Un peu en marge de la votation sur la « redevance »

Peut-être faudrait-il changer le titre de ce sujet à rallonges, en remplaçant le « Un peu » par « De plus en plus » en marge de la votation sur la redevance!

5 mai : « Le Temps »

S’agit-il d’un hasard ou de la réalisation d’un plan de « communication »? En ce 5 mai 2015, en page 16 du journal « Le Temps », parait un long texte d’un membre de la rédaction, Emmanuel Garessus, qui se réfère en particulier à une récente publication en langue allemande, traduisible en « Moins d’Etat, plus de télévision, Service sans public ? », placée sous la responsabilité de René Scheu. Nous avons ainsi un reflet en Suisse romande de la position de ceux qui rejettent la nouvelle forme de redevance en profitant de l’occasion, bien suisse hélas, de ne pas parler de l’enjeu de la votation pour amorcer une réflexion sur la place de la SRG-SSR dans le paysage audiovisuel suisse. Il se pourrait bien d’ailleurs que la Suisse romande et le Tessin ne soient pas parties prenantes des débats surtout zurichois. Le titre du texte est presque limpide: « La SSR est au service de l’Etat et non du public ». Le texte met en cause la difficulté de définir « service public ». 

Les partisans du « Non » rejettent le service public audiovisuel actuel, donc la SRG-SSR, plus, semble-t-il, que ses sociétés régionales, en Suisse romande la RTS. Mais on peine à trouver la description d’une nouvelle organisation! L’équivalent du service public dans les mains du privé, au moins en partie, avec « Tamédia » et « Ringier » unis? ( 05.05.15 – 11h00)

4 mai

En page d’accueil du site rtsr.ch, on peut prendre connaissance du communiqué de presse du comité romand « Oui à la LRTV ».

rtsr.ch/lrtv
rtsr.ch/actualite

29 avril – « Le Temps »

Yves Petitgnat, correspondant à Berne, à propos du lancement de la campagne par le comité « Non au nouvel impôt Billag sur les médias », sous le titre « Le procès de la radio-TV publique est engagé », signale  que la révision de la loi « tourne au réquisitoire anti-SSR ». Une soirée a été récemment organisée à Zürich sous le thème « Moins d’Etat, davantage de télévision »… Il faut probablement entendre qu’il s’agit d’une télévision faite par d’autres que la SSR-SRG.

22 avril – « Le Temps »

Le titre, « Nous votons sur la redevance, pas sur le maintien du service public », donne une indication importante du sens des réflexions de Roger Nordmann.

21 avril : « Le Temps »

« Face à l’USAM, une large coalition pour défendre la loi radio-TV »: une information signée Yves Petitgnat.

19 avril – «Le Matin-Dimanche»

«Rime poursuit sa lutte contre la SSR»

 Dans ce texte non-signé, on lit que M.J-F.Rime a des arguments contre un projet qui vise «à faire rentrer encore plus d’argent dans les caisses d’une SSR surdimentionnée et arrogante». Dans le message du conseil fédéral, il est affirmé que la nouvelle manière de prélever la redevance est globalement neutre, autrement dit qu’il y aura autant d’argent disponible après son éventuelle mise en vigueur qu’avant. L’affirmation n’est pas une information: c’est une hypothèse pas très bienveillante pour la SSR.

Dans un autre texte, paru dans «La Tribune de Genève» du 26 mars 2015, cité aussi dans le dossier introduit sur le site de la rtsr, on peut lire: « La SSR exigera désormais des PME jusqu’à 39’000 francs supplémentaires par année». Dans le message, on trouve en effet ce montant de 39’000 francs. Il concerne uniquement 345 entreprises qui réalisent au moins un chiffre d’affaires annuel de un milliard de francs. PME, pour mémoire, signifie Petites et Moyennes Entreprises!

40’000 francs par année ne représentent que quatre francs pour cent mille francs de chiffres d’affaires; il y a là de quoi profondément déstabiliser une «PME» a un milliard minimum de CA!

M.Rime ne conteste pas la nécessité de fournir «des prestations de base de qualité apportant des informations importantes dans les quatre langues nationales». Mais la SSR «devrait se concentrer sur les prestations nécessaires», sans dire lesquelles, «une redevance nettement inférieure à 400 francs suffirait aussi . (…) Des prestations du type casting-show achetées au prix fort et pouvant entrer dans les programmes de n’importe quel diffuseur privé ne peuvent être facturées au contribuable». Revoici probablement, sous une autre forme, les «shows insipides» de Pietro Supino, le patron de «Tamédia», une autre petite PME à un millliard de CA, qui veut, lui aussi priver la SSR d’au moins 25 pourcent de son budget.

Curieux arguments contre la SSR,  Tamédia» et «USAM» réunis!

