« Apocalypse » : la première guerre mondiale

AMOUREUX DES SERIES : à ne pas manquer, LES REVENANTS, assurément une des meilleures séries françaises jamais réalisée, enfin sur RTS 1, les vendredis soirs dès 22h50, en duos. La télévision d’après-minuit vous fait peur ? On peut voir et revoir pendant sept jours ces « Revenants » en cliquant sur

http://www.rts.ch/video/plus7/series/

Prochaine distribution d’éloges ! (fyly – 22.04.14- 08h00)

==========================================================================================

 Il y a quelque chose d’un peu étrange dans le fait de revenir sur des événements tragiques lors d’un « anniversaire », notion plutôt associée à des moments qui devraient être heureux. Mais cela appartient aussi à un devoir de mémoire. En une vaste fresque composée de cinq épisodes, France télévision, associée entre autres à la RTBF et RADIO Canada, revient sur la guerre de 14-18 ( les mardis 18 et 25 mars 2014, ainsi que le 1 avril). Les génériques de fin défilent souvent rapidement : j’ai crû lire la présence de la RTS dans la liste des partenaires qui ont à tout le moins procédé à un pré-achat.  France 2 propose pourtant cette série avant la Suisse romande, mais après la Belgique.

Apocalypse :l'affiche de la série Costelle-Clarke Iimages trouvées sur le site de France

Apocalypse :l’affiche de la série Costelle-Clarke. (Images trouvées sur le site de France 2)

L’indication des sources

De grands moyens ont été déployés pour cette fresque, des centaines d’heures de documents ont été visionnées. Ceux obtenus auprès de l’ECPAD (Etablissement de Communication de la Production Audiovisuelle de la Défense) représentent une soixantaine de minutes, un peu moins du quart de l’ensemble. C’est dire si les sources sont nombreuses. Dans l’introduction à la série, il est fait mention d’actualités authentiques ou même de reconstitutions. Voilà un premier problème intéressant si l’on se place dans une perspective historique : l’indication de sources. Dans un fort bon document qui se rapproche d’une démarche créatrice, la RTS a pris soin de distinguer ce qui était documents d’actualités des reconstitutions (« Les coulisses de l’événement : la vengeance de Khadafi – 26 février 2014), démarche de simple honnêteté intellectuelle.

Colorisation

C’est évidemment au montage que l’on atteint le but visé : « Apocalypse » est l’équivalent « blockbusters » du cinéma américain. Mais une saison télévisée comme « Games of thrones » appartient aussi à ce genre. Différence : le grand spectacle se met ici à disposition d’une approche historique. Mais grand spectacle il y a. Les actualités anciennes étaient en noir-blanc, prises de vues faites avec des équipements lourds qui ne permettaient pas en général de s’immerger dans les combats. Il y a remise au goût du jour par une suite d’artifices techniques de deux ordres, visuel par la colorisation et sonore.

"Apocalypse, 14-18" : image légérement coloriée...

« Apocalypse, 14-18 » : image légèrement colorisée…

Les techniques modernes permettent de donner des couleurs aux images, autrement dit de les inscrire dans l’attente du public du petit écran qui aurait tendance, paraît-il, à s’enfuir devant le noir/blanc. Certains commentateurs affirment que cette colorisation a pour but de retenir le jeune public. Affirmation contestable ? Cette adjonction de la couleur est d’ailleurs bien faite, en évitant les excès criards, comme si une certaine patine du temps existait. Mais le procédé même de colorisation, qui n’en était pas ici à sa première, a été parfois, et même vivement, contesté.

La bande sonore

Le son direct, bien sûr, n’existait pas durant la première guerre mondiale de 14-18, donc pas de son authentique associé l’image. Peut-être parfois de sons qui n’ont rien à voir avec l’image, par exemple l’enregistrement de certains discours. Toute la bande sonore est ainsi recomposée, par des bruits additionnels d’une part, par la musique de l’autre. Il semble même, à en croire un confrére, que certaines parties musicales de « Le première guerre mondiale » sont reprises ou à tout le moins ressemblent à celles de la série signée par la même équipe et consacrée à la seconde guerre mondiale. Sur la bande sonore, il ne reste plus que le commentaire écrit par les auteurs, le duo Daniel Costelle, historien et écrivain et Isabelle Clarke, réalisatrice. Mais il s’est trouvé quelque feuille « people » pour mettre en avant Matthieu Kassovitz, acteur qui n’apporte que son excellente diction pour associer aux images et aux sons un fort bon commentaire.

