De « 26 minutes » à « Mauvaise langue »

( Temps de lecture : environ trois minutes)

Depuis quelques semaines, les deux Vincent, « Veillon et Kucholl » ont quitté l’antenne du premier rideau du samedi soir pour se livrer à d’autres activités hors de la télévision. Le succès assuré de  leur « 26 minutes » un peu assagi sera assurément regretté par les programmateurs qui ont pour mission de maintenir les moyennes annuelles le plus haut possible, aux environs, pour l’ensemble de la RTS, de trente pourcent en part de marché.

La présence d’une émission vouée à l’humour est chose presque indispensable pour une chaîne généraliste. Ainsi est apparue depuis le 23 février 2018 une nouvelle émission, qui en est déjà à son troisième numéro, « Mauvaise langue », le vendredi soir vers 23h00, animée par un jeune romand qui a fait assez belle carrière en France, Thomas Wiesel. Tenir vingt-six minutes chaque semaine exige un travail presque à plein temps, d’autant que tout n’est pas terminé quand les textes sont écrits. Il faut encore enregistrer l’émission. Et quand le public est invité, l’enregistrement prend une certaine lourdeur.

Thomas wiesell (photo RTS)

« Utile », le public ?

On peut d’ailleurs se demander si ce public apporte quelque chose à l’émission. Les applaudissements assez nourris du début et de la fin sont en quelque sorte une manière de remercier la télévision de son invitation. Pendant l’émission, il y a des rires. Le texte joue parfois sur de discrètes allusions, les mots jonglent avec beaucoup de subtilité : il n’est guère étonnant, dès lors, que les rires se fassent un peu discrets, presque timides. Ils n’ont pas grand’chose de communicatif. Il faudrait oser prendre le risque de laisser rire le spectateur, seul dans son salon, sans lui imposer celui du public invité.

S’intéresser à une émission, en fait à toute émission, conduit à deux angles d’approche. On peut s’en tenir aux structures de l’émission, donc à la manière choisie pour atteindre le public. On peut aussi s’arrêter au contenu de l’émission, le comprendre puis l’analyser et porter un jugement à son propos. Les deux démarches sont très différentes. L’une traite de la forme, l’autre du fond. La réflexion critique devrait s’intéresser surtout à la forme. Retenir le fond, c’est entrer dans le « j’aime-j’aime pas » !

Le décor de « Mauvaise langue » est assez simple : un bureau, quelques sièges, un grand mur à l’arrière, sur lequel apparaissent deux ou trois images fixes successives. En cours d’émission, il est aussi possible d’insérer des documents préparés à l’avance.

Le droit de se lâcher

 L’animateur principal de la nouvelle émission est parfaitement conscient du problème. Dans « TV8 du 17 au 23 février 2018 », Thomas Wiesel écrit : Je reçois des insultes très régulièrement, des menaces plus rarement. On me reproche avant tout d’être « clivant » mais je ne sais pas faire de l’humour autrement qu’en donnant mon avis ». Situation claire pour lui : le fond s’inscrit dans la forme, sans prendre de précautions. C’est le droit de l’artiste que de procéder ainsi. C’est au chroniqueur d’éviter le mélange des genres. Certes, cette revendication est tempérée par une autre remarque : « Comme nous sommes diffusés en fin de soirée, nous avons le droit de nous lâcher ».

Thomas Wiesel et Blaise Bersinger animent l’émission « Mauvaise langue » ( Photo RTS)

 Et ce droit, Wiesel et ses chroniqueurs en usent avec gourmandise. Ils y vont assez fort, et sur des faits, et sur des personnes. A se transformer parfois en polémistes. Mais nous sommes dans une émission d’humour, pas dans un document d’information.

Oser en faire trop

 On pourrait leur reprocher d’employer du « bourbine » pour la traditionnelle comparaison entre suisses alémaniques et romands, regretter l’apparition d’un vocabulaire inutilement vert, se demander si certains allusions au dessous de la ceinture sont vraiment nécessaires. On le peut, mais ces quelques excès d’un goût parfois un peu douteux font partie du genre qui accepte le « lâcher tout ».

Aujourd’hui encore, chaque semaine, dans « Charlie hebdo », je réagis contre au moins un élément en me disant qu’ « Ils vont trop loin ». Pas loin d’avoir la même réaction après les trois premiers numéros de cette émission prometteuse. C’est donc bon signe que d’être choqué par le sentiment que leurs auteurs osent en « faire trop », dépasser certaines lignes rouges qui sont du reste personnelles.

A prendre, donc, le vendredi soir, même avec des « pincettes »…

Une réponse à to “De « 26 minutes » à « Mauvaise langue »”

  • Jaccaud:

    Personnellement, j’apprécie l’émission Mauvaise langue et je trouve que les animateurs prennent de la « bouteille » au fil des semaines.
    Au-delà du langage parfois un peu cru… quoique! je trouve que les chroniques de Thomas Wiesel sont riches et toute en finesse, souvent au 2ème degré. Il a besoin de peu de mots pour dire beaucoup de choses, en plus avec une élocution parfaite et des références souvent fouillées.
    J’apprécie aussi beaucoup les interventions décalées de Blaise Bersinger.

    Ce que j’aime moins ce sont les moments « au bar »… qui à mon avis n’apportent rien.

    Je souhaite plein succès à l’émission « Mauvaise langue »!
    Cordialement.
    Claire-Lise Jaccaud

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