« Made in Europe »

  1. Le croque-mort
  2. Salamander
  3. Meurtres à Sandhamn


«Made in Europe» est le titre que la RTS réserve pour ses choix de séries récurrentes tournées en Europe, qui sont proposées le vendredi soir de 22h30 environ à plus de minuit, selon l’habitude trop bien établie d’une offre non par un épisode à la fois, mais deux. ARTE, chaîne généraliste et culturelle franco-allemande, met mieux en valeur ses cueillettes en les diffusant aux environs de 21h00, aussi du reste par duo, voire en trio! Ce titre, reflet d’un souci honorablement promotionnel, détourné, est ici utilisé pour évoquer trois productions, «Le Croque-mort» (Suisse), «Salamander» (Belgique) et «Meurtres à Sandham» (Suède).

Le croque-mort

(DRS, saisons 1 et 2, adaptation française présentée par la RTS du 8 janvier au 5 février 2015 peu après 21h00)

Le croque-mort - photo famille drs-rts-ssr-srg

Le croque-mort – photo famille drs-rts-ssr-srg

Ce qu’ARTE réussit souvent, associer l’Allemagne et la France, la SSR-SRG peine à y arriver entre suisses alémanique, italienne et romande. Ses sociétés régionales, qui insistent trop souvent que les «sensibilités» considérées comme différentes, restent happées chacune par son grand pays voisin. Alors, il faut saluer l’adaptation française d’une série qui fait un tabac en suisse alémanique, se féliciter de l’heure de programmation avantageuse, 21h00. L’audimate, quel qu’il soit, pourrait donner une indication sur l’esprit d’ouverture d’une région par rapport à un programme apprécié dans l’autre.

 

Le croque-mort, le patron et son employé

Le croque-mort : le patron Luc Conrad et son employé Fabio. Mike Müller, l’acteiur connaît de grands succès en Suisse alémanique.

«Le croque-mort» n’est pas générateur d’un grand enthousiasme au plan de la créativité. Ces récits unitaires qui veulent résoudre une énigme en moins de cinquante minutes en décrivant des milieux différents ne créent pas forcément un désir d’adhésion régulière. L’intérêt varie beaucoup d’un numéro à l’autre. Les personnages récurrents doivent tout de même évoluer pour s’inscrire dans un récit qui pourrait prendre une certaine autonomie. Mais les liens entre l’ancien inspecteur de police, son nouvel assistant «moderne», la policière et ses collègues, malgré des souvenirs communs et des coïncidences rendant le croque-mort proche de certains de ses anciens «clients» suspects, sont tout de même un peu ténus.

Prenons un risque, celui d’intercaler au niveau d’un jugement (ou sentiment) de qualité sur cette série alémanique entre certaines romandes de ces dernières années. «Dix» reste en tête, suivi de «Crom» et de «L’heure du secret», surtout la première saison. Vient alors «Le croque-mort» au même niveau que «Livre ouvert», assez clairement devant «Port d’attache» et les deux saisons de «T’es pas la seule».

Il est absolument normal qu’une telle série d’une chaîne suisse passe sur une autre chaîne suisse à une heure de grande écoute, pour des raisons de «cohésion» nationale, au moins dans le secteur de la télévision. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour lui trouver des qualités qui ne s’y trouvent pas pour lui permettre de s’inscrire dans le «haut-de-gamme», que seul jusqu’ici «Dix» a frôlé.

De plus, on se souviendra peut-être de « Six feet under », de l’intense vie de  la famille Fischer, de la diversité des « clients » de la société « Fischer and Sons », les morts ne survenant pas dans des conditions nécessitant une enquête policière, en cinq saisons et soixante-trois-épisodes apparus il y a une dizaine d’années.

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Salamander

(RTS Un – vendredis aux environs de 22h30, 12 épisodes, du 9 janvier au 13 février 2105)

Pourquoi donc la RTS francophone ignore-t-elle ce qui se passe sur les petits écrans du Québec et de Belgique, accaparée par son obsession de présenter les séries généralement anglophones avant la chaîne française détentrice des droits, considérée comme concurrente qu’il faut prendre de vitesse. Ce n’est ainsi pas témoigner d’un souci culturel de programmation, seulement d’une recherche de succès qui se mesure quantitativement en parts de marché? Oui, pourquoi ce manque d’intérêt en général?

