« Talk Show » ou « Débat d’Idées » ?

N’existe-t-il pas mieux que cette expression anglophone qui associe, (à égalité ?), parole et spectacle ? C’est ainsi qu’«Infrarouge » est un « talk sow », pas aussi percutant que l’était en France « Droit de réponse ». Peut-on affubler le « 28 minutes » d’ARTE, ou le «  C…. dans l’air » de France 5 de « Talk Show » ! Alors, quoi d’autre ? « Débat d’idées », peut-être, ou « Echanges d’information ». Ce n’est pas le « Show » qui fait le mieux comprendre les problèmes. Une télévision généraliste de service public devrait avoir au moins l’ambition d’informer (talk) plutôt que de s’assurer une bonne audience (show) !

Un « trou » dans l’offre télévisée de la RTS

Soit un événement de portée large, ouvert sur l’international, ou de portée nationale et parfois même modestement régionale. Que fait la seule télévision romande, sur le petit écran qui reste tout de même le plus fréquenté ?

En deux/trois minutes, y compris si nécessaire pendant quelques jours, le « Téléjournal » prend acte de l’existence du problème esquissé dans ses grandes lignes. Une ou deux semaines plus tard, « Mise au point »y reviendra sous forme d’un reportage documenté d’une dizaine de minutes. On aura droit ensuite à un sujet dit d’actualité dans l’émission dite d’actualité, « Infrarouge ». Des mois plus tard, « Temps présent » reviendra sous la forme d’un reportage de cinquante-deux minutes. Et plusieurs années vont passer avant d’entrer dans les coulisses de l’événeme

Il y a un trou dans la programmation de la RTS : pas de place, actuellement, pour un premier « débat d’idée », même un peu à « chaud ». La RTS annonce l’introduction prochaine d’un « talk-show » !

Comparons « Infrarouge », « 28 minutes » et «  C’..dans l’air », issues de trois chaînes généralistes associées au service public, la RTS, ARTE et France 5, dont il serait intéressant de comparer aussi les budgets. Actuellement, les deux premières sont en vacances estivales prolongées. Les qualités et les défauts des émissions dépendent pourtant plus de leurs structures que du talent des animateurs.

« 28 minutes » (Arte, du lundi au vendredi, peu après 20h00)

« 28 minutes », dans sa partie « débat d’actualité », réunit six personnes, trois invités et trois collaborateurs de la chaîne émettrice. A trois, ils peuvent se répartir la préparation de l’émission, en particulier « plancher » sur une partie du sujet du jour. En face du trio invitant, les invités proposent trois approches différentes qui peuvent parfois se rejoindre sans à-priori ! Tout dépend alors de l’esprit : le pugilat verbal n’y est pas prioritaire, ce qui n’interdit pas des dérapages, parfois même des moments de tension entre un invité et un invitant.

Invités et invitants voient les dessins de presse insérés dans l'émission : Coco résume la présidentielle de 2017

Invités et invitants voient les dessins de presse insérés dans l’émission : Coco résume la présidentielle de 2017

En principe, le téléspectateur qui assiste tout de même en partie à un spectacle aux rubriques très formatées, a l’occasion d’entendre des informations sur le sujet du jour plus complètes  que les siennes. La valeur pédagogique, apportée par des spécialistes plutôt que des « partisans » est assez importante. Chaque invité ou invitant dispose en moyenne que d’un peu moins de six minutes pour s’exprimer. C’est parfois trop peu. Un peu de temps est consacré à des informations extérieures, sous forme de reportages. L’émission se déroule en studio et sans public.

C…dans l’air (France 5, du lundi au vendredi, à 17h45 et 22h30)

« C…dans l’air » est présenté par un animateur unique. Quatre invités, tous spécialistes du sujet du jour, presque toujours ayant signé un livre sur le thème abordé, proposent leur propre angle d’approche qui n’est pas forcément représentatif de la ligne d’un parti politique. Cette approche peut être scientifique, économique, humaniste, certes souvent inscrite dans une sensibilité politique. Trois documents apparaissent durant l’émission, certains de réalisation récente. Il doit exister une réserve de sujets préparés un peu à l’avance puisque l’actualité touche celle qui est dans l’air du temps.

