Japon et Libye; les beaux mecs ; Mad men

Que faire ? Suivre la manière dont la télévision ( mais à l’ère du multimédia, « la » télévision, ce n’est plus seulement le téléviseur !) colle à l’actualité qui très vite change ou s’en tenir à ses envies de divertissement, parler du plaisir apporté par deux séries ? Suivre les deux pistes ? Ambigu !

Japon

Japon ? Un puis des tremblements de terre, un tsunami et un immense problème nucléaire : il y a des faits, pas tellement nombreux Les experts arrivent de tous azimuts., avec les incertitudes ! On quitte même le Japon par vents encore inconnus, on met en cause le nucléaire ardemment défendu il y a encore peu de temps. Une certitude personnelle : un Georges Baumgartner grave, tendu, resté à Tokyo, m’en dit plus et mieux que les experts les plus sérieux plongés (de force ?) dans l’actualité !

Le pétrole libyen

La Tunisie, hier, c’était trop simple. Ben Ali a pris peur, il est parti. L’Egypte, aussi, c’était presque trop simple. Moubarak a pris peur, il est parti. Les deux pays vivaient beaucoup du tourisme, mais tous n’en profitaient pas. La Libye : le 22 février 2011, « Infrarouge » titrait immédiatement, même avec prudent point d’interrogation : « La fin de Khadafi ? ». Un mois plus tard, on se demande la fin de qui ou de quoi ! La Tunisie, l’Egypte ne produisent que très peu de pétrole. La Libye, beaucoup plus. Une petite différence qui n’eut qu’une bien petite place dans l’actualité ! La résolution de l’ONU ne mentionne pas ce pétrole !

Jean Daniel à Tunis

Trois pays qui se touchent. Pas la même solution. Et puis, au moment où ces lignes sont écrites ( le18 mars vers 21h00), Khadafi, donné très prochainement vainqueur contre les insurgés aux mains plus ou moins nues, cesse le feu comme le lui ordonne la résolution de l’ONU. L’espoir, celui des Tunisiens, des Egyptiens ? Il est dans l’avenir de leurs deux pays, différents d’avant. La Libye, sera-ce Budapest en 1956, Prague en 1968, Berlin en 89 ; ou tout autre chose

Stéphane Hessel ( 93 ans ) qui vient de publier un “best-seller” court,” Indignez-vous”, avec Jean Daniel (90 ans), un des patrons du Nouvel Observateur ( Image N. O)

 « La » télévision n’a plus de place pour la Tunisie et l’Egypte. Il reste la lecture, entre autres celle du Nouvel Observateur. Le 10 mars, Jean Daniel réclamait des armes pour les combattants de Benghazi. Le 17, il revient de Tunis. Il raconte, le rôle des jeunes, celui des femmes dans la Tunisie nouvelle. De Tunis, avec des Tunisiens, il observe aussi la Libye, Khadafi, ses troupes, ses déclarations. Impossible de résumer son texte. Par contre, essentiel d’en signaler l’existence. Il faut de témoignages de ce genre pour se remettre à croire qu’il est possible de comprendre un peu ce qui semble se passer

Les beaux mecs

Voici une nouvelle série de France 2, en huit épisodes durant quatre mercredis (les 16, 23 et 30 mars, 6 avril 2011), « Les beaux mecs », un texte de Virginie Brac et une réalisation de Gilles Bannier. On survole cinquante ans de la vie de l’un de ces beaux mecs, le truand Antoine Roucas dit Tony le dingue. Deux générations, pas les mêmes. De grands acteurs, une splendide aisance dans les sauts temporels ; aussi beau que les meilleurs Melville ? L’important, ici, étant de signaler l’existence d’une réussite française dans la ligne d’ « Engrenages » et de « Un village français ». Derrière les américains, il y avait déjà les anglais. Voici les français.

En 1960, Claude Chabrol signe « Les bonnes femmes », film largement rejeté par la critique et bide public. Quatre vendeuses d’une même entreprise vivaient une vie sentimentale plutôt sinistre, par la faute de leurs pauvres petits rêves. Matthews Weiner, un américain de 45 ans, en parle. Il cite aussi Antonioni.

Weiner ? C’est un « showrunner », le patron d’une équipe de scénaristes qui construisent une série à saisons multiples. Il se fit les griffes sur les « Soprano » de David Chase. Il eut d’abord un peu de peine à imposer les premières saisons de « Mad men ». Cela se passe dans une grande entreprise de publicité au début des années soixante. Pas un plan sans fumée ; pas un plan ou presque sans alcool ; une intransigeante volonté de précision dans tous les détails, dont ceux de la mode – dans le sillage de « Mad men », la mode d’aujourd’hui s’empare de celle des sixties. Il y a les certitudes d’un univers clos au début de ces fameuses années glorieuses qui vont voir le monde occidental s’enrichir par la croissance, mais les masques tomber ou se fissurer. Esthétiquement, c’est superbe, c’est bien joué. Les personnages sont attachants aussi repoussants soient-ils. Ils trompent, se trompent, trahissent, croient être ce qu’ils ne sont pas, sont ce qu’ils ne veulent pas. Dans sa grande sagesse, la TSR programme cette série numéro par numéro aux environs de minuit, après un triplé d’ »experts » dominicaux ! Ce n’est pas sa meilleure exposition possible !

Citer Charbol et Antonioni

Lors d’une conférence de presse à Paris il y a quelques semaines, Weiner vit se précipiter bon nombre de journalistes. Comme s’il s’agissait de participer au lancement d’un blockbusker hollywoodien ! Mais cela concernait l’une des belles réussites de ces séries de longue durée, à plusieurs saisons, qui apportent à la fiction audiovisuelle la richesse de la saga littéraire, le temps à disposition pour savourer sans se presser les élans des personnages et leurs contradictions. Citer à juste titre Chabrol ou Antonioni, c’est tranquillement placer « Mad men » où il doit l’être, parmi le meilleur du cinéma d’auteur, qui vaut de plus en plus souvent pour les séries saisonnières les plus exigeantes.

 

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