Petit miracle qui valait bien de mettre l’eau à la bouche: «Salamender» est une série belge! Oui, cela existe! Et puis surprise: ce n’est pas une série francophone. Elle est flamande si une bonne partie de son intrigue se à Bruxelles, la capitale du pays, beaucoup moins connue que Paris, et même que Rome, Londres ou Berlin.

Une affiche de "Salamander" en anglais : la BBC se propose d'en faire une adaptation.

Une affiche de « Salamander » en anglais : la BBC se propose de faire une adaptation de cette série flamande (Belgique)

«Salamander» est le nom d’une association plus ou moins occulte, une sorte de discrète franc-maçonnerie composée de notables belges de différents milieux de la haute bourgeoise d’affaire. Les liens entre-eux remontent à un passé trouble des derniers mois de la guerre de 39/45. L’argent qui donne le pouvoir et permet de manipuler le politique est carburant des comportements. Une efficace équipe de voleurs dérobent le contenu d’une soixantaine de casiers d’une banque qui ne contiennent pas d’argent, seulement des documents qui sont ou deviennent compromettants pour leurs titulaires. Mais qui donc agit en coulisses pour que ce vol ne soit surtout pas rendu public?

Paul Gerardi (Filip Peeters), personnage principal de "Salamandre", seul ou presque contre tous - pas trouvé d'image sans son arme, c'est dommage !!

Paul Gerardi (Filip Peeters), personnage principal de « Salamandre », seul ou presque contre tous.

Paul Girardi, un des meilleurs d’une brigade d’enquêteurs, veut autant savoir qui est l’instigateur des vols que découvrir ceux qui font tout ce qu’il faut pour que subsiste le secret sur cette affaire. Mal soutenu par sa hiérarchie, de chasseur il se voit transformé en gibier. Sa femme est tuée dans l’explosion de sa propre voiture. Il doit tout faire pour protéger sa propre fille! Girardi est devenu non pas l’ennemi public, seulement l’enquêteur qu’il faut empêcher discrétement de trouver le fonctionnement des rouages de la «salamandre». Il ne peut compter que sur l’aide d’un ancien collègue qui fut brièvement l’amant de sa propre femme, devenu jardinier dans un couvent de religieux. Peut-il faire confiance au procureur qui semble vouloir lui permettre de poursuivre son enquête? D’un épisode à l’autre se posent des questions qui restent sans réponse ou m’en reçoivent que des contradictoires. On se trouve au cœur des pouvoirs du pays, politique, économique, judiciaire. Et même royal, au point d’apprendre que ce que veut le Roi sert un ordre incontournable, même si c’est pour couvrir les exploits sexuels avec mineure d’un membre de la famille. Tout puissant, ce roi des Belges!?

"Salamander" : deux notables en luxueux décors reflets de leurs pouvoirs...

« Salamander » : deux notables en luxueux décors reflets de leurs pouvoirs…

Cette série, assez remarquablement construite, bien interprétée, fait découvrir des paysages inhabituels, Bruxelles et certaines régions des Flandres, même si les immersions dans le passé ne sont pas d’une clarté exemplaire. C’est bien emballé, avec un personnage principal auquel on finit par s’attacher, en justicier pratiquement seul contre tous. Il n’y a de personnages positifs que lui, sa fille et sa femme; et encore. Le scénariste prend le risque de l’éliminer de mort violente, à mi-chemin. Mais les autres? Presque tous des salauds qui n’ont de raison d’agir dans leur seul intérêt, même si leur comportement peut les faire changer de clan. Si les secrets de la salamandre sont révélés au grand jour, c’est le pays tout entier qui n’existera plus, du Roi au plus humble des policiers qui mène une enquête de routine, en passant des détenteurs de divers pouvoirs. Mais quand on met en scène le Premier Ministre, certains de ses proches collaborateurs, des épouses plus ou moins fidèles, des banquiers, des gens de justice, dans un pays précis, on s’interroge sur la plausibilité de l’écriture. Tous pourris, vraiment! Trop de pourris, face à un seul «juste»? Trop c’est trop. Mais peut-on croire qu’il s’agit d’une pure fiction?
L’équipe flamande maîtrise son sujet dans une réalisation efficace qui passe de scènes d’actions tonitruantes à des affrontements à deux personnages en gros plans avec une certaine fluidité parfois surprenante. Une bonne surprise. Avec «Salamander», on s’installe dans le haut du milieu de gamme. Il n’y manque qu’une touche de plausibilité!

