« Station Horizon »: prometteur!

 Au vu des deux premiers parmi les sept épisodes de 48 minutes chacun, pas de doute, c’est prometteur. Tout produit audiovisuel peut entrer dans l’une des trois catégories suivantes: l’insignifiant où les défauts dominent, l’intéressant où qualités et défauts s’équilibrent et le bon avec ses qualités dominantes. A l’intérieur de chaque catégorie, le bas, le moyen et le haut. Ce qui fait neuf degrés différents pour exprimer une appréciation globale, qui n’est pas uniquement personnelle. Mais il ne suffit pas alors de cent soixante signes pour fonder une analyse.

Une moto, une station-service, un mas et deux drapeaux, le paysage de montagnes dites sublimes, le personnage principal, Joris Fragnière, à peine sorti de prison dans STATION HORIZON ( Photo Joy Louvin - RTS)

Une moto, une station-service, un mât et deux drapeaux, le paysage de montagnes dites sublimes, le personnage principal, Joris Fragnière, à peine sorti de prison dans STATION HORIZON ( Photo Joy Louvin – RTS)

Juste à titre d’exemples: «Timbuktu» de Sissako, qui vient de rafler sept césars et «Américan Sniper» de Clint Eastwood se situent en milieu de haut de gamme. Par contre, «Cinquante nuances de gris» est à placer dans la bas de gamme, certes en haut pour ses qualités techniques. Ce qui ne suffit pourtant pas pour comprendre cet étonnant succès auprès du public féminin!

Dans ma hiérarchie établie pour les récentes séries de la RTS, «Station horizon» est aussi intéressant que «Dix», que j’hésite à mettre entre le haut du milieu de gamme et le bas du haut. Traduit en note sur 9, ce sera entre 6 et 7 à un demi-point près! «Crom» comme «L’heure du secret» (première saison) siègent en haut du milieu. Au début de «A livre ouvert», j’espérais ce haut de milieu, mais l’inspiration s’est vite dissipée pour frôler le bas de la gamme médiane.

Station horizon - Bernard Héritier, le fils ( Baptiste Gillièron - sa soeur s'appelle Lauriane), personnage densément ambigu (photo Rebecca Bowring)

Station horizon – Bernard Héritier, le fils ( Baptiste Gillièron – sa soeur s’appelle Lauriane!), personnage densément ambigu (photo Rebecca Bowring)

Les qualités

Deux fois l’an, au maximum, la RTS propose une série de fiction «maison». Il s’agit assurément d’un événement important. Entre l’idée initiale qui retint l’attention des responsables du programme  et la décision de mettre la série en production, il se sera passé au moins deux ans. Et il aura fallu plusieurs mois avant de pouvoir tourner au cours de l’été dernier. Montage et finitions ont occupé des équipes bien plus légères que celles du tournage de septembre 2014 à janvier 2015. Une série de cette importance, pour une chaîne de télévision tout de même modeste, s’étend donc sur une période d’au moins trois ans. Normal, alors que l’investissement financier total se situe entre trois et quatre millions de francs, montant relativement modeste par rapport à des pays grands producteurs de séries de prestige, comme la Grande-Bretagne, la France ou le Danemark, assez loin derrière les Etats-Unis.

Roman Graf et Pierre-Adrian Irlé sont co-scénaristes, co-réalisateurs et co-producteurs de la série. «Station horizon» a donc deux auteurs associés à la série d’un bout de la chaîne à l’autre, ce qui est plutôt rare dans ce domaine. Ils font donc une apparition assez tonitruante sur ce marché de l’audiovisuel d’auteur où la série joue, depuis deux décennies environ, un rôle essentiel. La différence entre le cinéma et la télévision tend à s’effacer, chose qui n’est pas encore très largement admise ou comprise.

Romain Graf et Pierre-Adrian Irlé, co-scénaristes, co-dialogistes, co-réalisateurs et co-producteurs de "Station Horizon" ( Photo Jay Louvin, rts)

Romain Graf et Pierre-Adrian Irlé (Photo Joy Louvin, rts)

La diffusion, pour une fois normale – un épisode par semaine, le samedi en premier rideau – va donc durer sept semaines. On aura donc le temps de s’y intéresser sans trop s’occuper du résultat quantitatif, qui n’a que rarement un réel lien avec la qualitatif. Ce temps sera aussi mis à profit pour s’expliquer sur les qualités apparues dès les deux premiers épisodes.

