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Les »pressentiments » d’Henry Brandt

Henry Brandt ( 1921-1998), cinéaste neuchâtelois à la filmographie assez imposante, s’est fait connaître aussi et surtout par la réelle liberté qu’il sut prendre à travers ses films de commande au sens informatif plus que commercial du terme. Une société pédagogique neuchâtelois fut à l’origine de « Quand nous étions petits enfants » ( 1962).

Brandt est et reste l’auteur de l’un des grands apports à l’Exposition nationale de 1964, « La Suisse s’interroge ». Ces cinq films de la « Voie Suisse » et « Gulliver » avec l’impertinence de ses questions firent bonne et utile place à la réflexion critique.

Dans l’euphorie des « trente glorieuses », ces années de forte croissance économique et d’amélioration du niveau de vie surtout dans les pays industrialisés, qui vont de 1945 à 1975, des doutes apparaissent, surtout parmi la jeunesse. Sous nos latitudes francophones, on parle  beaucoup de « Mai 68 » en retenant surtout les élans et événements de Paris. Certaines hésitations se glissèrent dans les cinq courts films commandés à Henry Brandt la dernière de la mini-série de la « Voie suisse ».

Ce visage, une des dernières images de « La Suisse s’interroge »,posait une bonne question, qui insinuait vraiment le doute par sa tristesse presque déchirante : « C’est çà, la vie » ?….l’ennui des dimanches assis dans une voiture.

Dans une phrase du commentaire, Brandt soulignait l’importante de la « planification ». Energique sursaut du « contrôleur » qui suivait pour le Confédération les préparatifs de l’exposition de Lausanne. Pour lui, la planification était en quelque sorte une démarche dangereusement « rouge », peut-être même tout droit importée de Moscou. « Planifier » fut remplacé par « prévoir », qui se voulait anodin. Il vaut la peine de rappeler que certaines questions posées par Gulliver provoquèrent aussi de vives réactions : il n’était pas admissible qu’un « bon suisse » puisse se lever tardivement! « Les trente glorieuses », certes, mais gare à qui se permettait d’exprimer des doutes!

« La course au bonheur »
dans « La suisse s’interroge? »

Le succès de « La Suisse s’interroge » valut à Brandt une imposante commande portée par un des patrons de l’ « OMS » : dresser, à partir de 1964, un état de la situation dans le monde. Il fallait pourtant compléter le financement. Je fis alors un bout de chemin avec Brandt. Il me montrait régulièrement, après ses voyages, une partie des documents bruts récoltés. Il revint des Etats-Unis avec des images et des sons des premières révoltes de la jeunesse américaine contre la guerre de Vietnam et l société de consommation. Il disposait ainsi d’une « preuve » que le bel engouement du de la première moitié des ces « fameuses » « trente glorieuses » commence à prendre du plomb dans l’air. Il aurait pu tirer parti de ces informations en montant de courts sujets destinés à des chaînes de télévision aptes à les présenter immédiatement. C’est été aussi un moyen de compléter le financement. Henry Brandt s’en tient à sa commande : « Chronique de la planète bleue », puis une série de treize sujets sortiront après les événements de 1968. Il avait pourtant senti ce qui allait se passer en « mai 68 » sous nos latitudes.

Henry Brandt lié à sa caméra

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PS I : A lire aussi éventuellement :

https://www.decadrages.ch/la-suisse-s-interroge-henry-brandt-1964

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PS II: Aujourd’hui, « La chinoise » de Jean-Luc Godard, qui date de 1967, pourrait passer pour une sorte de  « reportage » sur les événements de mai 1968. Godard et d’autres, qui étaient à Cannes, imposaient la fermeture du festival de Cannes en empêchant le rideau de se lever sur un film de Carlos Saura. Un autre texte sur le même sujet permettra de revenir sur la manière de Francis Reusser, en Suisse, avait pressenti les profonds mouvements de 1968

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