« Top of the lake »

 Comment programmer une série récurrente

Cinéma et télévision confondus, « Top of the lake », la série de Jane Campion s’inscrit parmi mes dix meilleures découvertes d’œuvres audiovisuelles en 2013.

Il ne s’agit pourtant pas aujourd’hui d’en vanter les qualités. Pour ce faire, on peut avantageusement consulter un dossier proposé par wikipédia : A lire ici !

Tout aussi intéressant, on peut suivre un entretien avec Jane Campion : A voir ici !

Notre approche de ce jour est différente : elle revient à s’interroger sur les principes de la programmation des séries récurrentes et de la surprenante solution choisie par ARTE.

Les six illustrations sont empruntées au site d’ARTE, les légendes de fyly.

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 Depuis des mois déjà, on entendait parler de cette série de six épisodes signée d’une grande réalisatrice de Nouvelle-Zélande, Jane Campion, connue du monde des cinéphiles et peut-être même d’un assez grand public pour sa « Leçon de piano », Palme d’Or à Cannes en 1993. Avec beaucoup d’autres, Maurice  Pialat, Lars von Trier, David Lynch, Martin Scorsese, David Fincher, tout récemment Dominik Moll ( avec « Le Tunnel » actuellement sur « CanalAlpha » ), grands cinéastes reconnus comme auteurs, elle a rempli un rôle nouveau dans la création audiovisuelle, que les américains nomment « Showrunner ».

Elisabeth Moss ( Robin Griffin) et jacqueline JOE (Tui Mitchan)

Elisabeth Moss ( Robin Griffin) et Jacqueline JOE (Tui Mitcham). Tui, douze ans, enceinte, disparait au chapitre 1, reste constamment présente dans son absence, et réapparaît au chapitre 6, bien différente de celle que l’on attendait…

La curiosité d’Arte

Arte a compris l’intérêt des séries haut de gamme en ayant su faire place à des expériences scandinaves, israéliennes, néo-zélandaises, ou même en offrant ses propres productions, comme « Ainsi soient-ils ».

En principe, entre « Arte » et la « SSR-SRG » existent des liens souvent étroits, les deux diffuseurs se trouvant assez souvent partenaires dans la co-production de documents de création. Des collaborateurs des entreprises suisses ont maintenant des contacts assez réguliers avec des collègues danois. Il est dès lors étonnant que « Top of the lake » n’ait pas retenu l’attention « notre » télévision. Comprenne qui pourra quelque chose de la politique d’achat ou de pré-achat des responsables de la RTS.

Véritable "personnage" de la série, le paysage, dans lequel Robin (Elisabeth Moos) semble perdue - top of the lake

Véritable « personnage » de la série, le paysage, dans lequel Robin (Elisabeth Moos) semble perdue…

Etrange diffusion en rafale sur Arte

Les jeudis 7 et 14 novembre 2013, Arte, dès 20h45 a présenté l’ensemble de la série en deux fois trois épisodes, sans coupures publicitaires. Mais il n’est pas aisé de rester scotché devant son écran  durant presque trois heures, le générique de fin du troisième (ou sixième) épisode apparaissant peu avant minuit.

Par contre, il est agréable d’avoir pu découvrir cette série sur ARTE autrement qu’en nocturne. Il est fort probable que si la RTS avait signé un contrat de diffusion lui assurant un passage avant ARTE, le noctambule romand serait entré dans le jeu vers 23 heures pour en finir à 02h00 ( trois par trois ) ou à 01h00 ( deux par deux).

Encore Robin(Elisabeth Moos) cette fois un peu comme prisonnière de la végétation, dans la forêt inquiétante où se cache Tui Top of the lake

Encore Robin(Elisabeth Moos) cette fois un peu comme prisonnière de la végétation, dans la forêt inquiétante où se cache Tui  

Comment « consommer » une série récurrente ?

