Abrams, Jeffrey Jacobs

Dans les « Cahiers du cinéma » : de “Super Huit” à “Fringe”

Couverture des « Cahiers du cinéma », no 669 ( juillet-août 2011 ) : le 8 de « Super huit : J.J.Abrams sur les épaules de Spielberg » avec une vingtaine de pages abordant sept sujets. On y apprend que le producteur Bryan Burk du blockbusker « Super huit » a rencontré Abrams quand il avait quinze ans alors que tous deux jouaient avec le petit format de la pellicule la moins coûteuse. Et celui qui est devenu l’opérateur du film, Larry Long, a rencontré, lui, Abrams quand il en avait douze. Les gosses qui alors s’amusaient à faire en super 8 des petits films de zombies et d’horreur, dans les années quatre-vingt, se retrouvent dans l’équipe d’un des plus réussis blockbuskers d’auteur en 2011. Et le petit film superhuit qui accompagne l’interminable générique de fin doit beaucoup ressembler à un film d’adolescents des années 80. L’occasion est bonne de signaler qu’avec de telles contributions, les « Cahiers du cinéma » nouvelle équipe sont peut-être en train de renouer avec la meilleure veine des années 1955-1965 quand y sévissaient sous André Bazin des Godard, Chabrol, Truffaut, Rohmer, Rivette, Doniol-Valcroze et quelques autres.

La série « Fringe »

Fringe

Olivia et son reflet - Fringe - saison 3 - Le marionnettiste

Le polyvalent Abrams est ainsi scénariste et chef d’équipe de concepteurs de séries ( « Felicity », « Alias », « Lost », « Fringe » ), réalisateur, acteur, producteur, compositeur ( musiques de génériques de certaines séries). On n’ira pourtant pas jusqu’à écrire que ses deux premiers longs-métrages, « Mission impossible 3 » et « Star Trek 1 », portant à l’écran l’univers de séries télévisées, ont marqué à tout jamais l’histoire du cinéma ; loin de là. Oui, mais Abrams s’est mis à prendre de l’importance avec son travail dans les séries pointues avant « Super Huit » ! Deux images et trois pages attirent l’attention sur « Fringe », que je n’avais pas pris en compte avant ce début d’août 2011.

Le programme du robot de la TSR »

Ni une, ni deux : me voici au mercredi 27 juillet 2011 sur TF1 pour y découvrir deux numéros de la troisième saison, « Candy man » et « Le retour », en projection tardive entre 23h00 et 01h00. Intéressant, à tout le moins ! Alors, c’est très attentif que je suis revenu pour prendre rendez-vous avec les nos 9, 10 et 11 de la troisième saison, cette fois sur TSR 2, « Le marionnettiste », « Réactions en chaîne » et « De l’homme à la machine ».

Il est vrai que l’on se trouve alors dans la programmation en opposition pratiquée par la TSR qui pourrait  la confier à un robot. Il suffit d’introduire les programmes les chaînes françaises qui ont aussi acheté ces séries pour décider de faire passer chaque numéro juste avant la France, au moins un jour. Comme si, en pleine nuit, il y avait tant de monde pour une première sur la TSR et personne après sur TF1 ! Question au robot : quelle serait l’influence d’une série montrée en seconde vision à la TSR sur l’audimate annuel romand ? Un centième, autrement dit 0.01 ? En attendant, on se laisse guider par le grand voisin. Et quand c’est par TF1 qui fait n’importe quoi, cela devient pénible ( cf à ce propos la manière de présenter « Les experts » dans n’importe quel ordre, ou « Dr House »).

Trois numéros d’un série de grande classe, entre 23 heures et plus d’une heure du matin, c’est un sabotage de leur qualité. Et bien entendu, il faut supporter sur TF1 que la publicité s’installe à l’intérieur d’un numéro, même pas entre deux !

Fringe

La photo de famille des personnages principaux de la Saison 3 de “Fringe”

L’ “Autre Monde » avec Olivia et son double

Et c’est ainsi que j’aurai découvert une petite merveille, le mardi soir 2 août, avant de m’en aller, le mercredi à la première séance de l’après-midi, découvrir sur grand écran « Super Huit ».

