Le « Temps » de la polémique

8 avril 2015 : Claude Torracinta et Guillaume Chenevière

Quatrième épisode de la nouvelle série que l’on pourrait intituler : « Attaques contre la télévision suisse de service public » qui ne prend certes pas les proportions de celles qui viennent d’accabler « TV5 monde », probablement improvisé celui-ci, intitulé « Vouloir démanteler la SSR, c’est se tromper de cible ». Il est signé par Claude Torracinta et Guillaume Chenevière qui sortent heureusement d’une réserve pratiquée par tous les anciens dirigeants à l’égard de la radio/télévision de leurs successeurs.

Il s’agit pour eux de revenir sur l’intervention de Pietro Supino, directeur de Tamédia, qui veut priver la SSR de ses recettes publicitaires (31 mars- voir plus bas) et sur celle de Pascal Decaillet qui veut, lui, transformer cette SSR en un simple diffuseur d’émissions émanant de sociétés privées ( 1 avril – voir plus bas), tout en rappelant d’autres attaques, telle celle de l’USAM passant par un référendum contre la généralisation de la redevance qui demanderait à une minorité de grandes entreprises suisses de prélever quelques francs de plus sur leur chiffre d’affaires et certaines critiques plus anciennes d' »Avenir suisse ». L’intervention de MM.Torracinta et Chenevière complète celle de Gilles Marchand (2 avril, voir plus bas). ( fyly – 10.04.15 – 17h00)

 

Boardchurch (saison 2 - Photo France 2) - Autre nouveau personnage,Ne Sharon Bishof

Boardchurch (saison 2 – Photo France 2) – Autre nouveau personnage, Maître Sharon Bishof (Marienne Jean-Baptiste) Il s’agit de respecter le double jeu entre texte et illustrations à partir d’une série qui continue de s’inscrire dans le haut de gamme

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Il serait possible d’aborder ce sujet placé sous le signe de la polémique par une intervention dans des domaines secondaires, «râler» une fois de plus contre les pugilats qui sont pain béni pour «Infrarouge» ou regretter le sort fait par les responsables des programmes de la RTS aux séries haut de gamme en les repoussant à des heures tardives, les condamnant ainsi à de piètres audiences. Je ne savais pas comment illustrer ce texte: il faut profiter de l’occasion pour saluer quelques belles propositions et exprimer un regret.

station Horizon : ambianv tournage

Station Horizon : ambiance tournage. Reste le 7ème et dernier épisode d’une série « produite » par la RTS, pas « achetée », qui tient parfaitement la route, avec sa juste programmation pour une série récurrente, les numéros un par un! (samedi 11 avril à 20h10)

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 «Le Temps» vient de publier une minisérie de trois textes consacrés au même sujet, la SSR-SRG en cette période où débats parlementaires et votations vont mettre en cause «notre» télévision, la redevance et «Billag».

Elle comprend trois épisodes, avec des textes qui ensemble comptent bien vingt-cinq mille signes, ce qui demande une bonne demi-heure de lecture attentive. On ne peut donc retenir que certains aspects de ces polémiques.

Il y a quelques mois encore, les deux grands éditeurs de suisse alémanique se partageaient la majorité du capital du journal «Le Temps». Aujourd’hui, Tamédia a cédé sa part à Ringier qui possède désormais le 92,5 % des actions.Mais ce ne sera pas au point de priver le premier du droit à un texte rédactionnel paru hors du courrier des lecteurs du second.

Mozart (Tom Hulce) et Salieri (F.Murrey Abraham) dans "Amadeus" ( photo Arte)

Mozart (Tom Hulce) et Salieri (F.Murrey Abraham) dans « Amadeus » de Milos Forman( photo Arte). La plus séduisante des propositions au soir de Pâques ; plaisir confirmé par une biographie, « Mozart superstar », qui permet de mieux sentir encore l’originalité de la fiction inventive, tout de même assez plausible pour permettre d’insérer plusieurs images de la fiction dans le document.

 

31 mars : Pietro Supino, Tamédia

Pietro Supino, éditeur et président du conseil d’administration de Tamédia, vice-président de l’association Schweizer Média affirme que «des shows insipides ou des séries achetées ne justifient pas le qualificatif de service public». Il n’y aurait donc à la SSR-SRG que des shows «insipides». Et toute série «achetée» serait sans le moindre intérêt? Voilà qui ne tient guère compte de la qualité dans le domaine du divertissement et fait volontairement table rase de toute valeur culturelle des séries haut de gamme. Les contenus dignes du service public pourraient ainsi être exclusivement financés par la redevance: inutile que la SSR-SRG prélève sur le marché publicitaire suisse entre 300 et 400 millions chaque année! Et qu’en serait-il du sponsoring ou de la promotion de produits? Priver la SSR-SRG de toute recette publicitaire profiterait-il aux journaux de nos grands éditeurs?

Ces quinze dernières années, les recettes publicitaires de le SSR-SRG se situent entre 300 et 400 millions par an, avec une vague hausse irrégulière. Celles des chaînes privées est en hausse régulière, mais  lente. Les fenêtres publicitaires ouvertes de l’étranger sur la Suisse passent de 100 millions en 1999 à 200 en 2010, pour faire en 2011 un bond vers 260. TF1 et M6 y sont pour quelque chose. Et ces recettes ne partent pas entièrement à l’étranger. La moitié reste en Suisse et se partage entre Goldbach Média et Ringier, l’éditeur du «Temps» qui donne si gentiment la parole au patron de «Tamédia» !

