Alain Delon préféré à Jean Renoir sur RTS2

Zapping intime – Raymond Vouillamoz

Vient de paraître, aux éditions Favre, sur trois cents pages, en sept chapitres, avec quatre-vingt  sujets écrits récemment ou tirés d’un « journal personnel », évoquant une vie dans un ordre (presque chronologique), les débuts dans la  presse écrite comme critique de cinéma, une arrivée à la télévision où le journaliste devient réalisateur, producteur puis responsable de programmes en Suisse, en France puis en Suisse avant de redevenir réalisateur la retraite atteinte. La lecture attentive reste à faire. Entre prometteur et passionnant, parfois provocateur, surtout pour qui sait souvent de quoi et de qui parle l’auteur. Survol et premiers arrêts sur textes suffisants pour recommander ce récit sans langue de bois inscrit à l’intérieur de la TSR. (Mardi 9 décembre – 10h30)

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« La grande illusion » (1937)

« La grande illusion » est un film format normal proche du carré, en noir et blanc, qui date de 1937. Lors de sa sortie, ce fut un beau succès public. Son affiche met en valeur, naturellement, les acteurs alors les plus connus, Jean Gabin, Pierre Fresnay, Erich von Stroheim et Dita Parlo, reléguant en caractères plus discrets Marcel Dalio. Les lieutenants Maréchal, « titi » parisien (Gabin) et Rosenthal d’origine juive (Dalio), sont des personnages plus importants que le capitaine de Boëldieu ( Fresnay) et le commandant von Rauffenstein ( Von Stroheim). En paysanne allemande ,Elsa (Dita Parlo) est lumineuse..

Sur une affiche, l'acteur est plus important que son personnage

Sur une affiche, l’acteur est plus important que son personnage

Le sens du titre

Plusieurs interprétations du titre sont possibles, l’illusion en 1916 que la guerre ne durerait pas, que ce puisse être la dernière par la force du pacifisme et la conviction que les classes sociales sont plus importantes que les nations. Il n’est pas surprenant que le film ait été interdit dès 1940 autant en France qu’en Allemagne. Il fut souvent cité, jusque dans les années 70-80 parmi les vingt meilleurs films du monde. Son auteur, Jean Renoir, continue d’être considéré comme un cinéaste essentiel de l’histoire du cinéma. Truffaut, dont on vient de se souvenir trente ans après son décès, a par exemple su reconnaître ce qu’il lui doit. Renoir y dirigeait un autre cinéaste génial, mais maudit, Eric von Stroheim

La parole donnée

Ce film dur, humaniste, généreux, ne montre pas un seul personnage négatif. Von Rauffenstein porte minerve et cultive un géranium à fleur dans sa chambre de commandant d’une forteresse regroupant des officiers prisonniers de plusieurs origines. Ce n’est pas pourtant une bluette sentimentale fade et sirupeuse. Sa bande sonore est tout simplement sublime : elle donne à la mise en scène un espace qui dépasse celui de l’image. Boeldieu et Rauffenstein évoquent un engagement sur parole. Que vaut celle d’un Maréchal, ou d’un Rosenthal se demande Rauffenstein? Elle vaut la nôtre dit tranquillement Boëldieu, seul personnage qui , créant une diversion musicale, accomplira de son plein gré un acte d’héroïsme, qui permettra la réussite d’une évasion. Il fallait bien citer quelques raisons qui permettent de continuer de se sentir bien en spectateur d’un film tourné il y a presque quatre-vingt ans.

Entre von Rauffenstein et de Boëldieu, l'unique plante de la forteresse

Entre von Rauffenstein et de Boëldieu, l’unique plante de la forteresse

Souvenir du bon vieux temps des cinés-clubs

Quand nous étions petits, disons dans les années soixante/septante, dans ce bon vieux temps où les ciné-clubs permettaient de découvrir que le cinéma avait une histoire, jalonnée par des films immenses, « La grande illusion » était un juste objet d’admiration. Et puis, il arrive même qu’aujourd’hui, de jeunes cinéphiles connaissent la grandeur d’un Jean Renoir

Alors, quand apparaît sur un petit écran, coulant du robinet à images ouvert souvent vingt-quatre heures sur vingt-quatre, par hasard et sans que rien n’attire sur lui l’attention, un film comme « La grande illiusion », il faut en profiter. Ce qui fut fait le mercredi 3 décembre 2104 sur RTS2, mais entre 22h55 et 00h50, en un temps qui égare la moitié du public quand sonnent les douze coups de minuit.

Marcel Dalio, Jean Gabin et Pierre Fresnay, trois officiers français prisonniers des Allemands dans "La Grande illusion" de Jean Renoir ( 1937)

Marcel Dalio, Jean Gabin et Pierre Fresnay, trois officiers français prisonniers des Allemands dans « La Grande illusion » de Jean Renoir ( 1937)

 

23 :53 : pub !!!

Au beau milieu d’une projection d’un film qui tisse entre le spectateur et le film des liens de sensibilité, de complicité, voici, avec une exquise délicatesse, une plage publicitaire A vous faire détester les annonceurs, qui ne sont pas responsables de cette règle interne qui permet de couper un film par la pub. Les responsables de la programmation devraient parfois prendre l’initiative de renoncer à cette publicité dont le rendement ne  représente que le quart du budget annuel de la SSR-SRG. Gâtés, les fidèles de ces publicités suisses si séduisantes dans leur mixture à double culture peuvent alors s’en aller, comblés, au dodo. Les admirateurs de Renoir disposent encore d’une heure pour se remettre dans le film. Ce genre d’interruption est un manque d’élégance. Mais peut-on parler d’élégance quand la RTS ressemble alors beaucoup trop à Tf1 et M6 !

Priorité à Delon

Sans surprise, le chef-d’œuvre de Renoir en noir/blanc qui aurait très bien pu être inscrit dans l’ensemble des émissions rappelant la guerre de 14-18 est rejeté à des heures où les spectateurs sont rares sur la seconde chaîne qui ne représente qu’au mieux le quart de l’audience globale. Bien entendu, à l’heure de relativement grande écoute, entre 21 et 23 heures, place est faite le même soir à un produit de consommation tout à faite courante, « Le battant » (1983), en couleurs, avec un acteur tellement plus important que ceux de Renoir. Alain Delon ne fut grand acteur sous la direction de Luchino Visconti, Jean-Pierre Melville, Alain Cavalier, Joseph Losey, Michelangelo Antonioni, Valerio Zuirlini ou même Henri Verneuil, Jacques Deray, Pierre Granier-Deferre, tous tant qu’ils sont nettement supérieurs au réalisateur de ce « battant » …. Un nommé Alain Delon

Au niveau programmation, dans le choix des heures de diffusion, il serait possible sans se torturer, de faire parfois un petit peu mieux.

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