(Mise en ligne le 23.04.15 à 16:15-fyly)

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Rappel : lire aussi  Le « Temps » de la polémique

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Le 14 juin 2015, le peuple suisse se prononcera, entre autres, sur une nouvelle formule de perception de la redevance en matière de radio-télévision. Pour les ménages, elle va probablement diminuer en passant de 462 francs à 400. Les entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse le demi-million y seront assujetties. Le résultat ne changera rien au budget de la SSR-SRG.

Sans lien direct avec le prochaine votation, mais certainement avec quelques subtiles arrières pensées, une polémique vient de se développer en particulier dans le journal «Le Temps» (voir ci-dessous).

Nous avons déjà relevé quatre épisodes très, même très sommairement résumés :

+ le 31 mars, Pietro Supino, directeur de «Tamédia», prive la SSR de toute recette publicitaire ( le quart environ de son budget)

+ le 1 avril, Pascal Decaillet transforme la SSR en un diffuseur de produits fournis par le secteur privé.

+ le 2 avril, Gilles Marchand, directeur de la RTS, défend le service public attaqué par les deux précédents.

Ces trois interventions qui se suivent dans «Le Temps» sont probablement le fruit d’un scénario écrit par la rédaction du journal, dont l’actionnaire principal (près de 93 % ) est le groupe Ringier, le grand rival de «Tamédia».

A partir de là, on entre probablement dans une phase un peu plus improvisée, qui continue de ne pas aborder de front la votation du 14 juin.

+ le 8 avril, c’est au tour de Claude Torracinta, et de Guillaume Chenevière d’intervenir. Le premier apparaît à la télévision au milieu des années soixante et son apport ne se limite pas seulement à avoir fait de «Temps présent», une émission phare, qui le reste assez souvent aujourd’hui encore. Le second y arrive au milieu des années septante comme responsable du divertissement et de la culture avant d’en devenir directeur de 1992 à 2001. Tous deux savent parfaitement mettre en valeur les qualités de l’indispensable service public.

16 avril: Alain Jeannet et Luc Debraine dans l’Hebdo

+ Il faut attendre le 16 avril pour une assez curieuse relance. Dans «L’Hebdo», un autre fleuron du l’archipel «Ringier Romandie», le rédacteur en chef Alain Jeannet affirme que «Trop de SSR risque de tuer la SSR». Mais la lecture de son édito n’est pas suffisante pour comprendre le sens plus ou moins ambigu de sa formule. Pour éclairer le premier texte, deux pages signées Luc Debraine, expliquent assez bien le titre en lettres immenses, «RTS UN – Culture Zéro». Les émissions de la RTS consacrées à diverses formes de la culture sont plutôt rares et leur audience assez faibles. A se demander si cette faiblesse a pour conséquence une diffusion tardive et si c’est celle-ci qui explique ces audiences qui ne sont guère appréciées. Un vrai problème en effet, rendu peut être plus inquiétant par les comparaisons faites avec la situation en Belgique! Ceci dit, cette insuffisance dans le domaine culturel ne doit pas conduire à s’éloigner du service public, mais bien à oser être plus exigeant avec lui afin qu’il fasse aussi bien que dans ce secteur que dans les autres. Une chose est de procéder à de bons achats de produits terminés ou de réussir des paris en pré-achats à la lecture de scénarios sur le marché international de la fiction et de la documentation, une autre est d’observer leur diffusion à l’antenne, qui reste tout de même le plus important des accès aux programmes. Présenter une nouveauté après 23h00 c’est la condamner d’emblée à un part de marché insignifiante. Mais ceci est une digression provoquée par les considérations assez négatives de Luc Debraine qu’il faudra prolonger en une autre occasion.

16 avril : un expert, Patrick-Yves Badillo, « Le Temps »

Autre relance, le 16 avril, à nouveau dans «Le Temps», donc autre fleuron de «Ringier-Romandie», signée de Patrick-Yves Badillo, professeur à l’université de Genève, qui a participé à une étude mondiale sur l’information, considérée comme allant du meilleur au pire. Le pire réside dans un marché occupé par un monopole alors que le meilleur se compose d’un marché où les sources indépendantes les unes des autres sont nombreuses.

L’étude internationale permet de comparer 2004 à 2012. Durant cette période, la concentration dans la presse écrite suisse est en forte hausse. Dans le même temps, l’indice de concentration de la télévision suisse diminue, plus fortement en suisse romande qu’en suisse alémanique. De plus, ces indices d’ouverture sont bien meilleurs en Suisse qu’en France. Et l’auteur d’écrire: «Les résultats sont paradoxaux, car nous sommes loin de constater la toute-puissance d’un quasi-monopole de la SSR».

 Tentative d’explication pour les variations relevées entre 2004 et 2012? Le nombre d’éditeurs de presse diminue, l’influence de quelques grands groupes s’accroit, celle bien entendu de «Tamedia» et de «Ringier», mais aussi en Suisse romande à travers le groupe «Hersant» qui conduit à de plus en plus de ressemblances entre des journaux du Valais, de Nyon, de Neuchâtel, qui vient de perdre son imprimerie au profit d’un centre vaudois et même de Fribourg.

