Des séries en général à « Double vie »

La place des séries à la SSR et à la RTS

Deux remarques pour confirmer l’importance de la série pour une bonne partie des chaînes de télévision

Le directeur de la SSR-SRG, Gillles Marchand, déclare depuis déjà quelques mois qu’il est important que la SSR-SRG fasse un effort budgétaire pour améliorer le nombre de séries maisons sur les chaines qu’il dirige. Dans un contexte de restrictions financières, le budget série est (serait) en hausse. Pour la RTS, ce seront donc au moins deux séries par année, et non plus trois sur deux ans. Début 2019, voici DOUBLE VIE déjà à l’antenne et une prochaine en cours de montage. Cette décision s’inscrit dans un courant mondial où l’on prend (enfin, parfois) acte que la série réussie arrive désormais aussi bien des pays scandinaves que d’Israël, d’Australie et même de Suisse, et plus seulement des seuls USA et de France si l’on s’en tient à ce que l’on reçoit sur les écrans de la Suisse romande.

L’affiche

Dans le monde de la cinéphilie pure et dure, qui participe à la mise en valeur du cinéma d’auteur, certaines revues de cinéma prennent désormais en compte la notion de série, avec le sérieux, la grâce ou la fantaisie accordés au cinéma. Au fond, cela marque la fin de la « guerre » où parler de « téléfilm » et de « film » différenciait le produit de seconde zone de celui de premier plan. C’est ainsi que les Cahiers du cinéma, ces derniers mois, a placé très haut en en faisant sa couverture « Twin Peaks » de David lynch ou les « Petit Quinquin » de Bruno Dumont. Récente preuve en confirmation: dans la liste des produits audiovisuels les plus attendus de l’année 2019, au milieu d’une cinquantaine de films d’auteurs voici mentionnés une dizaine de séries.

Une note pour résumer une appréciation

Il est un moyen assez commode et largement employé pour résumer la réaction à l’égard de tout produit culturel, ici dans l’audiovisuel : lui attribuer une note pour disposer d’une échelle de valeur. Encore faut-il éviter l’anonymat : il est important de savoir qui formule un jugement chiffré, une personne. Peu importent les points ou étoiles accordés dans les magazines de télévision qui restent anonymes !

Voici l’échelle de valeurs que j’emploie régulièrement : elle oscille entre le « 0 » de la nullité la plus totale et le « 10 » du chef-d’œuvre absolu, le 0 à cause de sa grande fréquence et le 10 de la perfection totale rarement utilisés.

Par exemple, dans le cinéma, je m’en tiens à trois « 10 » pour

CITIZEN KANE d’Orson Welles / USA

 

Orson Welles dans « Citizen Kane » d’Orson Welles (1941)

HIROSHIMA MON AMOUR d’Alain Resnais / France

Emmanuelle Riva et Eiji Okada dans « Hiroshima mon amour » d’Alain Resnais ( 1959)

IVAN LE TERRIBLE de S.M.Eisenstein / Russie

 

Ivan le terrible- S.M.Eisenstein (1944)

Entre 1 et 9, il y a de la place pour trois groupes, le bas, le moyen et le haut dans chaque catégorie, le bas, le moyen et le haut de gamme partagé. Un 3 place donc l’objet présenté dans le haut du bas de gamme, le cinq définit le milieu du milieu de gamme, le 9 valant belle satisfaction presque totale.

6 : Station horizon, bien assis dans le haut du milieu de gamme

5  : A livre ouvert

5 : Break ups, websérie

4 : Brouillon de culture

Pour une série déjà ancienne de la RTS, « Dix », je grimpe au 7 du bas du haut de gamme. Dans un premier temps, j’hésite à accorder 6 au premier épisode de « Double vie » et 7 au deuxième. Ce qui signifie donc que j’espère que le lecteur aura du plaisir à voir les quatre épisodes suivants de la série, les jeudis 17 et 24 janvier 2019, à une excellente heure, entre 21h00 et 23h00. Mais pourquoi diable faut-il construire des épisodes de 50 minutes et les présenter deux par deux comme s’il s’agissait d’une projection de film sur grand écran avec entracte ? La télévision fait ainsi un complexe d’infériorité à vouloir imiter le cinéma.

L’affiche de « Double vie », une série de la RTS ( 2019)

Et voici aussi quelques premières et sommaires considérations à propos de « Double Vie »

« Double vie » pourrait se passer n’importe où

Le sujet de « Double vie » n’a à priori rien d’indispensablement suisse ni même romand. Il s’agit de suivre ce qui se passe à la mort un peu inattendue d’un architecte. Sa jeune femme prétend être enceinte, mais elle découvre que celui-ci avait une compagne-concubine depuis vingt ans avec deux enfants, un grand garçon et une adolescente. « Double vie » est donc à prendre au premier degré.

L’ensemble de la série a été tourné en Suisse romande. Le récit est inséré dans des paysages séduisants, le Lavaux vaudois en bordure de lac et sa capitale en montées-descentes. Cette histoire pourrait se dérouler chez un architecte à succès dans n’importe quel pays . Rien ne changerait dans le comportement des personnages, un peu peut-être dans la description des habitudes et du jugement moral porté sur cette situation par l’entourage, qui n’est guère pris en compte en milieu protestant. Le comportement des personnages est porteur de suffisamment de possibilités pour tirer d’une histoire qui n’est pas enracinée géographiquement une série d’un excellent niveau, en tous cas en considérant ses deux premiers épisodes d’une série de fort haute qualité. Ce qui est le cas ici.

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