" 14-18" : la guerre, photo noir/blanc !

 » 14-18″ : la guerre, photo noir/blanc !

Donc « Apocalypse », série de documentation, obéit aux règles de la fiction audiovisuelle par les artifices des reconstitutions techniques. Est-ce à rejeter pour autant ? Pas du tout, mais mieux vaut ne pas être dupe de la démarche de spectacularisation faite bien entendu pour retenir l’attention du public le plus large possible. A la télévision, la recette, c’est le nombre qui repose sur les mesures de parts de marché en milliers de spectateurs ou d’heures de visionnement.

MDSL

Reste que l’ensemble est tout de même un apport à la transmission des événements de l’Histoire pour informer les jeunes générations pour lesquelles la guerre mondiale d’il y a un siècle ne signifie rien et donner des informations à ceux pour qui certains événements sont inscrits en mémoire. L’ampleur du massacre, les souffrances qui n’étaient pas effacées quand la guerre reprit en 1939 sont utilement rappelées. Le premier épisode renvoie à la responsabilité des souverains de différents pays avant la déclaration de guerre. Ensuite, ce fut à leurs « sujets » d’en payer le prix, ces souverains alors remplacés par des chefs de guerre dont certains furent, eux, des MDSL ( mort-dans-son-lit) ! La souffrance n’était pas souvent installée dans les cours, les états-majors et chez les marchands de canon.

Philippe Pétain, né en 1856, général puis maréchal de France,  "héros" de 14-18- Après ? Ce fut une autre page d'Histoire. MDSL en 1951.

Philippe Pétain, né en 1856, général puis maréchal de France,
« héros » de 14-18- Après ? Ce fut une autre page d’Histoire. MDSL en 1951.

Le fait que ce soit une co-production entre la France, la Belgique et le Canada implique naturellement le rappel de ce qui s’est passé durant cette guerre en Belgique (surtout durant les premiers mois) et de prendre en considération le rôle des troupes venues du Canada. A souligner aussi la juste présence des combattants d’Afrique noire qui ont été mis au service de la France coloniale. En résumé : une intéressante série historique sous une forme très spectaculaire ; peut-être même un peu trop.

3 réponses à to “« Apocalypse » : la première guerre mondiale”

  • Bedoni Nicole:

    J’ai suivi avec un intérêt soutenu cette série. Il est vrai que les fronts de l’Est et du Sud ont été un peu délaissés, mais comme expliqué ci-dessus, les tv des pays concernés n’étaient pas parties prenantes de la série. Par contre, jamais l’expression « chair à canon » n’a été si juste et nombre de généraux aux uniformes impeccables mériteraient d’être dégradés – à titre posthume aujourd’hui – pour rendre justice à tous ces pauvres poilus qui ont laissé la vie, via l’ennemi ou via des exécutions pour refus d’obéissance.
    Je n’avais pas très envie de regarder la série, mais je suis contente de m’être un peu forcée au départ, car je pense qu’il s’agit aussi – là – d’un devoir de mémoire et/ou d’acquérir une partie de l’histoire de l’Europe que je connaissais mal.

    • duval arlette:

      je viens de lire votre commentaire pour cette émission et ai apprécié la façon dont vous avez conclu sur la triste expérience qu’ont vécu certains hommes sans savoir ce qui les attendait. Pour ma part je n’ai pas pu regarder cette série. Les faits relatés m’auraient fait revivre des périodes trop difficiles car mon grand-père a raconté dans ses mémoires ce qu’il a enduré lors de la guerre 14.18. Il est revenu handicapé mais aucun revenu du gouvernement pour faire vivre sa famille. Mais il nous a laissé l’espoir que cela ne devait plus arriver. Donc soyons heureux actuellement de ce nous possédons.

      • BEDONI Nicole:

        Ce n’est que par hasard que je découvre votre réponse. Mon grand-père était aussi combattant en Italie du nord et je me suis souvent demandé comment ma grand’mère avait fait pour nourrir ses 2 enfants pendant toute la guerre, alors qu’elle vivait à Genève. Décédé lorsque j’étais très petite, je n’ai jamais pu lui parler de cette horreur et je sais seulement que – peu avant sa mort alors qu’il était à l’hôpital de Genève, il se fâchait lorsqu’il entendait les avions…de la guerre 39 – 45.

Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

Derniers commentaires
Catégories
Archives