De Netflix à « P’tit Quinquin » en passant par « The Knick »

Quelques remarques sur  « P’tit Quinquin » (17.09.14 – 19:00 – ci-desous, point 2)

Ceux qui, à ARTE, ont pris le risque de faire naître en toute liberté « P’tit Quinquin », série vraiment remarquable, « géniale » peut-être, rare à coup sûr, doivent savourer d’excellentes nouvelles : un million et demi de téléspectateurs, jeudi  18 septembre dès 20h45, qui représentent un part de marché de 6,3 %, beaucoup plus grande que la moyenne habituelle de la chaine franco-allemande. Pour le 2ème épisode, dès 21h40, il y a encore 1.2 million de personnes, pour 5,5 % du marché. C’est la 5ème meilleure audience de la chaîne en 2014. 36’000 visionnages du premier épisode ont été faits en « replay » – un peu plus de 2 % en séance de rattrapage (20.09.14- 10:00)

A ne pas manquer, « Ainsi soient-ils », saison 2 !!!!!

Après un très bonne première saison, voici une deuxiéme (Arte, le commanditaire, aurait déjà passé commande pour une troisième !), en priorité sur RTS1. La deuxième saison doit forcément s’inscrire dans le sillage de qualité de la première. Sur la RTS, projection entre 22h50 et 00h40. Sur ARTE, entre 20h50 et 22h35 environ ! Deux conceptions différentes pour la diffusion d’une série récurrente de haut de gamme à forte valeur ajoutée! Et voici au moins une image pour compenser mon manque d’attention ! (19.09.14 – 14h00)

Ainsi soient-ils  -Saison 2 Sur RTS 1 dès le vendredi 19 septembre à 22h50. sur ARTE dès le 2 jeudi octobre dès 20u50 Sur ARTE dès

Ainsi soient-ils -Saison 2
Sur RTS 1 dès le vendredi 19 septembre à 22h50.
sur ARTE dès le 2 jeudi octobre à 20h50

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1/ C’est quoi, « Netflix » ?

Une imposante société américaine de vidéo à la demande arrive, dès aujourd’hui, sur les marchés d’Autriche, de Belgique, d’Allemagne, du Luxembourg, de France et de Suisse. Un événement ? Il se pourrait que cette apparition grignotte peu à peu des parts de marché aux diffuseurs traditionnels.

Plutôt que de fournir des informations détaillées sur le fonctionnement de « Netflix », voici quelques « chiffres ».

Pour les amateurs de séries tentés par le haut de gamme, donc séries en majorité récurrentes, « Netflix » est la société à qui l’on doit la production d’un succès mondial, « House of cards ».

Frank et Claire Underwood ( Kevin Spacey et Robin Wricht ) dans "House of cards", une série de David Fincher, entre autres créateurs, produite par Netflix

Frank et Claire Underwood ( Kevin Spacey et Robin Wricht ) dans « House of cards », une série de David Fincher, entre autres créateurs, produite par Netflix

En 2007, pour 7,99 dollars par mois, « Netflix » offre à ses abonnés l’accès à des films et des séries en *streaming ». En 2010, la société compte aux USA quinze millions d’abonnés. Son chiffre d’affaires annuels est donc d’environ 1 milliard et demi de dollars. L’action vaut environ 300 dollars.

En 2014, l’abonnement mensuel passe de 7,99 dollars par mois à 8,99. Il y a maintenant près de 50 millions d’abonnés dans le monde. Le chiffre d’affaires annuel tourne dès lors autour de cinq milliards de dollars. Et l’action vaut environ 480 dollars.

Cela ne donne aucun détail sur les offres de « Netflix ». Mais voici une première idée de sa puissance financière.

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2/ P’tit Quinquin : série de haut de gamme

Pour qui continue de suivre la télévision sur son téléviseur, s’il de plus est amateur de série placée dans le « haut de gamme », cruel embarras au soir du jeudi 18 septembre : faut-il suivre les deux premiers épisodes de la 2ème saison de la série « Elementary » (RTS1 dès 21h10), fort réussie transplantation de Sherlock Holmès à New-York de nos jours avec un Watson au féminin, sans histoire d’amour, ou le « P’tit Quinquin », une splendide réussite de Bruno Dumont, sur proposition d’ARTE lui laissant toute liberté (dès 20h50) ?

Bernard Pruvost, interprète non-professionnel de l'enquêteur Van der Weyden dans "P'tit Quinquin" de Bruno Dumont (Photo Arte)

Bernard Pruvost, interprète non-professionnel de l’enquêteur Van der Weyden dans « P’tit Quinquin » de Bruno Dumont (Photo Arte)

Réponse personnelle : ce sera « P`tit Quinquin », vu une première fois au NIFFF à Neuchâtel, sur grand écran. On peut aujourd’hui faire un chef-d’oeuvre qui n’est destiné qu’au petit écran. C’est le cas pour la France et l’Allemagne. L’accueil, à Cannes en mai, fut excellent. »P’tit Quinquin » aurait même été vendu pour plusieurs pays comme n’importe quel film.

Etonnante réaction à propos de ce film: les « Cahiers du cinéma », revue souvent hautainement cinéphile, là où dans les années 50, sous l’égide d’André Bazin écrivaient les Godard, Truffaut, Rohmer, Chabrol, Doniol-Valcroze et autres,  pas très portée sur les séries même en haut de gamme, dans le numéro de septembre 2014, lance en sa page de couverture « La bombe P^tit Quinquin ». Suivent une vingtaine de pages, autour de « C’est quoi c’bordel?! », « L’usure du monde », « Le temps des clowns », « La puissance de feu du comique » (un long entretien avec Bruno Dumont).

