Grands Evénements télévisuels

Un grand événement télévisuel, souvent admis incontournable, peut se dérouler aux plans mondial, continental, supranational, national ou régional. Les serviteurs des chaînes, l’œil fixé sur l’audimat, sont prompts à répandre des informations numériques quand elles surpassent les précédentes.

Deux milliards pour les obsèques de Michael Jackson, a-t-on pu lire ici ou là sans savoir sur quelles bases repose cette estimation! On devait déjà être fort nombreux, il y a quarante ans, pour voir les premiers pas de l’homme sur la Lune ! L’actuel «Tour de France» augmente le nombre de téléspectateurs par rapport à 2008, en un pas de course qui ressemble à celui des trop nombreux et dangereux «athlètes» à pied et à drapeaux qui accompagnent de manière imbécile les cyclistes en montagne!

La masse peut faire «peur»

Se dire qu’on est des centaines de milliers, des millions, parfois même des milliards à regarder le même spectacle en même temps avec les mots du commentaire pour seule différence reste chose profondément inquiétante.

A l’«Eurovision Song Contest» de 2007, DJ Bobo se trouve en touche. L’ancien «*Grand prix eurovision de la chanson» sied mal à la Suisse ces dernières années. Mais ce n’en est pas moins un «grand événement» SSR-SRG Idée suisse! (Photo TSR)

Exemples suisse de «grands» événements

Au niveau suisse vient de paraître une luxueuse et bilingue revue d’une quarantaine de pages, «Idée suisse» (no 02/2009). La partie centrale de la publication examine en un honorable effort assez peu concret la notion de qualité exigée par la concession accordée par le Confédération à la «SSR-SRG Idée suisse». Mention est faite de quelques événements nationaux considérés comme grands: les «quartz» du cinéma suisse à Lucerne, le «Festival Visions du réel» à Nyon, le championnat du monde de hockey sur glace, l’«Eurovision song contest» ( ex – Grand prix eurovision de la chanson) et le prochain festival de Locarno. Les «grands» événements télévisuels nationaux sont donc majoritairement et modestement culturels au sens large ou sportif !

«Routes et déroutes avec Nicolas Bouvier» de Gaël Métroz. Connu sous le nom de «Nomad’s land», cette co-production de la TSR a été présentée au festival «Visions du réel» de Nyon en 2008.

De la gare de Zürich au mur d’Orange

En avril dernier, une filiale de SRG-SSR Idée suisse a filmé à l’opéra de Zürich une représentation de «La Tosca» de Puccini pour en faire aussi un DVD et un disque «Blue Ray». Autre opération importante dont il convient de rappeler l’existence: l’enregistrement de «La Traviata» de Verdi en gare de Zürich l’automne dernier, fruit d’une belle collaboration entre ARTE et SF DRS.

Or cette «Traviata» vient de faire reparler d’elle en deux occasions très différentes. France 2 vient d’en proposer une soirée en direct (15 juillet 2009) depuis les arènes d’Orange où se déroulent les «Chorégies». Bonne présentation par Christophe Hondelatte qui sait faire entrer les principaux partenaires de la création en documents bien construits ou entretiens sur le vif. La structure dramatique de l’œuvre gagne à être rendue très compréhensible par le sous-titrage en français du texte italien de l’œuvre initiale de Dumas père écrite en français. Grands moments avec la cantatrice Patrizia Ciofi et le ténor semble-til pour le moment encore peu connu du grand pub lic, Vittorio Grigolo, devant l’extraordinaire mur d’Orange avec une mise en scène classique parfaitement adaptée au lieu. Un absent: le mistral que l’on n’entendit point sur la bande sonore. A l’audimat, un million et deux cents mille spectateurs, l’équivalent d’environ cent trente représentations en plein air!!!

Eva Mei et Vittorio Grigolo chantent «La Traviata» à la Gare de Zürich (Photo TSR). Le 15 juillet 2009, Vittorio Grigolo se retrouve à Orange en duo avec Patricia Ciofi.

Des «Perses» à «La Traviata»

Autre apparition de cette «Traviata»: dans «Le Monde – Télévisions» du 20 juillet 2002 qui évoque «des moyens de cinéma au service des grands événements culturels», en direct à la télévision, sous le titre «Dramatiques» et opéras: le télévision entre en scène» J.J.Larochelle, en un raccourci saisissant, passe de l’enregistrement des «Perses» d’Eschyle par Jean Prat le 31 octobre 1961, vu alors par dix millions de français à celui de «La traviata» le 30 septembre 2008 en gare de Zürich. Une différence pourtant: le nom du réalisateur Jean Prat est retenu en 1961 alors que l’on cite celui de Jean Wittersheim, responsable en 2008 de l’unité spectacle d’Arte francophone.

Avant son suicide, Jean Prat écrivait à certains de ses proches: ce qui me scandalise, ce n’est pas mon absence prolongée sur les écrans, c’est le naufrage de la télévision. A cause des pubs, des coupures, de l’audimat, des films et des séries doublées, etc. C’est contre cela que j’adresse cette ultime protestation».

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