Les Suisses

 La RTS, bien entendu. est naturellement partie prenante du « mois thématique de la SSR du 3 au 30 novembre 2013 » en un vaste ensemble de propositions. Dans un blog, inutile de faire du promotionnel dans l’ensemble bien conduit par la RTS. Il faut effectuer certains choix, s’interroger à leur propos en une démarche de réflexion critique.

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Une « Idée suisse » enfin réalisée

La publicité s’en donne à cœur joie ces derniers mois, pour vanter les qualités des pommes de terre suisses qui donnent les meilleurs chips, la viande suisse, qui s’installe dans les « big-mac », les fruits suisses avec le bon gros  chien ( est-un bon Saint-Bernard offert à la Suisse par des promoteurs valaisans ?) qui fait le leçon à une oie plutôt  gourde. On notera l’absence du MCG et de sa préférence suisse, qu’il n’est pas le seul à défendre.

Pendant des années, un « Idée suisse » a été accolé à SSR-SRG, que quelques mécréants transformèrent en « suicidée » ! L’adjonction a disparu. Mais l’idée reste, dans une forme assez spectaculaire, comme si l’arrivée de Roger de Weck à la direction de l’entreprise en 2011 avait donné au bon moment l’élan indispensable.

A l’évidence le public romand et les collaborateurs de la RTS se tournent souvent la France, les équivalents tessinois vers l’Italie, les alémaniques vers l’Allemagne pour d’évidentes raisons culturelles et linguistiques. Il n’est pas fréquent que les romands trouvent l’occasion de s’intéresser aux alémaniques et aux tessinois ; idem pour les autres !  L’armée a souvent passé pour le ciment entre Confédérés.  Roger de Weck s’est demandé si le rôle hier dévolu à l’armée n’avait pas été transféré à la SSR-SRG !

Des Suisses appartenant à un milieu restreint, celui de la radio et de la télévision, sont donc parvenus à se mettre d’accord pour présenter des programmes identiques, lisibles ou audibles dans la langue de chaque région, mais réalisés en commun. Indéniablement, le principe de ces collaborations dont on ne sait pas si elles ont  été laborieuses, mais qu’importe, est une réussite à relever d’emblée. Le public va-t-il suivre ? L’existence de ce « mois thématique » national tient déjà d’une sorte de « miracle ».

Domionique Othenin-Girard, le réalisteur de la mini-série "Les Suisses".

Domionique Othenin-Girard, le réalisateur de la mini-série « Les Suisses ».

Trois propositions attirantes

Il faut signaler d’abord trois propositions attirantes.

Que va-t-il se passer quand deux familles échangent leur lieu de vie, entre Carouge et Sevgein (Grisons) (« 2 familles  1 Suisse » du 4 ou 8 novembre à 11 :00 sur La Première) ?

Comment résiste l’imposante série du début des années septante intitulée «  26x LA SUISSE » ( RTS 1 à 09 :00 puis RTS2 à 11 :10, dans une petite « niche » qui n’est pas destinée au grand public. J’en fus pour le numéro consacré à « Neuchâtel » et j’ai souvenance d’y avoir parlé de censures cantonales au cinéma.

Je cliquerai probablement pour savoir « Quel type de Suisse-sse » je peux bien être, question peut-être inscrite dans le sillage de  l’impertinent Gulliver de l’Expo de 64, que nous fûmes quelques-uns à vouloir ressusciter en « Expo 02 » mais dont il ne reste que quelques milliers de réponses à un brouillon de questionnaire.

La mini-série « Les SUISSES »

Sur le plan technique, les chaînes suisses savent depuis longtemps collaborer lors de grands événements sportifs. Mais il s’agit cette fois de dépasser ce seul aspect technique pour aborder en commun une démarche créative.

La mini-série est composée de quatre émissions de cinquante minutes sous la direction de Dominique Othenin-Girard, de lointaine origine locloise à la carrière internationale ayant passé par Hollywood. Ses réalisations pour la télévision sont plus nombreuses que celles pour le cinéma. Dans le domaine de la télévision de prestige, il a déjà dirigé  l’imposant portrait d’Henry Dunant, «  Du rouge sur la croix » ( 2006). Le voici à la réalisation de ces quatre fois cinquante minutes, production assurée par »Triluna film », une société zurichoise. Le budget global s’élève à cinq millions, pour deux cents minutes. On en est à vingt-cinq mille francs la minute, peut-être le coût le plus élevé jamais atteint en Suisse pour une fiction audiovisuelle destinée au seul petit écran et à ses dérivés.

Ambiance de tournage pour le portrait de Nicolas de Flue, prise en juin2012 / Photo Daniel Amann

Ambiance de tournage pour le portrait de Nicolas de Flue, prise en juin 2012 / Photo Daniel Amann -DRS

On se retrouve alors dans le même esprit que la pub : à peu près tout est naturellement suisse, les paysages, les personnages, les acteurs, les créateurs, les techniciens, les doubleurs, les diffuseurs.

