« The night of » : Une série à suivre!

A l’origine de cette mini-série ( huit épisodes d’environ soixante minutes, ce qui fait tout de même près de huit heures de diffusion), un série britannique, « Criminal Justice » dont on peut ignorer l’existence ce qui n’empêche pas de la mentionner.

Naz (Riz Ahmed), étudiant issu d’un milieu d’origine pakistanaise, « emprunte » un soir le taxi jaune (62P4) de son père. Une jeune femme s’installe sur le siège arrière et lui « ordonne » de se rendre au bord de la mer. Mais la soirée finit chez elle, avec alcools, drogues et rageuse relation sexuelle. Par jeu et défi, elle aura planté un couteau entre les doigts de sa main. Il en fait autant mais blesse ensuite sa compagne. Quelques heures plus tard, Naz se réveille et quitte l’appartement en oubliant la clef de la voiture. Il revient sur ses pas et découvre le cadavre de la jeune femme (court plan du corps presque totalement ensanglanté).

Un inspecteur et un avocat

Il commet une faute de conduite et se fait arrêter par une patrouille. Conduit dans un commissariat, il sera interrogé par le l’inspecteur Dennis Box (Bill Camp). John Stone (John Turturro), avocat, se trouve au bon endroit au bon moment, par on ne sait pas très bien quel hasard et si c’en est vraiment un. L’homme de loi s’impose à lui comme défenseur. Il lui inculque une règle difficile à respecter : silence total avec tout le monde.

L’avocat John Stone (John Turturro.( photo HBO)

Naz est très mal pris. Il finit par affirmer son innocence. Mais l’est-il vraiment ? Que s’est-il passé avant son réveil. Peut-être est-il coupable, même sans le savoir. Dennis reste très calme, tout en croyant probablement Naz coupable en lui laissant entendre le contraire. Stone gravite dans ce monde des avocats qui espèrent tirer de l’argent de n’importe quelle cause, avec cynisme.

Une série sobre et retenue

Pas d’actions retentissantes. Pas de rebondissements spectaculaires. Plus de silences que de cris. Cela se passe comme si le réalisateur cherchait à saisir les pensées, les émotions, les élans, les peurs plutôt que de décrire les événements. Tant de calme et de retenue dans la mise en scène, à part quelques rares accélérations, incite le cinéphile à se demander s’il ne se trouve pas dans un film de Robert Bresson, entre « Pickpocket » et « Le journal d’un curé de campagne ».

Un exemple de sobriété, celle du décor d’un poste de police réaliste

Référence insolite, voire accablante? On se trouve devant une série tendue, grave, sobre ( comme le fut « True detective » ), qui donne en vie de parler de mise en scène, et pas seulement des richesses et subtilités de l’écriture. De telles séries sont rares. Elles s’inscrivent aussi dans la lignée de David Lynch (« Twin Peaks ») ou Jane Champion (« Top of the lake ») tous deux présents à Cannes il y a quelques jours.

Eléments de mise en scène

Alors voici quelques exemples de mise en scène qui donnent à « The night of » une certaine originalité. Au volant de la voiture qu’il vient de débarrasser d’un PV, Naz est si nerveux qu’il tourne brusquement à gauche là où il est interdit probablement de le faire. Il attire ainsi l’attention d’un duo de policiers de la route, qui oublient pourtant de contrôler son degré d’alcool.

L’affiche (Photo HBO)

Au poste de police, il doit se déshabiller complétement et subir une fouille corporelle intime en partie suggérée. On lui tend ensuite une combinaison « officielle » de détenu mis en garde à vue. D’une voix timide, il dit « merci ». Alors qu’il ne comprend pas ce qui se passe, il surprend en disant tout à coup :« Je veux un avocat » ! Et cette attitude défensive prend ainsi valeur d’aveu.

L’avocat est embarrassé par un exzéma aux pieds. Dans un autobus, il s’en occupe en se grattant. Une voisine se lève et va s’asseoir, sans un mot, sur une place encore libre loin de lui. Avertis des ennuis de leur fils avec la police, ses parents se rendent d’abord dans à une fausse adresse. Le policier qui mène le premier interrogatoire est tout de même surpris par la présence de l’avocat qui est venu imposer ses services à Naz. L’inspecteur Stone semble donner à Naz des conseils presque amicaux sans que l’on sache quelle est son intime conviction? Il finira par dire à un collègue qu’il n’a aucun doute, alors qu’on croyait pouvoir deviner le contraire.

Cette énumération de petites scènes apparemment un peu anodines donne une première idée de l’esprit de la série, qui montre ce qui se passe entre les événements. Cet entre-deux finit pas être plus intrigant, plus passionnant à deviner, dans le temps qui s’écoule en silences que des actions multiples brutalement accumulées.

Diffusion (trop) tardive!

Les six prochains épisodes pourront-ils se maintenir au niveau des deux premiers ? Ce serait la confirmation d’une impression initiale très favorable à cette série. Qu’elle soit proposée par RTS 1 entre 23h00 et 01h00 finit par être un signal : les responsables de la programmation de « notre » télévision ont un don assez développé pour repousser les séries récurrentes les meilleures à des heures tardives, comme si le public n’était apte qu’à apprécier des séries unitaires qui apportent la solution à une enquête faite d’actions violentes, de coups de feu avec beaucoup de sang.

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PS1 à suivre: à propos du logo rouge

PS2, à venir aussi : une publicité incongrue!

 

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