A N O M A L I A

Dans le titre déjà de la nouvelle série de la RTS, un premier signe de son étrangeté, la barre oblique du N majuscule est montante et non descendante.

L'affiche ( photos RTS /Laurent Bleuze)

L’affiche (Natacha Régnier)  ( photos RTS /Laurent Bleuze)

La nouvelle série proposée par RTS1 (dès le samedi 16 janvier 2016 à 20h40) est ainsi la plus importante production audiovisuelle suisse romande produite et terminée en 2015 : au générique, une quarantaine de noms des différents responsables de la réalisation, de l’écriture aux finitions, étalonnage y compris, une dizaine d’acteurs pour les personnages les plus présents, une quarantaine encore de figurants. Ce sont ainsi entre trois et quatre millions de francs investis dans l’audiovisuel. L’existence d’une telle série est aussi un poids lourd économique. Il est d’autant plus important de le signaler qu’une seule série sera, dès 2016, réalisée pas année, la hache de coupes budgétaires ayant fonctionné sans conduire à des pétitions protestataires. Freiner la production dans le domaine des séries, c’est aller à contre-courant d’un mouvement presque mondial qui va augmenter les offres, y compris sur internet seulement, Netflix et autres devenant de sérieux concurrents des chaînes de télévision.

Nouvelle étape du « Tour de Romandie »

Ces dernières années, la RTS a entrepris une sorte de Tour de Romandie à travers ses principales séries, Genève (« Dix », « Port d’attache »), Vaud (« Crom », « A livre ouvert », … ), Valais (« Station horizon »), Neuchâtel (« L’heure du secret »). Voici venu Fribourg, en Gruyère ( après des incursions d’ « Heidi » en ville). Ainsi fut faite, en général, une assez bonne utilisation du paysage. La neige et son fameux blanc manteau est fortement présente dans « Anomalia », avec un certain bonheur qui fait parfois penser, sans tempête, à celui des « Huit salopards » de Tarentino sur grand écran super-large.

La neige : décors Rosaire

La neige : décors Rosaire

On peut aussi se poser la question de l’enracinement dans la société de la région. Le lien établi dans « L’heure du secret » avec l’horlogerie, plus solide dans la première saison que la seconde, fut tout de même masqué par un certain nombre de cadavres avec intrigue policière. Dans l’existence d’une clinique privée de luxe en Gruyère montagneuse, il n’y a pas de lien particulier avec la société fribourgeoise. D’ailleurs, cet enracinement n’est pas indispensable pour la réussite d’une série. Est-ce au moins un bonus ? Peut-être même pas. Une bonne histoire suffit….

 Ces premières remarques reposent sur le visionnement des trois premiers épisodes. Les résumés du dossier de presse permettent prudemment d’espérer ne pas devoir les modifier exagérément en cours de route.

Valérie Rossier

 Les huit épisodes de la série, pour un récit qui dure un peu plus de cinq heures, reposent fortement sur le personnage principal, Valérie Rossier, prometteuse neuro-chirurgienne séparée de son mari, qui revient avec son jeune fils Lucas dans sa Gruyère natale pour y exercer son métier dans une clinique privée haut de gamme. Elle y retrouve le professeur Wassermann, son lointain mentor versatile. L’univers réaliste médical est un bon reflet du secteur privé, d’où qu’il puisse être. L’existence d’un robot de haute technicité pourrait bien jouer un rôle important.

Alors même que la voiture de Valérie roule sur une petite route enneigée, un coup de frein intempestif survient. Il y avait un obstacle sur la route, que l’image ne montre pas. Mais Lucas s’étonne : il n’a vu personne. C’est le premier signe de ce qui va transformer Valérie : une lointaine parente fut, il y a fort longtemps, brûlée comme sorcière, laquelle sorcière était aussi guérisseuse. Les plantes peuvent guérir, mais tout autant un don qui permet de sentir des éléments invisibles conduisant à soigner mystérieusement des maux, sans qu’il soit question de miracle religieux. Ce don, Valérie découvre, étonnée, troublée, qu’elle pourrait bien le posséder.

C’est ainsi qu’elle comprend qu’un bras paralysé s’explique par la séparation d’une sœur jumelle morte en couche. Elle expliquera aussi pourquoi un opéré se met à parler dans une langue qu’il n’est pas censé savoir. On va donc, à travers le personnage attachant de Valérie, osciller entre le présent presque ultra réaliste d’une clinique moderne et l’univers imaginaire étrange des guérisseurs qui, en remontant dans le temps, tenait de la sorcellerie. Il y aura des rêves cauchemardesques de Valérie, des visions qui s’inscrivent dans la réalité, des images sous-marines fantasmées, des présences qu’elle est seule à voir, ce qui pose un problème de mise en scène. Quels sont ces liens créés par la mise en scène, par exemple avec une utilisation de la couleur violette dans des scènes médicales, ce même violet réapparaissant dans des visions ? Elément étonnant à signaler en passant puisqu’il dépend d’une décision de mise en scène en toute fin de processus créatif, le travail sur les couleurs lors de l’étalonnage.

Pour le violet -Isabelle Caillat.... dans une grotte à Vallorbe Isabelle Caillat

Pour le violet -Isabelle Caillat( Iseut)…. dans une grotte à Vallorbe

La question de l’écriture

 Dans les trois premiers épisodes, Valérie occupe assurément au centre du récit. Au détriment des autres personnages, un peu trop « carrés » ? Peut-être ( à suivre)

 

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