Bonne structure de la construction d’ensemble, avec deux clans familiaux, les Fragnière et les Héritier, dans lesquels l’harmonie n’est certes pas parfaite, qui vont s’opposer avec vivacité lors du retour du fils plus ou moins prodigue, Joris Fragnière, qui sort de prison. Une dizaine de personnages importants sont entourés d’une vingtaine d’autres apparitions plus ou moins furtives. Rares sont ceux qui peuvent être caractérisés comme «tout-d’une-pièce»! Là réside un enjeu de taille: va-t-on s’intéresser, éventuellement s’attacher, à la majorité de ces personnages? Il faudra tout de même accepter quelques dialogues dont la verdeur pourrait bien être choquante pour des oreilles habituées aux dialogues lénifiants. Comme il faudra accepter qu’un homme puisse en embrasser un autre avec passion et que le curé du village soit assez peu conforme au rigorisme d’Ecône.

Le Valais…

Station Horizon - le paysage, zone "bois de finges" ( Photo Rebecca Bowring - rts)

Station Horizon – le paysage, zone « bois de Finges » (?) (Photo Rebecca Bowring – rts)

Par la diversité de ses paysages, discrètement indispensables, le Valais est une mine d’or. La construction d’une autoroute, un des ressorts de la dramaturgie, y prend autant sinon plus de place quel la beauté des paysages alpestres. On reste souvent au fond de la vallée, en milieu rural – pas de ville à l’horizon! Ce qui va permettre d’imprimer au récit l’esprit du western par le comportement des personnages et leurs affrontements . Les scénaristes ont inventé un personnage qui s’intéresse aux chevaux, lesquels prennent moins de place que les motos et autres side-cars qui fascinent les amateurs d’espaces à parcourir. Les deux premiers épisodes mettent en place un défi motorisé à venir entre deux voitures qui devrait être fort différent des poursuites dans le centre d’une ville américaine.

Station Horizon - Joris et Charly Fragnière ( Bernard Yerlés et Gaspard Boesch ). Manque le "treize étoiles" sur le mas ( Photo Jay Louvin -  rts)

Station Horizon – Joris et Charly Fragnière ( Bernard Yerlés et Gaspard Boesch ). Manque le « treize étoiles » sur le mât ( Photo Joy Louvin – rts)

Au passage, mais là aussi sans insistance, la Suisse est présente avec son système de surveillance après libération conditionnelle, la chasse à un travailleur clandestin menée par la police, les difficultés d’une radio locale à se faire entendre.

….et l’Amérique.

Qualité importante, pour qui souhaite qu’une série suisse romande ne ressemble pas trop aux autres séries, pas de ville importante, pas de mort violente, donc pas d’enquête avec fausses pistes pour découvrir un coupable.

On aura par la suite l’occasion de relever en quoi la série est aussi un hommage à un certaine Amérique, celle des espaces ruraux et montagneux, celle de personnages forts et contradictoires, celle d’une certaine sonorité qui passe aussi par la musique, qu’elle soit en situation dans le dancing local, issue d’un instrument «à- bouche» ou contribue à créer un climat.

«Station horizon» devrait confirmer le talent d’une équipe de trentenaires qui ont déjà quelques belles réussites à leur actif, (« Big sur », « All that remains », « Pixeliose » ) dans la cadre d’une jeune société qui va désormais compter dans la production cinématographique ambitieuse à partir de la Suisse romande.

Une réponse à to “« Station Horizon »: prometteur!”

  • Mike:

    Vraiment une belle réussite. Tous les personnages sont attachants, même les très peu sympathiques.
    L’ambiance est prenante. La tension y est. Et transposer l’atmosphère d’un Texas rural en Valais, pas facile, mais vous l’avez fait avec succès.
    Merci pour ce beau travail et félicitations à toutes et à tous.
    M

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