Un «Château» au Danemark : «Borgen » sur Arte (2)

Références et coïncidences.

Adam Price (voir à ce sujet le texte « Un château au Danemark » du 08.02.2012) reconnaît certaines influences comme celle de la série américaine «A la maison blanche», mais il se réfère aussi à «Mad men». Le hasard fait bien les choses : dans une des versions des «Borgia», le moyen d’acquérir certains votes indispensables ressemble aux arrangements entre partis qui doivent former ensemble un gouvernement de coalition. Voici donc sur Arte la politique au pays du Danemark juste après qu’une présidentielle française, largement évoquée dans «Les Hommes de l’ombre» ( derniers épisodes le mercredi 8 février sur France 2 ) ait connu un beau succès en parts de marché ; paraît-il ! Dans la série française, le premier ministre est tué lors d’un attentat. Dans « Borgen, le plus proche collaborateur du premier ministre meurt dans le lit de sa maîtresse qui n’est autre qu’une grande journaliste de la télévision qui venait d’interroger la future présidente. “Coïncidences” de la fiction entre séries, regards libres portés sur la politique, mais aussi reflet de l’air du temps. Dans les séries contemporaines mentionnées, un vrai respect de la valeur de la démocratie !

Personnages

Birgitte Nyborg, femme forte et autoritaire dans l’action politique, un peu fragile dans le cadre personnel et familial : le personnage principal de la série

Il n’est pas toujours facile d’entrer dans une série où l’on va côtoyer bon nombre de personnages durant dix heures, dans leur complexité, oscillant entre leur image envoyée au public par le spectacle de la politique à travers l’imagination des auteurs qui glisse vers de bribes de réalité. Pour faciliter ce premier contact, voici quelques clefs. Une première femme s’impose d’emblée, Birgitte, la secrétaire du parti centriste qui deviendra premier ministre. Elle travaille d’abord étroitement avec Gasper, son secrétaire et conseiller en communication qu’elle éloignera d’elle. Mais on entre aussi dans son univers familial : elle forme avec son mari un couple qui sait partager les tâches domestiques et familiales. Mais cet équilibre risque pourtant d’être mis en cause par la fonction qu’elle va occuper.

Katrine, blonde journalise, efficace et directe dans son comportement professionnel, fut l’amie de Gaspard. Elle a maintenant pour amant le plus proche collaborateur du premier ministre encore au pouvoir. Celui-ci doit supporter les caprices de sa femme acariâtre qui la conduira à commettre un geste lui valant des ennuis, un peu comme un président de Banque Nationale Suisse débordé par son épouse ! Autour de Birgitte, il y a ses proches du centre politique, Torben Friss, l’ancien ministre actuellement chef du parti centriste, ou Bent Sejra, le patron des travaillistes, etc

Katrine Fonsberg, la journaliste, sortie de l’ombre en cette image, mais inquiète : un deuxième personnage féminin très important

Le bénéfice de la durée

Première saison, dix heures, et deux fois dix heures pour les saisons suivantes. On est donc dans cet audiovisuel original porté haut par les séries télévisées qui relèvent d’une exigence créatrice portée par le cinéma qui retrouve en même temps la puissance séductrice et spectaculaire des sagas écrites par les feuilletonistes, par exemple comme Eugène Sue, Alexandre Dumas, Boris Pasternak, Honoré de Balzac, Dostoïevski et tant d’autres. On va passer constamment de l’intimité, familiale, amicale, professionnelle, sentimentale, amoureuse à la vie publique, celle qu’il faut maîtriser avec l’aide des conseillers en communication et les rédacteurs de discours, sans oublier les intrigants en coulisse. Les responsables de la fiction de certaines chaînes prennent conscience de leur pouvoir qui leur permet par la fiction de sembler être témoins et parfois organisateurs de ces plongées dans le monde de la politique. La perfection formelle du cinéma fait bon mariage avec la grande saga littéraire dans ces séries de haut de gamme.

Et la TSR dans tout cela ?

Il faudrait ci rappeler la belle réussite de la série “Dix” et lancer un bouquet varié de fleurs aux qualités de “Crom”. Ce sera pour une autre fois. Accorder tant de place à “Borgen” permet de partager avec le lecteur le plaisir pris à sa vision, mais c’est aussi se poser une question importante : pourquoi diable la TSR ne pourrait-elle pas être aussi ambitieuse que la télévision danoise ?

Une réponse à to “Un «Château» au Danemark : «Borgen » sur Arte (2)”

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

Derniers commentaires
Catégories
Archives