La nuit américaine

Match nul!

Imaginons que le peuple suisse soit appelé à élire directement le Président de la Confédération pour quatre ans à la fin d’un processus ne retenant plus que deux candidats, par exemple, hier, un Christophe Blocher face à Ruth Dreifuss. Qui eut été élu? Les Américains viennent d’élire Donald Trump.

Hillary Clinton a obtenu 59,69 millions de voix, Donald Trump 59,49, autrement dit en pourcent 50,08 contre 49,92. Match nul, deux cent mille voix près! Seulement, il n’y a pas de match nul. On le sait: le système américain passe par les 538 «grands électeurs» issus des cinquante états, deux sénateurs par Etat plus un complément proportionnel à la population (3 en tout pour le Vermont et ses 600 mille habitants pour 55 en Californie pour 39 millions , un pour 200 mille contre un 700 mille).

On connaît un Suisse un même système déséquilibré quand la constitution exige une double majorité, de voix et de cantons. Ce système «protège» les plus petits; pas forcément les plus faibles. C’est la quatrième ou cinquième fois que l’élu, aux USA, n’est pas majoritaire en voix. En 2000, Al Gore avait obtenu cinq cent mille voix de plus que Bush qui fut pourtant élu ayant pour lui 271 grands électeurs assurés.

Le sigle de Géopolitis, dimanche à 12h15, comme hier "Table ouverte"....

Le sigle de Géopolitis, dimanche à 12h15, comme hier « Table ouverte »….

TV5+RTBF+RTS

Le mercredi 9 novembre 2016, long stage personnel devant la télévision, à pitonner volontairement entre chaînes francophones. Sur la RTS, presque une information en continu. Remarquable idée que d’associer TV5, la RTBF et la RTS, bel exemple de collaboration entre régions francophones qui permet aussi de faire aussi bien, sinon mieux, que les chaînes françaises. Le service public généraliste remplit ainsi très remarquablement son mandat. Et pour une fois, on prend acte qu’il existe aussi une télévision belge francophone…

L’occasion est à saisir pour ouvrir une parenthèse. Quelques politiciens de la droite suisse alémanique, probablement soutenus en direct ou en coulisses par certains grands éditeurs, viennent une nouvelle fois de proposer de faire des économies en coupant dans le crédit qui permet à la SSR-SRG d’être associée étroitement, en francophonie, à TV5, fenêtre ouverte sur des dizaines de pays, accessibles à plus de deux cents millions de téléspectateurs dans le monde entier. Une économie de deux millions par an! Génial!! Enfin, cela s’inscrit dans une ligne agressive, celle de l’affaiblissement de la SSR-SRG, donc aussi de ses relais linguistiques!

 Haro sur les sondages!

 Dans leur très grande majorité, les nombreux sondages donnaient Clinton élue, certes, avec un écart finissant par être de plus en plus étroit. Haro sur eux! Et coulent les explications pour expliquer cette erreur collective: les échantillons n’auraient pas su prendre en compte la colère de blancs au moins trentagénaires de la classe moyenne des Etats à majorité rurale.

Trouvé sur le site de "Géolopolitis": en quinze minutes d'entretien avec François Huisbourg, conduit par Marcel Mione, une première approche intéressante pour demain "vivre" avec Trumb.....

Trouvé sur le site de « Géolopolitis »: en quinze minutes d’entretien avec François Heisbourg, conduit par Marcel Mione, une première approche intéressante pour demain « vivre » avec Trump…..

Tout sondage devrait être accompagné de différentes indications qui permettent de fixer une marge d’erreur. Dans la période préélectorale américaine, je n’ai ni lu, ni entendu (à la télévision) de marge d’erreur.

Une marge d’erreur de deux pourcent est assez fréquente. Un 49 contre 51 pourcent signifie donc plusieurs résultats possibles 47 à 53, 48 à 52, 49 à 51, 50 à 50, 51 à 49, trois situations de défaite pour le premier camp, un match nul ou une victoire. Un retournement n’a rien du raz-de-marée. Alors, quoi? Mettre en cause les seuls sondages qui n’auraient rien vu venir? Les «coupables» sont peut-être ceux qui les lisent et surtout ceux qui commentent, aveuglés par des valeurs prises pour absolues alors qu’elles ne sont que relatives.

Signalons en passant que la SSR, donc la RTS, impose d’associer à tout sondage la grandeur de l’échantillon, la date de l’enquête et la marge d’erreur. Cette règle est en général respectée dans les journaux télévisée. Ailleurs? On entend parfois mentionner la marge d’erreur à « C…dans l’air», plus souvent qu’à «Infrarouge»!

Trump président

Même à «chaud», que peut-on attendre d’une émission de débats comme « Infrarouge », le jour même où les USA viennent de voter? Qu’elle permette au téléspectateur de comprendre, un peu, ce qui s’est passé, d’entendre quelques hypothèses sur ce qui pourrait changer dans la politique américaine dès l’année prochaine, après l’intronisation de la nouvelle équipe.

"Infrarouge" : le 9 novembre 2016....

« Infrarouge » : le 9 novembre 2016….

Mais évidemment, si vous disposez d’une seule possibilité par semaine, que le principe même d’une émission, dès la conception du décor, consiste à diviser le monde en deux clans qui s’opposent, comme si tout réponse passait par un OUI ou un NON à toute question, même la plus complexe, on prend le risque du pugilat. Notons en passant que l’arbitre a des moyens de diversion: il peut, pour calmer le jeu, faire appel à des documents préparés, à des invités hors du studio, éloignés du ring.

Deux minutes à peine, ce 09.11.16: et c’est parti. Nous apprenons que Mme Clinton est un «produit avarié», que cette «femme la plus corrompue» devrait être «en prison». Chic: «Infrarouge», et encore à plusieurs reprises en cours de soirée, aura ainsi reconstitué, certes modestement, le premier affrontement Trump-Clinton de la récente campagne. Mme Yvelyn Joslain, annoncée comme une spécialiste de la droite américaine, s’est ainsi révélée ardente défenderesse de Donald Trump qui n’en demandait du reste pas tant. Peut-être même d’abord sidérée, Mme Calmy-Rey a tenté de protester contre une entrée en matière qui aura ensuite donné le ton à l’émission même. Faut-il s’en étonner? Mais peut-être qu’une telle émission a le mérite de titiller de belles parts de marché!

Bien entendu, peu après «Infrarouge», «C…à vous» sur France 5 abordait avec dignité le même sujet et permettait de commencer à comprendre une ou deux choses à savoir du nouveau président des USA.

Il faudra donc d’autres propositions, comme «Géopolitis», que celle d’ «Infrarouge» pour pouvoir comprendre comment un tout petit peu plus d’un sur deux américain a choisi de voter pour Donald Trump, dont nous ne connaissons pour le moment à travers le petit écran que le côté provocateur et vulgaire.

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