Dans « Fringe », il y a certes une histoire étrange par numéro. Mais les principaux personnages continuent d’évoluer tout au long d’une saison. Agente du FBI, Olivia Dunham enquête dans notre monde de la réalité. Mais elle a aussi été transportée dans un monde virtuel. Peter Bishof, fils d’un savant « fou » prêt à toutes sortes d’expériences qui permettent de passer du réel au virtuel, est amoureux d’Olivia. Mais il a aussi rencontré une autre Olivia, son double; et peut-être l’a-t-il aimée. Que la première l’apprenne n’ira pas sans complications. Voilà de quoi ouvrir une interaction, parmi d’autres, entre les deux mondes.

Le marionnettiste

Fringe

Le tueur se prépare à prélever minutieusement les yeux transplantés

Etrange, le sujet du « marionnettiste ». Un tueur découpe avec minutie, propreté et respect le cœur d’un homme. Les enquêteurs de ce monde, à partir de la comparaison avec un autre meurtre, se rendent compte que dans les deux cas, un organe greffé aura été prélevé sur le cadavre. La personnalité d’une jeune femme de dix-sept ans, qui s’est suicidée, prend le dessus : le tueur en veut à ceux qui ont bénéficié de ses organes. On assistera en cours d’épisode au prélèvement sur leur porteur des yeux de la donneuse. Dès lors, il devient possible de montrer ce qui se passe chez le tueur en série. Celui-ci veut rendre vie à la jeune fille décédée. Il la reconstitue dans son laboratoire. La voici avec ses membres liés dans une sorte de cacophonie de cordes. Le tueur, derrière son pupitre, manipule ces cordes : la jeune fille se met à se déplacer et, mieux encore, à danser avec l’éclatante beauté de sa jeunesse. Pour le marionnettiste, la réussite est là : l’avoir fait revivre, un instant au moins, dans la splendeur des mouvements de la danse.

Fringe

Olivia et Peter rendent visite à la dernière victime du tueur, qui n’a pas eu besoin de tuer pour prélever les yeux transplantés

Belle idée, poétiquement rendue par la mise en scène, qui inscrit dans un numéro d’une série un moment d’émotion, de magie. Et ce n’est pas le seul !

« Super huit »

Le blockbusker réussit la fusion de deux désirs. D’une part, Abrams rêvait de filmer un accident de chemin de fer le plus spectaculaire possible. Mais voilà dans le train qui déraille une créature d’un autre monde qui parvient à s’échapper. L’armée intervient. Et l’on se demande bien pourquoi un brave professeur a su provoquer ce déraillement.

Super 8

Le tournage du vrai film superhuit (photos universal)

En même temps, une bande de gosses de 12/13 ans tourne dans une petite gare un film d’horreur. Ils assistent à l’accident. Entre les membres de l’équipe, les liens sont étroits. Le metteur en scène en veut à son maquilleur qui s’intéresse à la fillette qui joue le seul personnage féminin important. Joe et Alice vont s’aimer avec la fraîcheur des amours enfantines imbibées de timidité. Joe a perdu sa mère et vit avec son père qui veut lui imposer de rester dans le conformisme bourgeois. Alice est en révolte contre son père qui sacrifie trop à l’alcool. Chacun à sa manière est malmené par la vie.

Là aussi vient l’envie de citer deux scènes. Joe fait son travail de maquilleur qui doit transformer le visage d’Alice. L’occasion est belle pour lui de pouvoir toucher son amie. Ses gestes sont d’une fraîcheur, d’une élégance, d’une retenue immenses. Ils finissent par exprimer une intense tendresse amoureuse.

Super 8

Alice et Joe observent attentivement une sorte de cube de rubik peut-être venu d’un autre monde

Autre splendide moment : Joe assiste à la construction d’une fusée métallique qui va ramener la « chose » dans son monde à elle. Il lui parle avec une indicible douceur. Le regard du monstre devient étrange, de la beauté d’yeux qui semblent approuver ce que Joe raconte. Le réalisateur a inséré dans cette “chose” par un trucage formel les yeux de la mère de Joe, celle que l’on voit sur la photo que le fils garde précieusement. Autre moment de grande force d’émotion dans ce film!

Super 8

Alice et Joe avec leurs pères respectifs : voir vers ailleurs…

La danse dirigée par le marionnettiste, un visage à maquiller, le regard d’une « chose » d’un autre monde : trois exemples de douceur par la mise en scène qui conduit à recevoir de grands moments d’émotion insérés dans des élans spectaculaires.

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