Pour la télévision, la diversité des sources augmente. Parmi les nombreuses « petites » chaîne, les locales et régionales grignottent peu à peu, en Suisse romande, les parts de marché de habituels leaders, la RTS bien sûr, suivie de Tf1 ou M6 assez proches et de France télévisions. En Suisse, les « locales » touchent une partie non-négligeable de la redevance. Actuellement le quatre pourcent de la redevance nationale.

Amplifier le conflit entre les deux grands éditeurs et SSR—SRG, c’est courir le risque d’affaiblir les uns et les autres. En suisse alémanique, depuis plus longtemps qu’en Suisse romande, les fenêtres publicitaires ouvertes de l’étranger vers le public suisse ont contribué à un transfert de plus de 200 millions du marché national vers celui de nos voisins, desquels il faut déduire les commissions de sociétés suisses qui vendent sur les marché suisse les espaces publicitaires de chaines commerciales des pays voisins, Ringier Romandie et Goldbach medias. La puissance d’acteurs internationaux tels que Google est le vrai danger qui déstabilise le paysage audiovisuel suisse et justifie le titre du texte: «Médias, le modèle suisse sur le fil du rasoir».

 17 avril : Frédéric Gonseth, «Le Temps»

 Avec une ironie mordante assez délicieuse, Frédéric Gonseth, membre du bureau de la fondation romande pour le cinéma et président de l’association éditrice de CultureEnjeu compare la proposition de Pietro Supino à une corrida où le toréador aurait à combattre un taureau réduit à sa peau, ses sabots et ses cornes: La belle corrida audiovisuelle helvétique serait une chaîne de service public faite uniquement de ce que le secteur privé rejetterait. Gonseth fait à juste titre remarquer les Suisses lisent en majorité des journaux suisses, mais que leur consommation télévisuelle globale ne fait place aux émissions suisses que pour un tiers, alors que la proportion pour le cinéma tombe aux environs de cinq pourcent. Il signale aussi que des chaînes étrangères commerciales étrangères sont parvenues à capturer des budgets publicitaires qui échappent ainsi aux médias nationaux, journaux y compris. Mais il y a une dizaine d’années, Gilles Marchand s’est retrouvé un peu isolé dans son combat contre l’ouverture d’une fenêtre de M6 vers la Suisse. Affaiblir la SSR ne renforcera pas  la position des éditeurs sur le marché national. Mieux vaudrait une forme de collaboration, par exemple par la création d’un fonds d’enquête et de dossiers pour la presse écrite, géré par la profession elle-même, et financée par les diffuseurs de contenus audiovisuels

 L’idée est-elle nouvelle? Elle est à tout le moins un peu inattendue. En Belgique, les «cablo-distributeurs» participent au financement du cinéma. Pas en Suisse!

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PS : Voici le texte de l’appel lancé par «CultureEnjeu» au sujet de La presse

Sous régime privé, la presse écrite voit rétrécir depuis de nombreuses années son lectorat, sa diversité, sa qualité et sa liberté d’information. Bien sûr, de nombreux éléments concourent à favoriser cette inquiétante glissade. Il est nécessaire de rééquilibrer le paysage médiatique suisse et d’envisager un soutien public aux médias écrits. Une mesure qui pourrait mettre fin à la «guerre des publicités» entre la télévision et la presse, sans pour autant permettre à l’Etat de poser un pied dans les rédactions. Une des formes de ce soutien public pourrait être la création dans chaque région d’un fonds d’aide à l’enquête, permettant à des journalistes de toutes tendances et de tout domaine de recevoir une aide financière pour mener une enquête libre et solidement documentée sur un sujet jusqu’alors négligé ou peu traité par les médias (sans entrer dans les modalités plus précises de cette aide dans le cadre de cet appel).

Nous estimons qu’il convient d’alimenter un tel fonds d’aide à l’enquête en s’adressant en premier lieu aux diffuseurs de contenu audiovisuel (UPC-Cablecom, Swisscom TV, etc.) qui, bénéficiant d’une situation privilégiée, engrangent directement ou indirectement une partie des recettes publicitaires de l’audiovisuel. En deuxième lieu, on se rappellera qu’on a malheureusement laissé les grandes chaînes étrangères s’emparer d’une part importante du marché publicitaire audiovisuel suisse ces dernières années. Elles devraient, elles aussi, être mises à contribution en pourcentage des recettes de leurs «fenêtres publicitaires» suisses. Ces deux secteurs devraient être accompagnés à une hauteur moindre par la SSR sur ses recettes publicitaires, par des mécènes, des privés et les collectivités publiques (Confédération).

Nous appelons à lancer la création d’un fonds d’aide à l’enquête indépendant pour les médias écrits.

 

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