Yves calvi dirige un débat. Les participants font en effet preuve d'attention, même lors de la prise d'une image

Yves Calvi dirige un débat. On se regarde et on s’écoute…

La fin de l’émission est consacrée aux questions du public qui apparaissent écrites. Lire des textes qui défilent au bas de l’image ne permet pas toujours d’écouter attentivement ce que disent des invités. Les invités ne se coupent la parole que rarement et l’animateur réagit rapidement et avec autorité à l’amorce d’un dérapage. Les invités, souvent des habitués plus nombreux que les habituées, ne viennent pas faire la promotion de leur idéologie. Ils sont là pour éclairer un événement à travers leurs connaissances qui reposent en partie sur leur choix de société. L’animateur, souvent, pose des questions qui lui permettent, à lui aussi, avec modestie, de mieux comprendre les enjeux du sujet du jour. A cinq, durant environ 75 minutes, dont à déduire le temps de passage des documents préparés hors émission. cela en donne au moins douze minutes à chacun ; le temps, souvent, de se faire bien comprendre. L’émission se déroule en studio, sans public, mais avec des questions qui émanent de lui

 

Yves Calvi et Caroline Roux : de la rigueur attentive et empreinte de curiosité de la part des deux commentateurs. (FR5)

Yves Calvi et Caroline Roux : de la rigueur attentive et empreinte de curiosité de la part de deux des animateurs. (FR5)

Deux possibilités de la suivre durant cinq jours en semaine, à 17h45 avec reprise vers 22h30. La qualité de l’information ? Souvent au niveau de grands quotidiens français « Le Monde » et « Le Figaro », grands fournisseurs d’invités réguliers, mais parmi d’autres.

Infrarouge (RTS 1, mardis seulement, après 22h30)

Le descendant du lointain « Table ouverte » dominical, dirigé par deux animateurs mais en alternance, avec quelques trop brefs documents illustrateurs du sujet du jour, se déroule en public, durant un peu plus de soixante minutes une fois par semaine. La présence du public est inutile. Applaudir à la fin lui permet de remercier la puissance invitante. On y joue franchement le jeu du duel à composante politique, les pour et les contre, la droite contre la gauche, dans un pays de consensus indispensable gouverné en alternance entre centre-droit et centre-gauche. Les experts sont plus rares que les représentants de grands courants politiques, écolos, socialistes, PDC et parfois PDB, radicaux-libéraux et UDC. Bref, un parlement miniature chaque semaine, où l’on remplit presque obligatoirement une mission, se chamailler.

Les dessins de Mix&Remix ne participent pas au chamailleries. Pourquoi les invités n'en parlent-ils jamais ? (Photo RTS)

Les dessins de Mix&Remix pour « Infrarouge » ne participent pas aux chamailleries. Pourquoi les invités n’en parlent-ils jamais ? (Photo RTS)

A droite de l’animatrice ou l’animateur, la gauche et à sa gauche la droite, donc la gauche à gauche et la droite à droite pour le téléspectateur. C’est souvent à qui le premier, une fois exposé la position des siens, s’en prendra à ceux d’en face qui ont donc tort et se trompent carrément sur toute la ligne. J’exagère ? Un peu, mais à peine. On y cultive hélas un peu trop le spectacle du pugilat. Qui peut régulièrement affirmer en savoir plus sur le sujet du jour après l’émission qu’avant ? Des experts plus ou moins « neutres » remplacent en cours d’émission d’autres « experts » plus ou moins neutres, les principaux invités pour leur appartenance politique présents d’un bout à l’autre. C’est la formule même qui veut cela. Le directeur du débat doit maintenir l’ordre. Il ne participe que rarement à la discussion, ne serait-ce qu’en posant les questions qui parfois s’imposeraient d’elles-mêmes. Le « show » est plus fort que le « talk ». Et chaque semaine, il y a  seulement un sujet d’actualité, souvent traité un peu tardivement, et rarement ouvert sur le monde extérieur (ah, les crottes de chien!).

Résumé des structures

«28 minutes » : cinq fois trente minutes par semaine avec trois invités et trois invitants !

«  C…sans l’air » : cinq fois environ septante minutes par semaine avec quatre invités et un invitant !

« Infrarouge » : une fois par semaine pendant plus de soixante minutes avec six à huit invités et un invitant !

Depuis de nombreux mois, je suis fidèle à « C…dans l’air » ouvert sur le monde, même à travers les sujets franco-français. Entre 20h00 et 20h45, j’oscille entre la RTS et ARTE. Je m’impose de suivre « Infrarouge » quand le sujet me semble important.

Alors ? Une émission quotidienne de discussion sans trop de spectacle prochainement sur la RTS ? Volontiers, surtout si elle ne ressemble pas à « Infrarouge »…

2 réponses à to “« Talk Show » ou « Débat d’Idées » ?”

  • Jean-Jacques Meyer:

    Le bruit des cloches de vaches
    Je suggère à la Radio de diffuser: Le café au lait au lit de Pierre Dudan

    • On boit l’café au lait au lit avec des gâteaux et des croissants chauds
      On boit l’café au lait au lit, c’que çà peut être bon, non de non
      Par la fenêtre on entend, les cloches des vaches dans les champs (…)

      Après ? Je ne sais plus ! Et de quand, cette remontée (musique y compris, non traduisible) en mémoire ? Dans les années quarante du siècle dernier, à coup sûr pendant la guerre. Mon instituteur détestait Pierre Dudan….!!
      Enfin bon : « Talk show » ou « Débat d’idées » ?
      ( Fyly – 19.08.15 )

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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