Le chiffre d’affaires de la SSR-SRG s’élève, en 2013, 1,6 milliard environ; Tamedia tourne aux alentours de 1,05 milliard; comme Ringier! Le géant accueilli chez son voisin se sent prêt à alléger le plus grand! Bien entendu, les considérations de Pietro Supino sont fondées uniquement sur des exigences de haute valeur intellectuelle et de rigueur informative attendues de la SSR-SRG!

Boardchurch 8SAISON 2)

Boardchurch (SAISON 2-photo France 2):Olivia Colman (Ellie Miller) et David Tennant (Alec Hardy), les personnages principaux. A voir trois épisodes par trois épisodes tant sur FRANCE 2 (lundis) et que RTS1(vendredis) une programmation absurde, contre l’esprit même de la série récurrente !

1 avril : Pascal Decaillet

«SSR-éditeurs, une guerre qui n’est pas la nôtre» , tel est le titre d’un texte de Pascal Decaillet, entrepreneur audiovisuel, qui fournit passablement de matière à «Léman Bleu», la chaîne locale genevoise. Hésiode y remplace Hans Christian Anderson. Et Decaillet de dire pis que pendre de la SSR (ou de la RTS, on ne sait pas très bien). Il propose d’aller jusqu’à renoncer à la redevance ou mieux, de la consacrer non plus aux chaînes de la SSR-SRG de service public et généraliste,  mais seulement à des émissions produites par des sociétés privées. Il ne resterait donc qu’à la SSR-SRG que le rôle de diffuseur.

Profité il y a quelques jours de passer un bon bout de soirée à pitonner d’une chaîne romande régionale à l’autre. Pas très «sexy»! Intéressant, amusant, pas de quoi rêver! Suis tombé sur une émission sportive où trois experts analysent la saison de la plupart des joueurs de Servette hockey-club: un peu longuet, même pour un genevois! Suivi aussi un débat où cinq invités répondent aux assez bonnes questions de… Pascal Decaillet, débat filmé de telle sorte que se dégage l’impression d’assister à des duplex s’il n’y avait de temps en temps un plan d’ensemble. Vu aussi un film comique lourdingue et américain!

Nous voici donc, en deux jours, avec une SSR-SRG (donc une RTS) singulièrement allégée: plus de publicité, plus de production propre. Seulement des diffuseurs de produits terminés (y compris des dvd de séries achetées, à cent francs la minute!).

Il faut tout de même signaler, en ne tenant compte que de la RTS , laquelle mérite toute notre attention même parfois peu bienveillante, que l’externalisation n’est tout de même pas une utopie. La RTS collabore avec d’assez nombreuses sociétés privées installées en Romandie, naturellement plus souvent à Genève qu’ailleurs. Decaillet enfonce une porte déjà entr’ouverte!

boardchurch (saison 2) : jocelyn Knight (un nouveau personnage) ( Photo France 2)

Boardchurch (saison 2 – Photo France 2) : Me Jocelyn Knight  (rien moins que Charlotte Rampling), un nouveau personnage « fort », à voir sur France 2 entre 20h35 et 23h15, lundis) ou sur RTS1 (entre 22h55 et une heure trente du matin). Pour être le première, la RTS passe le plat quand tout le monde ou presque profite d’un sommeil réparateur. Une aberration qui mérite mieux qu’une légende dans un texte placé sous le signe de la polémique.

2 avril : Gilles Marchand

Le directeur de la RTS en profite pour rappeler les grands équilibres du système suisse: 75 % de recettes viennent de la redevance et 25% de la pub, du sponsoring et autres. La répartition nationale permet d’assurer l’égalité dans la qualité des programmes. La Suisse romande, 24% de la population, reçoit le 32% de revenus, système qui profite tout naturellement plus encore à la Suisse italienne sans léser la Suisse alémanique qui dispose de 45 % des revenus SSR. Des enjeux importants sont liés à la bataille qui se déroule autour du numérique, mais pas seulement sur un téléviseur dans un salon. De plus, les entreprises suisses de la SSR-SRG sont soumises à une forte concurrence de leurs voisins proches, d’Italie, d’Autriche et surtout d’Allemagne, de France. «Faut-il pour autant considérer que l’avenir des journaux ou des acteurs privés ne passe que par l’affaiblissement du secteur public?: bonne question posée par le directeur de la RTS!  Pour tout défenseur du service public, y compris pour ceux de très longue date, la réponse est claire. Un secteur public fort reste indispensable, sur les canaux traditionnels qui sont encore tout de même plus fréquentés que les nouveaux.

Au début de son texte, Gilles Marchand donne une information intéressante: en 2014, le bénéfice avant impôt et amortissement du groupe de presse «Tamédia» s’élève à 20,7 %, avec une marge encore plus spectaculaire sur les plateformes numériques. Il n’y a pas d’information sur la situation de «Ringier».

La publicité commerciale n’est pas admise sur les sites internet de la SSR-SRG, pourtant de plus en plus consultés. Les éditeurs ont su jusqu’ici s’assurer d’une bonne protection. Serions-nous dans une constellation où éditeurs et entrepreneurs audiovisuels veulent pour eux le fameux beurre et l’argent du beurre. La relance des polémiques alors que s’approchent des discussions parlementaires et des votes populaires n’est certainement pas due un hasard……

Une réponse à to “Le « Temps » de la polémique”

  • Mayor Marius:

    Je suis tout à fait d’accord avec Mr.le directeur Gilles Marchand; le service public est de plus en plus attaqué et il faudra se serrer les coudes si je puis dire pour faire face aux au monde de la privatisation et du fric à tout prix. (la redevance entre autre)

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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