The Knick : une réussite

Une affiche "promotionnelle" de "The Knick", le Dt Tharkery dans une posture presque "mystique

Une affiche « promotionnelle » de « The Knick », le Dt Tharkery dans une posture presque « mystique

Chose rare : une « VOST »

 Il fallait, bien entendu, suivre régulièrement « The Knick » , une production de HBO, en version originale sous-titrée, trois semaines seulement après la sortie américaine et quelques jours après son apparition en France sur la chaîne spécialisée OCS City. Enfin une programmation audacieuse d’une série par la RTS. Il faut en effet remonter dans le temps une vingtaine d’années pour se souvenir d’une autre série en version originale sous-titrée, celle de Dream One  qui racontait les déboires en amours de Martin Tupper avec extraits de films américains des années 30-50, un régal aussi pour les cinéphiles. Et c’était déjà HBO !

Que cette audace coïncide à quelques jours près avec l’apparition de « Netflix » en Suisse est un pur hasard, bien entendu. La RTS n’a rien à craindre de ce nouveau rival sur le marché des fictions puisque tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ! Enfin, presque

Le racisme de Thackery

Réaction alors d’emblée positive et cela fut écrit dès le premier épisode. Un peu de peine, ensuite, pour faire vraiment connaissance avec les personnages. Certes, les visages sont inscrits dans la mémoire, mais la mienne n’a jamais été très habile à retenir noms et prénoms. Fonctionne alors un frein : qui est- ce ? Mais au gré de épisodes, les personnages sont devenus suffisamment présents pour pouvoir suivre leur évolution, comprendre leurs comportements, se demander dans quelle mesure il vont être capables d’en changer. C’est ainsi que le Dr Thackery va mettre un frein à son racisme, conscient du dévouement social du dr Edwards– l’hôpital quasi-clandestin installé des les sous-sols du Knickerbocker – que de ses compétences professionnelles. Restera entre eux une sorte de rivalité-compétition qui va contribuer à faire faire des progrès à leurs gestes chirurgicaux.

The KNICK - HBO - DR John Thackery ( Cline Owen), avec sa petite valise qui resssemble à celle d'un généraliste d'aujourd'hui !

The KNICK – HBO –
DR John Thackery ( Cline Owen), avec sa petite valise qui resssemble à celle d’un généraliste d’aujourd’hui !

 On aura beaucoup insisté sur les scènes d’opérations avec chairs incisées et sang qui dégouline, en effet difficiles à supporter. Elles seules expliquent la présence du logo rouge. Ces interventions ont lieu dans un auditoire avec public de médecins qui n’assistent pas à un spectacle mais participent à un cours de formation en chirurgie au début des années 1900.

Le coût de la médecine

La chirurgie, la médecine, l’existence même d’un hospital, ont un coût. Edison peut bien inventer un appareil à rayons x : l’équipement n’est pas gratuit. Les anti-douleurs n’existent pas : on se sert de morphine parfois rare sur le marché. Herman Barrow doit se battre pour trouver des fonds. L’évêque onctueux ne peut rien donner, les charges de ses hôpitaux catholiques étant trop Lourdes. Le “mécène” refuse sans véritable raison une aide supplémentaire. Il est donc aussi question de la gestion d’une entreprise.

Des individus douteux vendent des corps à autopsier. Un couple va-t-il adopter le bébé qui lui propose soeur Harriet qui s’occupe de meres célibataires? Les services de la santé qui luttent contre le risque de choléra. C’est un tribunal qui doit libérér une cuisinière qui est peut-être porteuse de la maladie. A travers des cas individuels, ce sont les problèmes d’une société qui s’inscrivent.

La délicieuse infirmière Lucy Elkings va tomber amoureuse de l’insupportable Tharkery sans voir que Bertie est amoureux transi d’elle.

The Knick - Steve SODEBERGH Dr Bertie Chickering  Michael Arganon) et Lucy Elkins ( Ewa Houson), l'infirmière dont il est amoureux.

The Knick – Steve SODEBERGH
Dr Bertie Chickering Michael Arganon) et Lucy Elkins ( Ewa Houson), l’infirmière dont il est amoureux.

La reconstitution de la ville

Dans les rues animées de New-York passe l’“ambulance”. On y côtoie la pauvreté, celle surtout des populations noires Des échoppes, un restaurant de luxe, un établissement de stupre , des appartements confortables sont brillamment reconstitutes. C’est toute une société urbaine du début du XXe qui revit sous nos yeux avec une élégante présence spectaculaire.

En John Thackery s’inscrit bien la synthèse d’une société et de ses contradctions. Raciste, mais il cessera de l’être, amoureux, il restera insupportable. Génial dans ses inventions et trouvailles professionnelles, il reste dépendant de drogues, cocaïne et morphine, pour s’évader de lui-même. Il est tout et son contraire, repoussant et attachant. “The Knick” possède bien les qualités qui inscrivent cette série dans le haut de gamme.

Les épisodes un par un

Il faut aussi insister sur ce délicieux plaisir qui permet de déguster la série épisode par épisode. Les regrouper deux par deux comme cela se fait un peu partout, c’est reconstituer la séance de cinema avec entr’acte. Mais la durée et la sensation du temps qui passe ne sont pas les mêmes dans une chambre d’où l’on peut s’échapper, déjà du regard, que dans une salle obscure.

Tout épisode d’une série récurrente se termine sur une question ou une attente, qui doivent exciter l’attention et nourrir l’envie de savoir la suite. Les impatients adoptent une autre attitude : ils se débrouillent pour voir autant d’épisodes qu’ils veulent d’un seul coup, là où ils savent très bien les trouver. Et ce n’est pas après 23h00 sur de RTS. Ils évoluent dans la grisaille de l’illégalité. Offrir des séries à forte valeur ajoutée en version originale sous-titrée est peut-être une bonne réponse aux exigences d’un jeune public.

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