Séries de la BBC sur ARTE

 Introduction: Pour mon égoïste plaisir, j’accumule soir après soir documents de haute volée dont la première vertu est de disposer de temps (au moins cinquante minutes) pour aborder et correctement traiter un sujet ou suivre des séries en m’en tenant au haut de gamme ou presque.

 Alors que «Vinyl» continue de développer sa folle énergie pas seulement de rock’n’roll sur RTS Un les lundis soirs vers 23h00 (une prochaine occasion permettra d’y revenir – encore cinq épisodes à partir du lundi 21 mars), il vaut la peine de s’arrêter sur ARTE qui consacre ses jeudis soirs à un acte de résistance culturelle, proposer des séries de haut niveau qui ne soient pas américaines, faisant ainsi place méritée à l’Europe. Et parmi celles-ci, la prochaine, «Peaky Blinders» ( brève présentation- temps de lecture une minute), puis la plus récente, «Le mari de la ministre» ( sur ce sujet, temps de lecture trois minutes), les deux exemples insérés dans une politique récente survolée (temps de lecture une minute). Ces trois sujets peuvent être lus indépendamment les uns des autres.

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Peaky Blinders

Birmingham, début des années 1920, dans le climat qui suit la fin de la grande boucherie de 14-18 laissant des traces derrière elle. Un gang familial se forme, sous la direction de Thomas Shelby, qui a réellement existé, pour mettre la main sur des armes, parier sur les courses et nouer parfois des liens avec des mouvements politiques, par exemple en Irlande. Ils disposent entre autres d’une arme inattendue, des lames de rasoir cachées dans les visières de leurs casquettes. La violence et la brutalité règnent, comme si la guerre continuait autrement, cette fois au profit de groupes qui veulent sortir d’une certaine misère sociale. Mais cette volonté s’exprime à travers une forme de photo luxueuse et une réalisation formelle rigoureuse. Aucune gratuité dans cette ultra-violence insérée de manière plausible dans l’après-guerre de 14-18 et qui rappelle, côté USA, des films ou séries comme  «Gangs de New-York» ou «Boardwalk empire», tous deux de Scorsese.

Le gang, dans sa seule composition masculine (Photo SRTE/Tiger ASPET)

Le gang, dans sa seule composition masculine
(Photo ARTE/Tiger ASPET)

Face au Shelby se trouve un chef de police qui ne lésine pas sur les méthodes de combat, l’officier Campbell rappelé de Dublin où il a combattu les irlandais sécessionnistes. Il rend compte de son action au ministre de l’intérieur, un certain Winston Churchill.

Dans cet univers d’affrontements violents entre hommes se glissent des présences de femmes lucides assurément, qui font preuve d’une inattendue délicatesse, de tendresse, voire d’une réelle grâce empreinte de sérénité.

Arthur (Paul Anderson) et Tommy Shelby (Cilliam Murphy)

Arthur (Paul Anderson) et Tommy Shelby (Cilliam Murphy)

La première saison, sortie en 2013 au Royaume uni, a reçu un bel accueil critique. Elle fut suivie par des audiences oscillant dépassant deux millions de personnes, parfois jusqu’à deux millions et demi. Dans la deuxième saison dont on dit grand bien, les «Peaky Blinders» vont tenter de se faire une place à Londres (jeudis 17 et 24 mars, en deux rafales de trois épisodes). Le tournage d’une troisième saison est annoncé pour 2016.

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Le mari de la ministre

 «Borgen», série danoise, est devenue une référence à tout le moins européenne sinon mondiale. Cela se mesure à un fait anodin : une série met-elle en scène une femme de pouvoir, appartenant à un gouvernement, qu’on l’inscrit dans son sillage. Ainsi vient-on de le faire avec une série de la BBC2, qu’Arte vient au présenté en rafale – les trois épisodes le même soir du 10 mars 2016. Jouons aussi de cette référence: «Borgen» est une série de haut dans le haut de gamme, «Le mari de la ministre» se situe dans le bas du haut, autrement dit dans une catégorie qui dépasse largement la moyenne des innombrables séries accessibles!

D’abord, il y a un duo d’acteurs connus et imposants: David Tennant fut récemment le torturé inspecteur principal Alex Hardy des deux saisons de «Broadchurch». Emily Watson, à l’imposante filmographie, fut pour les cinéphiles rares qui s’en souviennent, le personnage principal d’un des premiers films de l’imposant cinéaste danois Lars von Trier, la Bess de «Breaking the waves» (1996). Tennant est moins impressionnant ici que sa partenaire qui le domine, certes à travers le personnage, mais plus encore par la force de son interprétation.

