Conversations avec Mr. Poutine

 Lundi 26 juin 2017, France 3 présentait les deux premiers épisodes d’une série de documentation/information tournée par un grand cinéaste, Oliver Stone en premier rideau, de 20h55 à 24h00, avec deux épisodes complétés par une première réflexion d’invités en fin de soirée.

Les épisodes 3 et 4 sont inscrits sont inscrits au programme des mercredi 28 à 23h30 et jeudi 29 juin à 23h40, comme s’ils n’étaient destinés qu’aux plus courageux des téléspectateurs insomniaques. Une fois de plus, une chaîne de télévision cherche à faire glisser ses « clients » vers internet accessible à toute heure.

Oliver Stone

 Oliver Stone est un grand réalisateur américain né en 1946, à la riche filmographie, une vingtaine de longs-métrages, comme « Wall street » ( 1987 et 2010), « Platoon », « Né un a juillet », « JFK ». Il a aussi emprunté la voie du cinéma de documentation pour « Comandante » (des entretiens avec Fidel Castro – 2002 ), « Looking for Fidel » (2004- même interlocuteur, diffusé sur le petit écran). L’ensemble de son œuvre aborde, dans une totale liberté, des sujets qui concernent son pays dans un esprit critique assez sévère.

Photo France 3

Comment un réalisateur américain parvient-il à obtenir du président d’un grand pays comme la Russie une douzaine d’entretiens de parfois plusieurs heures chacun, pour récolter plus de vingt heures d’images et de sons qui vont servir en bonne partie à élaborer une série de quatre épisodes d’une heure ?

Le réalisateur, qui maîtrise son montage, peut construire sa série en complétant les entretiens par différents documents américains ou russes qui s’en viennent corroborer des éléments des conversations. La structure centrale de ce que l’on pourrait appeler « témoignage audiovisuel » est fondée sur le verbe.

Le parti- pris

 L’attitude du réalisateur qui ne prétend pas être journaliste est simple : il pose des questions autour de quelques grands thèmes, écoute les réponses qui amènent d’autres remarques. Au montage, il respecte l’unité de lieu. Il glisse d’un sujet à l’autre sans ajouter de commentaire qui lui permettrait de mettre en doute la réponse. Il ne s’agit donc pas d’un débat.

Poutine parle russe, Stone anglais. Entre eux, un troisième homme, discret, le traducteur. Sur la bande sonore, on entend sans avoir besoin de chercher à les comprendre, les interventions de chacun. La version proposée par France 3 restitue en français, avec une subtile fluidité, une conversation qui se tient dans deux autres langues.

Une idée de la slpendeur de certains décors (Photo Franc 3)

Pour enregistrer ces conversations, il met en place un dispositif assez lourd : il dispose d’au moins deux caméras et micros. L’entretien s’effectue sous différents angles. A plusieurs reprises, on voit le trio principal entouré d’une équipe technique, dont la présence semble n’avoir aucune influence sur le trio formé du président, de son interlocuteur et du discret traducteur. Cet environnement technique ne gêne personne.

De la première à la deuxième partie, on sent une certaine évolution : plus le temps passe et plus les images se rapprochent des visages, les plans rapprochés remplaçant souvent ceux d’ensemble. Comme si on partageait une sorte de climat de confiance réciproque – de complicité même ? Le recours au montage de documents extérieurs ne nuit pas à la priorité attentive portée à la conversation.

Aux USA, reproche aurait été adressé au cinéaste questionneur d’une trop grande connivence frôlant l’obséquiosité avec son interlocuteur. Stone voulait donner à écouter ce que le Poutine dit de son pays et des relations avec les USA qui ne sont ni au beau fixe, ni à l’orage permanent. Il ne lui appartient pas de commenter les réponses qui lui sont données. Il se refuse à toute forme de polémique.

Un utile débat

 Sylvie Kaufmann ( journaliste au « Monde »), Bernard Quetta ( « France Inter), Renaud Girard ( « Le Figaro », partenaire de France 3 pour cette série pour cette mini-série), Hubert Védrine ( ancien ministre des affaires étrangères ) et Oliver Stone ont participé vers 23 heures à un fort intéressant premier débat complétant sur plusieurs points la conversation, choisissant des angles d’approches différentes. « Conversations avec Mr Poutine » est tout simplement un excellent document audiovisuel, présenté en priorité et peut-être uniquement sur de petits écrans.

Une telle minisérie contribue peut-être à mieux comprendre la place de la Russie nouvelle dans le monde d’aujourd’hui. Il pourrait être intéressant d’y revenir….

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