« Je suis femen » sur RTS1 à minuit !!

Les « femen »? Elles font partie de l’histoire récente de l’Ukraine, tout de même avant les violences d’une guerre. Le film d’Alain Margot est proposé par RTS 1 ce jeudi 19 novembre à 23h45, quand le public est à tout le moins clairsemé. Voici un texte paru dans « L’événement syndical » du 14 mai 2014 dont je suis l’auteur. Remarques sur la programmation suivent : entre minuit et deux heures du matin, combien de divisions – c’est la question que se posait Staline, sauf erreur, à propos du Vatican! (fyly-17.11.15-16h23)

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 Les rectangles jaune et bleu du drapeau de l’Ukraine sont transformés en cercles pour suggérer des yeux peints sur du carton, représenter un symbole sur une affiche, recouvrir des seins nus. Le mouvement « Femen » s’est assurément fait connaître par ces poitrines montrées devant des foules parfois nombreuses, appuyé du slogan « Nudité-Liberté » pour que cela se trouve « dans tous les journaux » puisque « on n’est pas habitué à voir un objet sexuel protester ». Pas d’exhibitionnisme, mais on peut être choqué, à tout le moins surpris ! Assurément, de la provocation : et volontaire !

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Au début, en 2011, elles étaient quatre pour former leur association, Oxana, aux cheveux sombres, Anna, la rouquine, Sasha et Inna, en toute blondeur, pour défendre la démocratie dans leur pays. Puis elles furent plus nombreuses et sortirent d’Ukraine pour s’en aller en Biélorussie, à Moscou, dans d’autres pays d’Europe. Elles veulent contribuer à refaire le monde, protester un peu tous azimuts, contre le comportement de la direction d’un zoo, devant la direction zurichoise de la ligne internationale de hockey-sur-glace soutenant le dictateur Loubachenko qui reçoit actuellement des championnats du monde. La politique est bien présente, contre des dictateurs (Poutine), des politiciens contestés (Victor Ianoukovytch l’enrichi ou Ioulia Tymochenko).

Je suis Femen - Caravel films

Cinéaste neuchâtelois, Alain Margot, sensible à l’univers féminin, la citation de Cioran en début de film en témoigne, a commencé de tourner en 2011 avec le quatuor, durant certains préparatifs, lors d’apparitions en public. Il se met à saisir des visages dans la foule, des témoignages admiratifs ou agressifs, des policiers qui traînent Sasha qui se laisse aller mais crie le plus fort possible sa réprobation. En équipe réduite, il s’immerge dans les actions publiques des « femen », peu à peu accepté dans leur vie privée, avec l’aide d’une traductrice amie d’Oxana qui devient son assistante. Au fur et à mesure du temps qui passe, l’une d’elles va même s’adresser à la caméra, autrement dit à Margot. Les heures enregistrées s’accumulent. Un « Temps Présent » de 26 minutes donne une première idée du mouvement.

Je suis femen - Oxana

Mais il est impossible de montrer ce qu’il advint à Moscou ou en Biélorussie où les « Femen » furent malmenées, battues, obligées mains liées de tenir des panneaux sur lesquels furent dessinées des croix gammées. Il restera de ces violences racontées un visage tuméfié, le plâtre sur un bras cassé.

Il faut tirer de ce matériel abondant un film. Cela se fera forcément au montage. Des heures et des heures d’images et de son numériques va émerger la colonne vertébrale, Oxana, qui accepter de parler d’elle, suivie par le cinéaste lorsqu’elle rend visite à sa mère ou dans son lieu de vie où elle travaille, observée dans les plus quotidiens de ses gestes, prendre un crayon pour faire fonctionner un interrupteur en mauvais état, peut-être le même crayon qui lui servit d’épingle à cheveux. Oxana finit par sourire à la caméra. Parfois, on la voit parler en direct, mais d’autres images se substituent à son visage, pas forcément celles de l’instant du dialogue.

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On va découvrir son enfance, les liens avec sa mère qui a peur pour elle à cause de ses engagements. De son père elle se souvient qu’il tombé au chômage après la chute de l’empire soviétique, au point de « sombrer dans l’indifférence ». Sa sensibilité artistique lui fait dessiner minutieusement des icônes, alors qu’elle s’imaginait entrer dans un couvent. Sa présence est alors si forte, si juste, si lucide que c’est elle qui finit par dire « Je suis femen ». Elle est devenue celle qui fait le passage entre les actions et les engagements des « femen » et le spectateur. C’est un très beau portrait d’une femme.

Entre des séquences différentes, un même thème musical fait parfois le lien. Un déplacement en train permet de mieux découvrir les membres du quatuor initial. Les informations sur la date d’un événement, les lieux où il se déroule ne sont peut-être pas assez nombreuses. « Je suis Femen » et Oxana méritent ce coup de cœur. Le reportage initial par immersion s’est transformé en document de création.

 

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