Le couple face aux médias ( photo arte)

Le couple face aux médias ( photo arte)

De quoi s’agit-il? Ministre du commerce dans le gouvernement dit de Sa Majesté la Reine d’Angleterre, Aiden Hoynes donne sa démission, en désaccord sur la politique de migration du premier ministre qu’il voudrait, lui, généreuse. En fait, il aimerait bien le remplacer! Raté. Et voilà que Freya Gardner, son épouse, secrétaire d’Etat à l’éducation, formant avec son mari une couple de politiciens remarqué, elle dans un premier temps semblant se tenir dans son ombre, accède à un ministère plus visible. Hoynes se retrouve simple député. Elle a très bien mis en application les deux règles dictées par son mari: Règle numéro 1: pour rester maîtresse du jeu, tu vas sans doute devoir libérer la garce qui est en toi, Freya. Il ne faut surtout pas avoir peur. Règle numéro 2: relire la Règle numér0 1. »

Emily Watson

Emily Watson

 La politique dans cette mini-série? Le temps s’est écoulé qui permet de montrer une version doublée sur ARTE et d’y avoir trouvé une case pour une série anglaise. Rien à voir, dans la politique actuelle du premier ministre Cameron qui a permis d’installer la frontière franco-britannique à Calais plutôt qu’à Douvres. La série date de 2013, son écriture d’au moins deux ans avant. Le problème de l’immigration seulement cité. La politique s’efface rapidement devant des intrigues politiques, les liens qui se tissent un temps entre personnes différentes, les ambitions personnelles, bref une cuisine d’affrontements entre personnes qui ne produit pas de plats très onctueux.

David Tennnan (Aiden Hoynes), Emily Watson (Freya Gardner) et Ed Stoppard (Bruce Babbish)(Photo BBC2) ( Photo arte)

David Tennnan (Aiden Hoynes), Emily Watson (Freya Gardner) et Ed Stoppard (Bruce Babbish)(Photo BBC2)

L’épouse d’abord apparemment modeste relègue son mari presque dans l’anonymat. Aiden va tout perdre, femme, enfants, confidents ou apparents amis. Va-t-elle gagner? Une femme sacrifiée se venge-t-elle de ses années de soumission? Et puis, ce conflit entre un mari désormais effacé et sa femme ambitieuse devenue ministre manque totalement d’épaisseur humaine. Ces personnages laissent indifférents. Mais c’est évidemment troussé avec une grande habileté qui laisse perplexe devant une mécanique si parfaitement réglée que l’on en vient surtout à admirer la manière dont la scénariste-dialoguiste a construit son histoire. Voici pourquoi on se trouve dans le bas du haut de gamme….

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Les jeudis d’ARTE

Arte réserve sa soirée du jeudi à une série non-américaine proposée en rafale, durant presque trois heures, autrement dit avec en principe trois épisodes alignés les uns après les autres

P'tit quinquin, rappel d'un plaisir qui subsiste : A l'assaut....(photo ARTE)

P’tit quinquin, rappel d’un plaisir qui subsiste : A l’assaut….(photo ARTE)

Ainsi vient-on de voir l’intéressant et esthétiquement réussi «Wolf Hall» (21et 28 janvier 2016- Royaume-Uni – BBC2) construit autour Thomas Cromwell. «Au cœur de l’hiver» (4 février) inscrit la Finlande parmi les producteurs scandinaves de série avec deux femmes subissant la lourde tentation du suicide. «Trépalium» (11 et 18 février- France – Production ARTE) ne tient pas les promesses des premiers épisodes dans son univers futuriste mieux inscrit dans «La Ville» que dans «La Zone». La reprise du génial «P’tit Quinquin» ( 25 février et 3 mars – France – Production ARTE) permet une curieuse expérience, se replonger dans l’univers de Bruno Dumont entre d’autres visions pour s’y retrouver en un rien de temps parfaitement à l’aise, les visions précédentes solidement inscrites dans la mémoire. Parce que, décidément, avec cette série française, on est dans le haut du haut gamme, dans ce qui se fit de mieux dans l’audiovisuel en 2014. Il faut enfin rappeler les deux séries récentes, «Le mari de la ministre» et «Pinky Blinders» qui viennent du Royaume-Uni (BBC2).

Après la découverte d'un cadavre, l'autopsie du contenant... (Photo ARTE)

Après la découverte d’un cadavre, l’autopsie du contenant… (Photo ARTE)

Il ne serait ni stupide, ni déshonorant que la RTS s’inspire, en partie au moins, de la programmation d’ARTE et accorde aux séries de haut de gamme une heure de programmation moins tardive.

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Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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