme qui revient du front européen des années 1918, James Darmedy, dit « Jimmy » (Michael Pitt). D’emblée, des personnages intéressants, Al Capone et Charles Luciano, dit « Lucky », qui feront carrière par la suite. Un personnage féminin assez peu adapté à ce milieu de truands, Mme Margaret Schroeder ( Kelly MacDonald).

Trois cent mille francs la minute.

Martin Scorsese

HBO, chaîne cryptée américaine commerciale, a connu en septembre 2010, son meilleur démarrage après celui de « Deadwood », avec près de cinq millions de téléspectateurs. Autour de Scorsese, le scénariste Terence Winter, celui des « Sopranos », Mark Wahlberg, producteur qui fut déjà lié à Scorsese pour « Les affranchis ». Le premier épisode de septante minutes, réalisé par Scorsese lui-même, aura coûté vingt millions de dollars, autrement dit trois cent mille francs la minute. Mais ce sont là des normes américaines. « Les affranchis » du même Scorsese avaient absorbé nonante millions de dollars.

Steve Buscemi (”Nucky” Enoch Thomson)

Cinéma et télévision confondus dans la perfection audiovisuelle

Tout est d’emblée en place pour la première saison, une troisième actuellement déjà en tournage : de splendides décors pour reconstituer les intérieurs d’Atlanta, New-York et Chicago, des personnages forts nombreux, des vêtements d’époque, comme la musique avec beaucoup de jazz, des acteurs au service de leurs personnages qui vont revenir d’une saison à l’autre. La mise en scène d’emblée brillante comme dans les meilleurs films de Scorsese sera par essence permanente puisque les réalisateurs sont choisis par le producteur principal, Scorsese lui-même. Les qualités du meilleur cinéma, avec le retour à la richesse romanesque qui prend son temps, seront certainement présentes pendant la douzaine d’heures de chaque saison. On est ainsi d’emblée dans le meilleur des séries qui nous viennent des USA. L’audiovisuel contemporain haut de gamme unit désormais étroitement cinéma et télévision.

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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