Formellement, la fiction occupe plus de la moitié du temps, y compris avec des effets spéciaux permettant de faire apparaître des centaines de personnages avec quelques rares cavaliers en armures ou soldats à pied. Des documents souvent anciens, des paysages de nos jours et des interventions d’historiens font de cette série un habile et efficace mélange de fiction et de documentation.

Le choix des sujets

La Suisse n’a pas eu de roi, d’empereurs, de dictateurs. Pas de Pape non plus ? Elle s’est construite entre gens de la campagne ensuite  rejoints par des citadins nobles, bourgeois et prolétaires selon les siècles,  uniquement alémaniques durant quelques siècles. Elle compte un certain nombre de fortes personnalités masculines qui ont contribué à forger l’identité suisse dans sa diversité. Première pierre d’achoppement : certains milieux ont regretté que point ne soit retenue de personnalité féminine. Mais certaines femmes sont fortement présentes dans les quatre épisodes, certes sans occuper de fonctions publiques. Il faut tout de même rappeler que dans la plus vielle démocratie du monde, les femmes n’ont reçu le droit de vote au plan fédéral que vers les années 70 du siècle dernier !

Sandry Utzinger en Hanna Stauffacher, fortement présente dans le premier épisode des "Suisses"

Sandry Utzinger en Hanna Stauffacher, fortement présente dans le premier épisode des « Suisses », « Nos ancêtres les schwytzois : Werner Stauffacher » ( Photo DRS – Daniel Amann)

Avec quatre épisodes de seulement cinquante minutes, il n’y avait pas place pour une douzaine de personnages importants. Il fallait bien faire des choix.

Deux épisodes à la fin de Moyen-Age

Le premier choix fut donc de s’arrêter aux origines de la Confédération, avec Werner Stauffacher le Schwytzois ( première moitié du XIVième) ( Mercredi 6 novembre – 20h10). Le deuxième épisode propose un double portrait, celui du « guerrier » zurichois Hans Waldman (1435-1489) et de l’ermite devenu saint, Nicolas de Flue (1417-1487). Les bases de la  Suisse sont posées, avec ses conflits potentiels et ses efforts de rapprochements.

Dans ces sociétés médiévales, il y a déjà trois classes sociales, les détenteurs du pouvoir, ceux qui travaillent en améliorant leurs conditions de vie, les prolétaires condamnés à la stagnation ou à ne progresser que lentement. Parmi les premiers, règnent la noblesse et une partie du clergé. Les bourgeois des villes surtout sont artisans ou commerçants. Pour quelques riches gens de la terre, il y a beaucoup de pauvres.

Dorothea de Flue ) Regula Grauwiler) dont certains ont dit malicieusement que c'est elle qu'il aurait fallu sanctifier puisqu'elle éleva seule ses dix enfants

Dorothea de Flue (Regula Grauwiler) dont certains ont dit malicieusement que c’est elle qu’il aurait fallu sanctifier puisqu’elle éleva seule ses dix enfants (Photo DRS -Daniel Amann)

On parle souvent de prière dans ces deux premiers épisodes, mais chaque fois ou presque, cela permet de calmer des revendications de quelques-uns trop pressés de connaître une amorce de confort en sortant de la pauvreté, la misère quittée avec peine.  Les plus démunis s’adressent à Dieu quand une partie du clergé profite de  richesse et de la puissance de l’Eglise sans se poser de questions sur sa légitimité. Les conflits entre ruraux et citadins sont fréquents. On peut se demander si ces conflits parfois importants tiennent plus de la mise en scène spectaculaire que de la réalité historique.

Les épisodes  3 (« Guerre civile en Suisse, Guillaume-Henri Dufour » – 20 novembre ) et 4 (« L’aventure du Gothard, Alfred Escher et Stefano Franscini » – 27 novembre) mettent en évidence l’émergence de la Suisse contemporaine. Ils ont le mérite de présenter un romand et un tessinois ! Nous y reviendrons

Helvéticus

Le petit truc rouge sur la tête du gars devant l'arbre, celui rappelle aussi le très légendaire Guillaume Tell qui n'aimait pas les baillis  "Helveticus"

Le petit truc rouge sur la tête du gars devant l’arbre  rappelle le très légendaire Guillaume Tell qui n’aimait pas les baillis
« Helveticus » (Photo RTS – mai 2013)

 

L’exquise série dessinée sous le nom d’ « Helvéticus » est un véritable petit bijou, caché sur RTS 2 à 06 :30 et 10 :50, les lundis, mardis, jeudis et vendredis, destinée aux enfants de trois à six ans, qui se trouveraient devant le petit écran à ces heures bizarres. Mais ces quatre délicieuses minutes pourraient aussi charmer les adultes qui ont conservé un brin d’esprit d’enfance ! Nous y reviendrons.

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Avertissement

Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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