Si le choix reste possible, y compris en tenant compte du problème financier, coût direct ou non de la consommation d’une œuvre, mieux vaudra toujours et encore voir un film dans une salle obscure sur grand écran. Mieux vaudra aussi voir une œuvre de création sur le téléviseur de salon le plus grand possible, en évitant l’écran plus petit de l’ordinateur. Et il devient grotesque d’imaginer voir un « Top of the lake » sur un portable. Une œuvre, surtout si sa qualité est indéniable, mérite d’être « consommée » dans les conditions les meilleures possibles.

Epuisante expérience, faite le 7 novembre 2013. J’ai décroché à la fin du deuxième épisode. Heureusement, un enregistrement me permet de disposer quand je veux, durant le temps que je veux, des six épisodes. Et j’aurai trouvé ces derniers jours un plaisir étrange et fort, celui de regarder l’œuvre de Jane Campion tranquillement, épisode par épisode, une première fois d’une traite avant d’aller quérir des détails qui méritent attention.

Jamie (Luke Buchanan),volontairement muet, qui répond de sa main où est écrit NO ou YES, l'ami fidèle de Tui, qui y laissera sa vie dans une triste méprise.. Top of the lake

Jamie (Luke Buchanan),volontairement muet, qui répond de sa main où est écrit NO ou YES, l’ami fidèle de Tui, qui y laissera sa vie dans une triste méprise.

Six chapitres

Jane Campion parle non pas d’une série récurrente, mais d’une œuvre composée de six chapitres. Et elle rejoint ainsi ce que l’on commence enfin à comprendre en pays francophones.  Il est évident que les séries récurrentes sont assez semblables aux romans imposants de plusieurs centaines de pages qui ne se lisent pas d’une traite.

Suivre épisode par épisode une série récurrente, c’est retrouver le mode d’approche de textes qui ne sont pas de courtes nouvelles, auxquelles s’apparentent les séries unitaires. C’est recréer entre l’œuvre et celui qui l’absorbe la complicité  indispensable pour retrouver la richesse d’un témoignage, les élans d’une démarche créatrice.

Les Américains qui sont en avance sur le reste du monde dans le domaine des séries, y compris dans le haut de gamme  surtout composé de séries récurrentes, les proposent en principe par épisode par épisode, semaine après semaine plutôt que jour après jour. Ils permettent au spectateur de « savourer » une œuvre à un rythme personnel presque semblable à celui de la lecture, en un lien avec l’oeuvre qui devient amical ou fraternel.

Jude Griffin (Robyn Newyn), la mère de Robin, malad, mourante, avec un passé inattendu - Top of the lake

Jude Griffin (Robyn Newyn), la mère de Robin, malade, mourante, avec un passé inattendu

A la RTS le 6 décembre 2013

Le vendredi 6 décembre, la RTS offre trois épisodes unitaires d’une série américaine sans grand intérêt, « Motive, le mobile du crime », entre 21h00 et 23h30 puis place un épisode d’une série britannique proche du haut gamme, « Downton Abbey » entre 23 :30 et 00h40 enfermé dans ce que l’on appelle pas très adroitement une « niche ».

Un chapitre de l’Histoire anglaise de la première moitié du XXe siècle après trois enquêtes américaines sans intérêt, est-ce vraiment tenir compte de la notion précieuse de diversité ?

Pourquoi pas un « Mobile de crime » pour grand public, puis un « Downton Abbey » peut-être pour un public un peu moins grand avant une apparition tonitruante des « Sons of anarchy » ? Peut-être même que les 15-30 ans qui consomment les séries ailleurs que sur le petit écran traditionnel commenceraient d’y revenir, contribuant ainsi à rajeunir le grand public traditionnel ?

Sérieux, bien organisé, Al Parker ( David Wenham), apparemment, mais presque brutalement trouble au chapitre 6 Top of the lake)

Sérieux, bien organisé, Al Parker ( David Wenham), apparemment, mais presque brutalement trouble au dernier chapitre

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