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Dans le « Ciné-Télé Obs » (du 13 au 26 septembre 2014), voici aussi un entretien avec Bruno Dumont, et le plaisir de le citer pour donner quelque indication sur ses « tendances ». A la question « Etes-vous amateur de séries ? », il répond :

(,,) J’ai aussi été très impressionné par « La maison des Bois », la série de Pialat. Aujourd’hui, si je tombe sur un truc comme « Les experts », je vais arrêter au bout de quelques minutes, En revanche, j’ai regardé entièrement « Top of the lake » et çà a fini par me plaire. Il y a, dans la série, une orchestration polyphonique qui correspond bien à ma philosophie anti-monothéiste.(..) Le cinéma est un vieux truc. Aujourd’hui, tout le monde peut faire de la série…L’annonce d’une révolution ».

Bruno Dumont est un cinéaste français dont les films ne sont guère accessibles. En étant presque simpliste, on peut dire qu’il y a en lui du Dreyer ou du Bergman. Il a tourné presque tous ses films dans le Nord de la France, les pieds dans la terre. Dans « P’tit Quinquin », il y a des meurtres et un tueur en série, mais les cadavres se trouvent à l’intérieur d’une vache. On est en plein drame paysan. L’enquête est bizarrement menée, l’humour oscille entre l’absurde et la provocation. On rit beaucoup, à condition d’avoir compris qu’on ose. Et le petit couple de 12/13 ans, semble parler comme un duo d’ados de dix-huit ans. Ce film, ancré dans la réalité, parfois d’esprit documentaire, s’inscrit parfaitement dans l’oeuvre de Dumont. Pas certain de savoir m’expliquer sur cette remarque plus intuitive que rationnelle.

Holmès (Johny Lee Miller) et Watson (Lucy Lee) enquêtent à .. New-York ( Photo RTS)

Holmès (Johny Lee Miller) et Watson (Lucy Lee) enquêtent à .. New-York (« Elementary, saison 2) ( Photo RTS)

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 3/ The knick

  « The Knick » est une série écrite par Michael Begler et Jack Amiel, produite par « Cinemax », une chaîne à péage américaine qui fait partie du groupe HBO. Steven Soderbergh, grand cinéaste, signe la mise en scène des dix épisodes de 52 minutes de la première saison. Il apparaît aussi parmi les co-producteurs de la série, tout comme Clive Owen, qui incarne le Dr John Thackery.Aux USA, les séries sont en général proposées épisode par épisode, le suspens particulièrement soigné pour provoquer une réelle impatience de voir le suivant. La sortie américaine date du 8 août 2014.En France, le lendemain, OCS City, une chaîne spécialisée dans les séries qui fait partie du groupe Canal +, le proposait à ses abonnés, en version originale.
Sur la RTS en VOST
La RTS montre la série, épisode par épisode, contrairement à ses habitudes qui marquent la préférence pour des duos et parfois même des trios, dès le lundi 1 septembre, aux alentours de 23h00, un horaire réservé en partie aux séries les plus intéressantes.Cette série historique, qui se déroule à New-York en 1900, dans et autour d’un grand hôpital, le « Knickerbocker », est proposée en VOST, version originale avec des sous-titres français. Ce n’est pas dans les habitudes de la RTS dont certains responsables des programmes ont souvent affirmé que le grand public romand ne s’intéresse pas tellement aux séries historiques et rejette les sous-titres.
.The Knick (RTS/HBO) En cours d'opération, mais avant que ne gicle le sang, la chirurgie en 1900 forcément pas très moderne
Pourquoi cette offre rapide ?
Cette offre de la RTS lui permet ainsi de montrer « The Knick » en première francophone, trois semaines seulement après la sortie américaine et dans des conditions inhabituelles. Il faut féliciter la RTS de cette programmation audacieuse, même s’il est possible que les parts de marchés ne soient pas géantes. Mais la moyenne annuelle est presque assurée par le succès du mondial de football!Dans cette programmation rapide, faut-il voir une réponse donnée à Netflix, une offre payante à la demande, qui s’installe dès mi-septembre en France et semble-t-il aussi en Suisse ? La RTS veut-elle séduire une partie du jeune public qui consomme bon nombre de séries par des moyens plus ou moins légaux dès leur sortie américaine, avec des sous-titres hâtivement proposés ?
Dans le haut de gamme !
La vision du premier épisode, lundi dernier, permet d’affirmer tranquillement que « The Knick » prend d’emblée place dans ce haut de gamme qui retient depuis longtemps notre attention, dans la tranquille certitude que la notion de valeur ajoutée est difficile à contester.La diversité des problèmes soulevés, pas seulement dans le monde de la chirurgie, la richesse des personnages qui s’imposent dès les débuts, la qualité de la mise en scène plaident en faveur de cette série mise rapidement en valeur par la RTS.Donc à suivre….

Une réponse à to “De Netflix à « P’tit Quinquin » en passant par « The Knick »”

  • Genoud:

    The Knick est pour moi une bonne série, originale et bien ficelée. Révélatrice de l’ambiance dans ce pays de « rêves »!

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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