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Importance du décor pour un débat d’idées

Les images d’animatrices de débat sont plus nombreuses que celles des décors! (Temps de lecture : environ trois minutes).

Dans tout débat, il y a au moins deux personnes, celui ou celle qui interroge et l’invité(e), en face-à-face. Dès que le nombre augmente se pose un problème de pure organisation : comment disposer les intervenants, que faire du public composé d’invités qui n’interviennent pas ?

Des comparaisons sont intéressantes à faire entre « C..dans l’air » (France 5- Caroline Roux), « 28 minutes » ( Arte-Elisabeth Quin) et « Infrarouge » (RTS 1-Esther Mamarbachi), émissions quotidiennes ou hebdomadaire placées sous responsabilités éditoriales féminines. Seule la RTS accueille un public comme au spectacle, lequel applaudit au début et à la fin sans jamais intervenir. Il n’apporte rien à l’émission elle-même, mais peut-être sa présence conduit-elle certains intervenants à « amuser-la-galerie ». La RTS accomplit un geste certainement apprécié de relations publiques à l’égard de quelques dizaines de téléspectateurs, chaque semaine, espérons-le ravis de découvrir l’envers d’une émission et son décor, de croiser en coulisses les intervenants et d’entendre le lendemain les remarques du genre « On-t’a-vu-à-la-télé » !

L’animateur peut donc être seul ou accompagné de collègues (comme dans « 28 minutes » ) pour recevoir plusieurs intervenants, au moins quatre. Ceux-ci sont ou bien des « experts » qui apportent leur vision du sujet abordé ou des «combattants » regroupés en deux camps qui vont s’affronter, en particulier s’il s’agit de répondre par un oui ou un non lors d’une prochaine consultation populaire. L’organisation dans l’espace du décor va donner un sens à la tonalité du débat.

France 5

Le décor récent, Caroline Roux de dos (Photo France 5)

 «C..dans l’air », maintenant souvent animé par Caroline Roux, utilise le demi-cercle de la table ronde dont la partie manquante est occupée par le téléspectateur invité à assister au débat. Une table ronde ne conduit pas à des affrontements. C’est le lieu d’une discussion qui permet de faire le point, d’additionner des informations, de les interpréter, d’écouter les positions des uns et des autres qui ne cherchent pas à avoir raison. Le téléspectateur conserve sa liberté d’appréciation.

Caroline Roux,le 1511.2016, titre de l’émission, « Hollande/Trump : çà chauffe! »( Photo France 5)

28 minutes

« Elisabeth Quin, principale animatrice, est accompagnée pendant tout l’émission de deux journalistes de la chaîne, préparés pour intervenir sur un aspect du sujet principal. D’autres interventions s’inscrivent dans l’émission. Trois invités, issus de la société civile, leur font face. Les blancs et les rouges dominent. La table transparente, formant un polygone avec des angles « doux », s’inscrit dans un cercle sans heurter l’œil. Le décor est ainsi amical, reposant, convivial. Il convient à une émission où les avis s’additionnent.

Elisabeth Quin devant le 8 de « 28 minutes » qui en dure environ 40 (Photo Arte)

Un autre participant se fait discret, le dessinateur dans le studio, que l’on ne voit pas dans les plans d’ensemble. A plusieurs reprises, l’animatrice en appel à son ou ses dessins qui résument la discussion et surtout la commentent avec un humour indéniable et en frappant souvent juste : utile rappel d’indispensable esprit critique. Il y a fort longtemps, « Infrarouge » faisait appel à Mix&Remix. Son absence a appauvri l’émission.

Infrarouge

L’ensemble du décor d’Infrarouge (PhotoRTS)

« Infrarouge », dès son ouverture, offre un savant désordre de cercles parfois brisés, plus ou moins tordus qui s’inscrivent les uns dans les autres. De sièges rouges accueillent le public.Un rouge presque « rageur » est ainsi mis en valeur par les blancs. L’animatrice siège seule devant une surface blanche qui ressemble plus ou moins à un triangle isocèle. Mais au lieu d’un sommet, l’œil est attiré par deux segments brisés formant ainsi deux pointes presque agressives installées devant une base solide. Un groupe de deux ou trois personnes se trouve à droite de l’animatrice, un autre d’égale importance lui fait face.

Un détail tourmenté et coloré du décor d’Infrarouge,  24 juin 2o16 ( Photo RTS)

Le décor d’ « Infrarouge » est donc construit pour mettre en scène l’affrontement entre groupes si possible agressifs, qui obéissent plus ou moins à un arbitre qui donne des ordres pas toujours suivis ou des directives pas forcément écoutées.

Mais « Infrarouge » organise tout de même un certain nombre d’émissions dans ce décor pour  face-à-face conflictuel dans un esprit plus serein d’écoute réciproque beaucoup plus enrichissant pour le téléspectateur. L’émission du 6 septembre 2017, intitulée « Corée du Nord : vers une guerre nucléaire », fut d’un niveau remarquable, équivalent à celui de «  C.. dans l’air ».

Esther Mamarbachi et Alexis Favre, le duo de 2017 pour l’animation d' »Infrarouge »
( Photo RTS)

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