De « Nuances » à « Virage nord » en passant par « Spartacus et Cassandra »

«Cinquante nuances de Grey»

Bel exemple récent, issu d’une chaîne généraliste de service public, d’une délicate forme d’hypocrisie: on y apprend qu’il faut tenir «motus et bouche cousue» à propos de «50 nuances de Grey» car «les studios x ont interdit toute critique» sur ce film jusqu’au matin du mercredi 11 février 2015.

On y parle d’un livre qui s’est vendu à des millions d’exemplaires, de sado-masochisme réservé jusqu’ici à une minorité qui s’intéressait à Bunuel ou Pasolini. Il n’y a que vingt minutes de sexe sur deux heures de film. On se propose déjà de porter à l’écran deux nouveaux épisodes. On voit quelques images de fiction, l’une au moins attribuée à un film de Barbet Schroeder, «La maîtresse», les autres sans indication de provenance – deux ou trois de «nuances»? Les invités qui s’expriment en marge du film ne disent rien de lui, respectueux d’une «interdiction» à laquelle il faut mettre des guillemets, puisqu’elle tient plutôt d’un embargo imposé! Par contre, le studio peut remercier la RTS pour ces cent cinquante secondes de promotion à l’heure la plus favorable. Il arrive que l’on signale en fin d’émission que celle-ci assurait la promotion de certains produits. Rien entendu de tel au soir du mardi 10 février 2015!

 Spartacus et Cassandra

"Spartacus et Cassandra", un film d'Ioanis Nuguet

« Spartacus et Cassandra », un film d’Ioanis Nuguet

Presque à la même heure, sur une chaîne généraliste mais culturelle, alors qu’en France sort aussi «50 nuances de Grey», ARTE donne longuement la parole aux deux jeunes interprètes d’un document qui sort le même jour. «Cassandra et Spartacus», qui sont frère et sœur, d’origine rom, sont accompagnés par Camille Brisson, trapéziste, leur marraine légale, qui les a sauvés de la rue. Cela se passe en douze minutes qui donnent envie de voir le film de Iaonis Nuguet, probablement  porteur de tendresse, de générosité, de rudesse, d’émotion. Mais attendra-t-il les écrans de Suisse?

Virage nord

 Judith Davis (Alexandre Perucci) dans "Virage Nord", une mini-série en trois àpisodes d'ARTE ( avec TV5 monde), signée  Virgine Sauveur

Judith Davis (Alexandre Perucci) dans « Virage Nord », une mini-série en trois épisodes d’ARTE ( avec TV5 monde), signée Virgine Sauveur, meilleure fiction TV au festival de la Rochelle en 2014

«Le Monde» ( 8 et 9 février) consacre une page entière à «Virage nord», une mini-série de trois épisodes tournée dans le nord de la France . La réalisatrice, Virginie Sauveur, décrit son intention initiale: s’inscrire dans le monde du polar et du sport en nous focalisant sur ce qui nous intéresse avant tout: les personnages, encore les personnages, toujours les personnages. Et c’est bien là une condition nécessaire pour la réussite d’une série dont Marthe Delahaye souligne l’attention portée aux humeurs, silences et non-dits des personnages (qui) évoquent la patte des séries britannique ou scandinave de qualité. De quoi parier sur une réussite….

Pourquoi donc commander une minisérie si c’est pour présenter les trois épisodes l’un à la suite de l’autre, avec deux pauses? Incompréhensible. La réalisatrice aurait pu offrir, tirer quatre épisodes de son matériel. Elle se réjouit pourtant de cette programmation en rafale: «VIRAGE NORD ressemble (…) à ce que nous avions écrit, c’est à dire un film de trois heures.

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