Autour de « Bouboule » de Bruno Deville

Mercredi 27 avril 2016, revu des bouts « Bouboule » : plaisir intact, que de retrouver déjà le souvenir d’un film à tout le moins intéressant. Générique de fin coupé. Le revoici, rapide, en final du débat d’ « Infrarouge » : bizarre!

Bonne idée que le principe d’une soirée thématique : faire suivre un film d’un débat sur ce qui apparaît comme son sujet principal, l’obésité chez les ados. On y évoque le pourcentage croissant de personnes en surpoids ou obèses dans certains pays, dont le nôtre. Mais pas un mot sur le calcul de l’Indice de Masse Corporelle (IMC, le poids divisé par le carré de la taille en mètres – trop compliqué pour le public en principe nombreux de 21h30 ?).

Pas de politiciens, que des « experts » : pas d’engueulades. Pour une fois, un « Infrarouge » qui ne donne pas envie de fuir. Evidemment, à sept, cela fait beaucoup. Evidemment, aucune allusion au « Temps présent » du jeudi précédent qui avait comme sujet un régime amaigrissant. Evidemment, il n’aura été que peu question du film lui-même, comme on pouvait le prévoir.  

Intéressant tout de même de comprendre que le réalisateur avait été un enfant en surpoids. Etonnant de savoir que le jeune acteur venu de Bruxelles va entreprendre, trois ans après le film, une sorte de cours pour perdre du poids.

Et puis, finalement, dommage de consacrer la seule vraie case en premier rideau pour un débat d’idée sur un fait de société dont on peut parler presque n’importe quand alors qu’il y a tant d’autres sujets d’actualité immédiate qu’il vaudrait la peine de chercher à mieux comprendre…

Donc, oui sans hésitation au principe de la soirée thématique. Mais partielle insatisfaction pour la concrétisation !

(jeudi 28.04.16 / 20h15)

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Jeudi 21 avril 2016, « Temps présent » s’arrête sur obésité, problème de société qui tend à prendre de plus en plus d’importance à se demander s’il existe une corrélation entre le surpoids et une chaîne mondiale d’alimentation. Mais le magazine de reportage n’a pas choisi « Macdo » pour son enquête organisée autour d’une expérience : l’invité se nomme « Weight Watchers », donnée comme une puissante société américaine dont le succès repose sur un régime assez draconien qui remet en cause son bénéfice (perte de poids, bien sûr !). En effet, quand on s’éloigne du régime, les kilogs perdus tendent à revenir. Un brin sectaire, l’organisation ! Il eut été intéressant de savoir davantage sur sa situation économique.

bouboule_lobby_28_5x19_0cm_300dpi_5413Bouboule  de Bruno Dcville

(Photo Filmcoopi/CabProduction)

Toujours est-il que le duo surpoids-obésité devient ainsi le sujet de plusieurs émissions concentrées de la RTS. Le mercredi 27 avril, dans la case tournante des magazines non-hebdomadaires, voici une des inventions récentes de la RTS. On prend un film, parfois co-produit par la RTS, et on le fait suivre par un débat à son propos. Enfin, ce n’est pas tant du film, de documentation ou de fiction, qu’il sera question, mais de son sujet. Et bien sûr, comme l’équipe d’ « Infrarouge » est presque la seule à être autorisée à animer régulièrement un débat, vogue la galère : on va ensuite parler obésité, en présence du réalisateur et de son acteur. On peut prendre sans trop de risque le pari qu’il ne sera guère question de cinéma et de la manière dont on procède pour faire un film permettant au final de traiter de manière intéressante un sujet, qui n’est du reste dans « Bouboule » de Bruno Deville pas seulement l’obésité, loin de là. L’idéal serait de perdre ce pari : on pourrait alors rêver de l’introduction de la culture (cinématographique) dans une soirée thématique s’appuyant sur l’insuffisant « Infrarouge ».

Chacun pour soi

« Temps présent » parle obésité, mais dans la présentation de l’émission, rien n’est dit de la soirée thématique « Bouboule » de la semaine suivante. Y aurait-il quelqu’un à la RTS qui puisse signaler aux responsables d’un secteur ce qui se passe chez l’autre ? Chacun pour soi : c’est ainsi que l’on ajoute parfois que les vaches sont bien gardées ! Mais les seconds mentionneront peut-être les premiers ! (Même pas! 04.05.16!!)

Roland Vouilloz dans *"La minute kiosque", une série mise en scène par Bruno Deville pour la RTS en 2007.(Photo RTS)

Roland Vouilloz dans * »La minute kiosque », une série mise en scène par Bruno Deville pour la RTS en 2007.(Photo RTS)

Alors, pour une fois, évoquons au moins un peu cinéma, avec deux textes signés fyly, le premier paru dans « L’Evènement syndical » ( page cinéma du 12 novembre 2014), le second dans « Le Médiatic » de la RTSR( 187- juillet/août 2015)

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Bouboule – Bruno Deville – Suisse/Belgique

 Bouboule est un très bon exemple de co-production réussie entre deux pays plurilingues , la Belgique (Versus production) et la Suisse (Cab production), avec passage en France pour la chanson de M.(Matthieu Chédid) et deux acteurs dans des rôles importants, Julie Ferrier et Swan Arlaud. Bruno Deville, proche de la quarantaine, est bi-national. Sa participation à deux séries de la RTS, « La minute kiosque » et surtout « Crom », la réalisation de plusieurs courts métrages lui ont permis de signer une première fiction de long-métrage d’excellent niveau. Le tournage s’est déroulé en Belgique, où est né David Thielemans, alors que l’écriture et les finitions eurent pour centre la Suisse.

