Broadchurch, saison 3 : la grande forme

 Les deux premières saisons de cette excellente série britannique connurent un immense succès. La saison 1 fut proposée par la RTS fin 2013, début 2014 et la saison 2 projetée du 3 au 17 avril 2015. Surprise : pas de saison 3 sur la RTS, qui n’a ainsi pas su «prendre de vitesse » France 2, sa concurrente française comme si souvent elle parvient à le faire. Il serait intéressant de savoir pourquoi la RTS ne présente pas en avant-première cette troisième saison, annoncée par son producteur britannique comme la dernière. Elle se déroule trois ans après la deuxième.

D’une saison à l’autre

Première saison : meurtre d’un enfant. Deuxième saison : procès du meurtrier au dénouement inattendu et apparition de certaines révélations sur le passé d’Alec (David Tennant), capitaine de police qui forme un duo avec Elie Miller (Olivia Colman), lieutenant, parfaitement intégrée à Broadchurch, petite ville imaginaire du Dorset, au sud de l’Angleterre, en bord de mer proche de falaises qui dominent des plages de sable.

Elie et Alex : aussi pour la falaise ( Photos Fr 2)

Dans les deux premières saisons, l’affaire policière puis sa composante judiciaire, bien conduites, ne forment pas la composante principale du récit. Bien sûr, meurtre il y a, d’un enfant qui plus est, puis procès avec coupable qui se déclare non coupable. Le centre de l’intérêt se porte le duo d’enquêteurs, mus par leur professionnalisme et une amorce de respect mutuel, sur plusieurs habitants de la petite ville provinciale et ses superbes falaises maritimes.

La troisième saison commence par la découverte, un mardi matin, d’une femme hagarde, qui se tait . On comprend peu à peu qu’elle a subi une violence sexuelle en pleine nature. Mais le viol a eu lieu le samedi soir, lors d’une fête organisée dans une grande maison à l’écart de la ville. Les dix premières minutes se bornent à suivre une longue conversation entre les deux inspecteurs de police. Mais dès que l’enquête commence, on retrouve la ville, ses alentours, des personnages, comme clergyman et son église presque vide, la journaliste du quotidien local qui va cesser son activité, la famille Latimer qui reçoit une indemnité financière dérisoire après la mort de Danny, etc. Le téléspectateur ne se trouve pas en terre inconnue… Apparaissent aussi de nouveaux personnages, comme l’assistante de police, Katie (Georgina Campbell).

Deux jours de silence

Première démarche des enquêteurs discrets : pourquoi la victime, Patricia Winterman, attend-elle deux jours avant de se faire connaître. Sa mémoire est-elle obscurcie par la violence de l’acte ou masque-t-elle un comportement personnel bizarre ? Elle avait consenti le matin même du samedi à une relation sexuelle avec un partenaire dont elle refuse de donner le nom. Et elle décrit avec une précision éprouvante son viol du dimanche matin.

La victime de la saison 3

Certains des collaborateurs à l’écriture du scénario ont consulté des thérapeutes spécialistes du viol et de ses conséquences sur les victimes, sujet dont on parle beaucoup à l’heure actuelle. La série existait avant la vague qui déferle actuellement. Sa rigueur informative est à porter à son actif.

Un acte prémédité

Dans un premier temps, le viol n’est pas rendu public par les enquêteurs qui peuvent ainsi amorcer leur travail avec une certaine sérénité, avec des effectifs réduits. Mais il se passe des choses bizarres. Alec, avant Elie, acquiert assez rapidement la conviction que le violeur assistait à la fête du samedi soir, que son acte était prémédité, comme certains détails de son exécution le font penser. Il y a risque de récidive, donc nécessité d’être efficace. De ce qui s’est passé, certains ne sauront que ce que la police voudra bien dire dans une conférence de presse. Les enquêteurs suivent plusieurs pistes. Le téléspectateur finit par soupçonner un peu tout le monde. Cela fait partie du « plaisir » pris à « fréquenter » certains personnages souvent attachants.

Tournage

Les interprètes, et ce n’est pas une surprise, sont dans l’ensemble excellents. La mise en scène, souvent concentrée, dans certaines séries récurrentes, sur des dialogues, connaît aussi le poids d’un silence, le sens d’un geste, la richesse d’un regard. La deuxième saison, un peu dramatiquement dispersée, ne fut pas tout à fait au niveau de l’excellente première. La troisième, après ses deux premiers épisodes, semble bien rejoindre la première.

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