« Westworld » : dans le bas du haut !

Allait-on pouvoir inscrire la première saison de la nouvelle série ample de HBO dans le haut de gamme: la question était posée dès le titre de la précédente contribution à ce blog. La réponse est assez facile à donner après les trois premiers épisodes: c’est oui, mais il y a un mais: «Westworld» s’inscrit plutôt dans le bas du haut de gamme.

L’utilisation dans l’espace ne pose guère de problème. Il y a la fabrique de robots, avec son personnel, surtout des cadres supérieurs, qui vont se servir de leurs produits pour animer un parc d’attraction, une bourgade de western du XIXe fort minutieusement reconstituée, sise dans de splendides et vastes paysages pour le moment sans indiens.

La fabrique et le parc d’attractions

Les machines qui fabriquent les robots sont ultra-modernes. Là, nous sommes là au XXIe siècle. Le XIXe fait donc l’objet d’une reconstitution dans des paysages. Mais le passé n’existe pas puisqu’il est reconstitué en parc d’attraction au présent. La fabrique semble tout de même s’ouvrir sur les mêmes paysages que ceux qui entourent la bourgade. Donc continuité dans les espaces. Ce n’était pas forcément la cas dans «Games of Thrones», avec ses maisons souvent royales, une dizaine, semées sur un vaste continent; à s’y perdre parfois.

Une affiche promotionnelle (Photo HBO)

Une affiche promotionnelle (Photo HBO)

Le petit monde de la fabrique est facile à cerner, y compris dans ses rapports avec les «humanoïdes» qu’il faut réparer presque toujours après les affrontements dans le «décor» qui laissent des traces. Mais certains éléments commencent à troubler les ingénieurs, qui risquent de modifier le comportement de «machines» pourtant bien programmées pour jouer leur rôle. Des «acteurs» à l’apparence pleinement humaine se questionnent sur eux-mêmes: sont-ils vraiment ce qu’ils sont ou autre chose, cet «être ou ne pas être» qui rattache à l’interrogation shakespearienne.

Mise en scène altra-violente

Dans le parc, les «industriels» ne s’y rendent pas. Les responsables de la mise en scène restent en coulisses. Mais les «Hôtes» et les «Arrivants», les acteurs et leur public ne sont pas séparés par la rampe. Ils partagent mais les mêmes espaces. Mais comment reconnaître les «arrivants»?

Il est à peu près évident que les échanges de tirs, du genre «une balle – un blessé ou un mort», ne concernent que les acteurs qui jouent un rôle. La mise en scène du spectacle est souvent fondée sur l’exagération, et dans les scènes, et par leur répétition. Référence peut alors être faite à Tarantino. Dans cette ultra-violence, la série trouve ses limites qui conduisent à ne la classer pour le moment que dans le bas du haut de gamme.

La précision du geste.. et l'efficacité du tir (Photo HBO)

La précision du geste.. et l’efficacité du tir, hors-champ (Photo HBO)

Douce, fragile et séduisante Dolorés

Il y a d’autres indices qui annoncent que les «robots» vont dépasser leurs créateurs, pour des raisons qui échappent à ces derniers. Les plus subtils résident peut-être dans l’apparition de souvenirs, par exemple avec la répétition d’une main qui saisit une canette tombée au sol. Et puis, elle est si douce, si fragile, si séduisante Dolorès, que l’on peine à croire qu’elle soit vraiment un produit sorti de la fabrique, même quand elle est mise sur la sellette par un de ses créateurs.

Dolorès dans le paysage (Photo HBO)

Dolorès dans le paysage (Photo HBO)

Mais cette difficulté d’identification, acteur ou spectateur, est l’un des ressorts qui incitent le «téléspectateur» à participer, en quelque sorte, à l’écriture du scénario de la série. Il peut aussi se souvenir d’une excellente série suédoise, «Real humans» qui ne jouait pas, elle, sur la violence des armes à feu.

Répétons-le: un épisode par semaine, c’est l’esprit même de la série. La RTS, comme la RTB, a choisi la version originale sous-titrée pour s’inscrire dans la suite immédiate de la sortie américaine. C’est un précieux retour aux sources de la série: oser jouer sur l’impatience de l’attente de la suite, sans en revenir à la durée de long-métrage de cinéma «imitée» avec les épisodes en duos.

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