Roland Vouilloz (Oscar) dans "Crom", une série mise en scène par Bruno Deville pour la RTS (2010)

Roland Vouilloz (Oscar) dans « Crom », une série mise en scène par Bruno Deville pour la RTS (2010)

 

Bouboule, douze ans, est obèse. Les cent kilos et les bourrelets mesurés sont montrés d’emblée, le risque de santé signalé : faire fonctionner un char d’assaut gros comme un éléphant avec un moteur de mobylette ! A cause du Nutella, entre autres (un « placement » de produit comme on l’écrit pudiquement à la télévision ?), Bouboule, à la fin du film, n’a pas perdu de poids. Mais il a changé, profondément, en gagnant l’estime de soi et le droit de s’approcher de la joie de vivre. L’obésité, qui a une origine autobiographique assumée, n’est pas le seul sujet du film.

Kevin vit avec sa maman, qui aime bien son « dindonneau », et ses deux sœurs pas particulièrement « gentilles » avec lui. Sa mère le tient éloigné de son père dont elle est séparée. Il a une petite amie, mais elle est suicidaire. Et même son plus proche copain, un temps, se détache de lui. Il va faire une rencontre importante, celle de Patrick, vigile de son état, qui dresse un chien d’attaque auquel il parle en allemand, langue qui convient bien à la donnée d’ordres !

Patrick serait un ancien « légionnaire » qui combattit en Côte d’Ivoire. Kevin se sent à l’aise en sa présence, prêt à le croire, s’adressant à lui d’un très respectueux « Monsieur » Il sera aussi poli avec le « Chef » de Patrick, d’un poids respectable, qui lui apprendra à boire de la bière et faire le guet lors d’un casse. Et Kevin ne saisira pas le second degré du nom du chien « Rocco », quand Patrick lui avoue son admiration pour un grand acteur, Rocco Siffredi.

Bouboule de Bruno Deville (Photos Filmcoopi-Cab Productions)

Bouboule de Bruno Deville
(Photos Filmcoopi-Cab Productions)

Dans chaque séquence du film, il se produit quelque chose, qui tient aussi d’une poésie empreinte de tendresse et de douceur. Mais beaucoup d’autres événements se déroulent entre les séquences. On devine bien le comment des pansements aux poignets de l’amie de Kevin. On n’a pas besoin de voir le casse plutôt minable organisé par Patrick et le chef pendant le guet nocturne effectué par Kevin. Il n’est pas nécessaire de montrer pourquoi la sœur de Kevin veut rentrer rapidement à la maison après un tête-à-tête dominical avec Patrick.

Paradoxe peut-être : mais quand un film est bien écrit, bien dialogué, quand les acteurs sont naturellement bons et bien dirigés, quand la bande sonore est porteuse d’une musique à la fois discrète et présente, quand le montage est fluide, il y a place aussi pour ce hors-champ qui vient compléter le récit de sa force de suggestion enrichissante contribuant à transformer le spectateur en un amical co-scénariste.

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Bouboule à la SRT-Neuchâtel

« Bouboule » est une co-production entre la Suisse majoritaire et la Belgique, tourné en Belgique et réalisé par un double national, Bruno Deville, formé et installé en Suisse. Il a du reste dirigé une intéressante série de la RTS, « Crom(2012). Pour voir le film, mardi 9 juin 2015: une centaine de personnes au cinéma BIO.

bouboule de Bruno Deville

Bouboule de Bruno Deville

Pourquoi offrir aux membres d’une SRT la une vision gratuite, ouverte aussi au public ?  Pour faire plaisir aux spectateurs, d’âge moyen plutôt élevé, composé en majorité de membres et en recruter de nouveaux. Pour mettre en contact ce public avec des professionnels du cinéma et de la télévision, éventuellement enrichir son information, l’entendre poser des questions et recevoir des réponses.

Première question, c’est quoi, un producteur ? Gérard Ruey et Jean-Louis Porchet, de CAB, ont parlé de l’organisation pour le tournage d’un film, des problèmes liés à son financement puis à sa diffusion. Ils ont en particulier souligné l’importance de la télévision comme partenaire d’une production indépendante, en présence de Françoise Mayor, responsable des fictions produites par la RTS.

Une œuvre audiovisuelle doit être un divertissement à valeur culturelle ajoutée. L’aspect économique et financier mérite d’être signalé. Information : CAB produit actuellement un film de fiction « historique » destiné à la télévision, tourné dans les montagnes neuchâteloises, abordant l’horlogerie, « Le temps d’Anna » de Greg Zglinski, déjà auteur du remarquable « Tout un univers sans feu ». En cash et en prestations, la RTS y investit environ deux millions deux cents mille francs, exemple rare de transparence dans l’information !

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Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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