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Meurtres à Sandhamn

(ARTE, 29 janvier et 5 février 2015, saisons 1 et 2, six épisodes en trios)

Carte de la Scandinavie sur le site D’ARTE : un signe attire l’attention sur la présence d’une auteure de romans policiers. Une quarantaine en tout, dont vingt-cinq en Suède. Dans ce vivier, Viveca Sten, «grand succès mondial», ventes de trois millions d’exemplaires, pour ses «La reine de la Baltique» ou «Du sang sur la Baltique», adaptés par la télévision suédoise. La cinquième saison est en cours, les deux premières présentées récemment par ARTE dans un curieux attelage de trois épisodes à la suite qui finissent par ressembler à un long-métrage de deux heures qui serait coupé par deux inutiles et trop longs entr’actes. On peut ne pas apprécier cette forme de programmation en une courte rafale. Mais, puisque c’est scandinave, il y a de bonnes chances que cela soit inscrit dans le haut de gamme. Ce sera dans le bas du haut!

viveca Sten, auteur de "Meurtres à Sandhamn" http://nordique.zonelivre.fr/viveca-sten-biographie-et-bibliographie/

Viveca Sten, auteur de « Meurtres à Sandhamn »
http://nordique.zonelivre.fr/viveca-sten-biographie-et-bibliographie/

Inutile de revenir en détail sur les sujets: la première saison revient à savoir d’abord qui est le cadavre empêtré dans un filet retrouvé par Nora, une mère de famille qui prenait un bain de bord de mer avec ses enfants pour ensuite chercher à comprendre qui est le meurtrier. La deuxième raconte le coup de feu mortel porté à un équipier d’un voilier qui vient de remporter une coupe entre richissimes propriétaires et pourquoi il s’est fait occire. De toute évidence, les deux histoires d’enquête policières sont bien menées, de façon à retenir l’attention, la progression des informations suivant le rythme des acquis par l’inspecteur Thomas. A un récit policier, on demande bien entendu qu’il séduise par lui-même, sans sauter des étapes, dans une certaine logique qui passe d’hypothèses reposant sur des indices à des déductions qui s’avèrent efficaces.

Meurtres à Sandhamm Thomas Anderson, inspecteur de police et Nora Linde, ( Alexandra Rapaport)  mère de famille et employée de banque. ( saisom 2)

Meurtres à Sandhamm
Thomas Anderson, inspecteur de police et Nora Linde, ( Alexandra Rapaport) mère de famille et juriste. ( saisom 2)

On est en droit de demander à une série plus qu’une histoire bien troussée. Alors intervient la séduction du paysage peu connu. Nous ne sommes ni à New-York, ni à Chicago, hauts lieux de bien des meurtres. Nous sommes sur une île proche de Stockholm, à trois heures en navigation, là où il n’y a pas une seule voiture. Seulement des voiliers ou des bateaux rapides qui relient l’île à la ville. De jolies maisons colorées tant de vacances que d’habitation pour les habitants (une centaine de résidents permanents sur l’île), donnant sur la mer, des plages de sable, des rochers, des forêts de pins rappellent au vieux cinéphile le séduisant cinéma de Bergman.

Meurtres à Sandhamm: sur l'île sans voiture mais avec voiliers de plaisance

Meurtres à Sandhamm: sur l’île sans voiture mais avec voiliers de plaisance

L’inspecteur, Thomas, connaît des pannes d’oreiller, avale des calmants, vit en solitaire. Il est donc du genre «à problème», comme un peu dans tous ces polars nordiques, dont on ne dévoile pas tous les aspects immédiatement. Mais il est du genre «sympa» avec sa jeune collaboratrice. Le spectateur ferait volontiers de lui un ami. Thomas, dans la première saison, reconnaît en Nora, qui a découvert le cadavre ficelé, une ancienne camarade d’école. Quelques signes vont ouvrir une piste, celle des retrouvailles d’un amour ancien resté exprimé. Nora amorce une crise qui va s’amplifier avec son mari, le couple proche du divorce à la fin de la deuxième saison, comme on pouvait le pressentir dès le début, à travers un regard, un geste. Seulement Nora s’ennuie un peu, au point de se mettre à jouer le détective qui enquête et apporte son aide à Thomas qui l’accepte d’autant mieux que cette complicité prend un aspect très personnel. Ficelle un peu grosse? Amorce d’une complicité entre Thomas et Nora pour rechercher les assassins lors des prochaines saisons? L’île compte moins d’une centaine d’habitants permanents… et paraît-il depuis les romans et ses adaptations des milliers de touristes….

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