Autour de la notion de débat

Un peu assoupi, ces dernières semaines, ce blog! Mais mon «Pipe-line» personnel est encombré de versions différentes qui oscillent autour du «Tv-talk-show», une des «traductions» françaises de «talk-show», dit aussi «causerie» ou «émission-débat». On peut restreindre le débat à un sujet politique, culturel ou sociétal, s’en tenir à certains exemples fournis par la RTS, ARTE, France 5, chaînes généralistes de service public. L’obsession liée au désir de faire la meilleure part de marché possible devrait être l’apanage des seules généralistes commerciales qui vivent essentiellement de publicité, TF1 ou M6 chez nos voisins. Notons que sous nos latitudes romandes, on ignore tout ou presque de la Wallonie belge et du Québec canadien. Une limite: s’en tenir à des émissions quotidiennes et hebdomadaires.

Points forts de la RTS

La force actuelle de la RTS, née dans son passé des années 1960, réside dans son offre d’émissions généralement faites «maison» du premier rideau, «Mise au point» (dimanches), «TTC» (lundis), «A Bon Entendeur» (mardis), «Temps présent» (jeudis), «Passe-moi les jumelles» (vendredis), les grands magazines (mercredis) et les rares séries romandes (samedis). Elle y consacre d’importants montants. Les journaux télévisés, le sport et les séries unitaires américaines complètent ces émissions de premier rideau. Une bonne place est accordée à la documentation.

 Romaine Morard : nouvelle venue à "Infrarouge" (RTS)

Romaine Morard : nouvelle venue à « Infrarouge »

Avec «La puce à l’oreille» (jeudis vers 23h) et «Infrarouge» (mercredis vers 21h30), la RTS n’est pas particulièrement séduisante. A signaler toutefois que l’heure de diffusion d’«Infrarouge » a été avancée depuis quelques mois, désormais proposée à un public en moyenne plus nombreux avant 22h qu’aux environs de 23h!

Arte et «France 5» proposent une partie de leurs émissions aux heures de grande écoute (de 18h à 21h30). La «RTS» les renvoie en milieu ou fin de soirée. Premier signe négatif! Audimate prioritaire quand tu nous tiens…..

Propositions d’ARTE et de France 5

 Le «28 minutes» d’Arte (cinq jours en semaine entre 20h05 et 20h50) est la principale rubrique d’une émission de 45 minutes environ, avec rubriques régulières. Elisabeth Quin, accompagnée de deux journalistes, reçoit trois invités sur un sujet de son choix.

France 5 propose un riche ensemble «C…» qui vaut pour «C’est»:

«A dire» (17h30, quinze minutes) met un journaliste seul face à un invité. «Dans l’air» (17h45, six fois par semaine) permet à un animateur de recevoir quatre invités. «A vous»  (à 19h puis à 20h), autour d’Anne-Sophie Lapix, fait défiler plusieurs invités qui partagent un repas face à une équipe de cinq collaborateurs réguliers. Les récents «Hebdo» (samedis), «politique» (dimanche à 18h35) et «polémique» (dimanches à 19h45) mettent un animateur maison accompagné face à un ou plusieurs invités.

Pour une fois, fortes présences féminines

Pour une fois,, et c’est très bien mais très rare aussi, un secteur est marqué par une forte présence féminine, avec Elisabeth Quin (ARTE), Caroline Roux (La 5), Anne-Sophie Lapix (Fr5, C…à dire, du lundi au jeudi, qui remplace Yves Calvi avec talent), Anne-Elisabeth Lemoine ( France5, «C..l’hebdo » depuis le 3 septembre) et le duo Esther Mamarbachi/Romaine Morard (RTS, «Infrarouge», auquel manque vraiment la verve de Mix&Remix). Il est probable que les animatrices citées soient aussi, en partie du moins, responsables de la forme des débats qu’elles dirigent. Dans ces rôles, avantage aux françaises !

Elisabeth Quinn : il faut une mémoire d'éléfsnt pour prétrendre avoir vu deux fois la même robe à l'antenne

Elisabeth Quin : il faut une mémoire d’éléfant pour prétendre avoir vu deux fois la même robe à l’antenne (28 minutes – ARTE)

Pourquoi une seule collaboratrice de la RTS pour «Infrarouge» et une petite équipe sur  ARTE  et France5? Probablement pour des raisons budgétaires. La RTS doit être généraliste dans tous les domaines, obligations qui ne pèsent pas sur ARTE et France 5.

Interpréter le décor

Caroline ROUX - FRANCE 5

Caroline ROUX – FRANCE 5

La structure du décor n’est pas innocente. Le face-à-face ne provoque aucune remarque. «Infrarouge» et «La puce à l’oreille» ce sont six personnes au moins à placer, «28 minutes» entre quatre et six avec changements. «C…à dire» se déroule avec cinq personnes, «C..à vous», plus de six, comme d’autres «c…». Le public est parfois invité. Il faut bien reconnaître que cela fait plaisir à ceux qui ainsi «passent-à-la-télé». Mais il n’apporte strictement rien au contenu du débat. Il devient élément de décor avec prière d’applaudir poliment en fin d’émission et parfois au début. Ce qui se passe après l’enregistrement est peut-être intéressant, mais le téléspectateur n’en sait rien!

Placer les invités autour d’une table c’est assurer une sorte de mélange (C…à vous). Mettre l’animateur et ses proches d’un côté, les invités de l’autre (28 minutes), c’est en rester au face-à-face, pour faciliter le jeu des questions parfois commentées et des réponses argumentées qui conduisent au dialogue. On est dans le convivial.

Avec un animateur et deux groupes qui se font face, on entre dans le conflictuel. «C…à dire» ne tombe pourtant presque jamais les affrontements entre invités, alors qu’«Infrarouge» en fait sa nourriture de base, une confrontation «gauche-droite», deux fois sur trois au moins. Et c’est la seule émission où l’on rappelle parfois à plusieurs reprises que le temps de parole est mesuré, entre les clans. Le décor de «C..dans l’air» est en forme de V, celui d’«Infrarouge» vaut U, l’amorce de complicité du V s’oppose à l’opposition des branches du U!

L’affrontement suisse face au dialogue français

La France politique, coupée en deux avec son quinquennat, vit presque constamment entre deux élections présidentielles, un temps un peu après l’une et longtemps avant l’autre. De plus, elle s’offre le luxe dans chaque camp de s’offrir des primaires sur-abondantes, le FN mis à part, qui participera presque à coup sûr au deuxième tour du prochain duel final.

Sur les petits écrans français, l’élection présidentielle envahissante. Mais dans les débuts, tout se passe comme si la télévision voulait corriger la politique, cassant l’affrontement politique par un dialogue presque consensuel, souvent en l’absence d’élus nationaux.

La Suisse mène une politique consensuelle, entre les différentes tendances qui cherchent sincèrement le compromis pour arriver à une majorité changeante, actuellement plus souvent entre le centre et les droites que les centres et la gauche. La RTS propose un affrontement gauche-droite permanent avec son «Infrarouge» conflictuel glissant deux fois sur trois au pugilat. Ce qui était hier un élément qui pouvait être dynamique (ou amusant!) en rendant plus mordante la discussion est devenu aujourd’hui spectacle ennuyeux et répétitif où il est rare d’apprendre quelque chose. Cela profite plus à l’UDC qu’à tous les autres partis.

France: à la chambre des députés, au sénat et finalement à la présidentielle, du gauche-droite; débats télévisés nuancés!

Suisse: politique consensuelle, débat télévisé à «Infrarouge», gauche-droit

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Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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