Retour sur séries : « The Knick »

Voici l’adresse d’un site permettant d’en savoir beaucoup sur la saison (05.01.16)

http://www.cinemax.com/the-knick/season-2/20-this-is-all-we-are.html

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 Rien sur les séries, depuis septembre ! Et pourtant, un bon tiers au moins de mon temps consacré au petit écran est réservé aux séries, pour rencontrer le plaisir issu d’un récit ample et romanesque. Ce qui veut donc dire qu’il n’y a guère de temps à perdre devant les séries unitaires, qui repartent à zéro à chaque épisode, genre « Les experts » et autres polars, souvent américains, souvent violents, souvent à New-York, souvent bien troussés, mais sans surprise, sinon l’histoire du jour, souvent expédiée au maximum en cinquante minutes. Par contre, « The Knick » est une parfaite réussite du genre récurrent.

Le réalisme de "The Knick" en salle d'opération (RTS/HBO)

Le réalisme de « The Knick » en salle d’opération (RTS/HBO)

Bien sûr, ce qui enrichit l’audiovisuel et en même temps l’espace de la culture, ce sont les séries récurrentes inscrites en centaines de minutes, dans lesquelles on retrouve la force de la littérature qui s’étend sur des centaines de pages. Il s’agit bien de « la puissance de la fiction, donc de la littérature » selon Joseph Campbell, cité dans « Télérama » (19 au 15 décembre 2015), dans un de ces multiples textes sur « Star war » publié avant la sortie du film, sous bonne garde de la police disnéenne qui a su mettre tous les médias à ses ordres, l’index sur la couture du pantalon du respect ! Dans ce texte, on y glane aussi une idée qu’il serait intéressant de creuser : en salle, le cinéma «  peut créer des héros, alors que la télévision, que l’on voit chez soi, ne produit que des célébrités « .

 Face à la série récurrente, force inventive de la télévision qui s’affirme depuis une bonne décennie, me voilà en grand âge à savourer à nouveau mais autrement cette littérature que je dévorais ado ou jeune adulte !

A quelques exceptions près, ces séries récurrentes de haut vol, on les retrouve sur chaînes francophones plutôt en fin de soirée. Ce qui fait glisser vers un autre problème : il y a souvent d’excellents producteurs en télévision qui savent faire appel à de grands scénaristes mis en scène par de talentueux réalisateurs, avec d’excellents acteurs, appuyés au final par des artisans techniciens créatifs qui savent donner rythmes et émotions aux récits.

Tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes télévisés s’il n’y avait les programmateurs guidés par les parts de marché qui permettent de prendre allègrement une information quantitative pour un jugement qualitatif. Une série récurrente demande plus d’attention qu’une unitaire. Donc les bonnes heures en premier rideau pour les plus « rassembleuses »!

Un bon exemple du travail sur la lumière (RTS/HBO)

Un bon exemple du travail sur la lumière (RTS/HBO)

The Knick en fin de 2ème saison

Et d’abord des considérations pratiquement absentes de la grande majorité des réflexions sur le petit écran. De « The Knick », dès les premiers épisodes, une chose frappe : la beauté des images, les équilibres de couleurs, le travail sur les lumières. Mais il ne vient presque à personne l’idée d’évoquer cette notion de beauté devant ces milliers de minutes d’images qui coulent sur un téléviseur. Et sur un portable, quelqu’un se rend-il compte qu’il y a des images qui peuvent être plus belles ou plutôt moins banales que les autres ? Et bien, cette fois, sans le grand écran qui lui continue de savoir faire la différence entre une belle image ou une autre banale, on y est : « The knick », visuellement, c’est beau. Mais évoquer la « beauté », c’est aussi devoir s’accommoder des scènes d’opérations médicales, souvent à la limite du supportable, où le sang coule d’entre les chairs coupées.

Même petite, cette image est-elle belle ? ( The Knick - RTS/HBO)

Même petite, cette image est-elle belle ? Elle donne au moins une idée sur la lumière…( The Knick – RTS/HBO)

Résultat d’une lecture : pour la précision chirurgicale de ces scènes, un spécialiste de l’histoire de la médecine a été requis, qui assure l’authenticité des méthodes nouvelles d’interventions « expérimentées » par Thackery alors même que les sédatifs n’étaient guère efficaces.

Soderbergh superviseur

Se pourrait-il que cela soit du à l’influence de Steven Soderbergh ? Il est crédité, dans une fiche technique, de la réalisation, de la photographie et du montage (source Wikipédia), de tous les épisodes des deux saisons. Soderbergh n’est pourtant pas responsable à cent pour cent de la série, puisqu’il ne participe pas à la phase essentielle du genre récurrent, l’écriture, mais il supervise donc tout le reste. On peut donc lui attribuer entièrement la réalisation et la mise en scène d’un texte du reste génial signé Jack Amiel et Michael Berger.

Les personnages au féminin

 On pourrait s’arrêter à l’ensemble des personnages importants, alors que les secondaires sont toujours bien présents. Le choix est ici fait de souligner le force tranquille et la subtile densité de trois personnages féminins, Lucy, l’infirmière dévouée, efficace, amoureuse de Thackery, Cornélia, l’épouse grande bourgeoise qui ose s’engager dans des actions non- conformistes et enfin l’étrange nonne rejetée par sa communauté, avorteuse par charité qui risque la prison.

Cornelai Robertson (Juliet Relance) (HOB/RTS)

Cornelia Robertson (Juliet Relance) (HBO/RTS)

Au début de XXème siècle, la société bourgeoise démocratique européenne ou américaine n’était pas particulièrement féministe, reléguant la femme à son rôle d’épouse, de mère ou de maîtresse. Ces trois femmes doivent leur existence à l’écriture, toujours parfaitement servie par les interprètes et le travail de Soderbergh.

Les problèmes de société

 Bien entendu, la chirurgie au début du XXe fait des progrès, qui reposent autant sur des hommes audacieux que sur les progrès scientifiques, qui vont permettre de voir des éléments de plus en plus petits. La vie d’un hôpital du secteur privé, alors même que le public était pauvre, est bien racontée, en particulier à travers des problèmes de financement imposant du rendement.

La photographie au service de la chirurgie (Alnergon)

La photographie au service de la chirurgie (Dr Algernon Adwards – André Holland)

La deuxième saison, parfaitement inscrite dans la ligne ouverte par la première, lui est peut-être même supérieure par son ouverture sur le monde extérieur avec des décors plus nombreux. L’argent y règne en puissance provocatrice  avec son cortège de combinards et d’escrocs, même s’il est difficile de bien comprendre quel était le pouvoir d’achat par exemple d’un seul dollar. Le racisme est d’autant plus présent qu’Edwards est un grand chirurgien dont la carrière reste freinée par la couleur de sa peau. Et la sexualité, la drogue, le besoin de dominer sont désormais bien installés au cœur de la série.

L'activité commerciale installée dans la rue

L’activité commerciale installée dans la rue

Audacieuse mais tardive programmation en VOST

Rappelons que la RTS continue de diffuser chaque épisode immédiatement après sa sortie américaine, en version originale sous-titrée. C’est un risque de programmation, qui devrait être pris plus souvent par une chaîne de service public qui tente de rajeunir son public. Et qu’importe les parts de marché soient bonnes, moyennes ou faibles. Le service public doit occuper certaines « niches » programmatiques pour que, sur le durée, ces niches cessent d’exister. Présenter rapidement une série en version originale sous-titrée est chose audacieuse, l’audace tout de même atténuée par une programmation trop tardive.

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