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Le métis de Dieu

Un pape polonais, Jean-Paul II et un cardinal français d’origine juive, deux amis qui doivent s’occuper d’un couvent de carmélites installé à Auschwitz. « Le métis de Dieu » est un téléfilm français unitaire, tout simplement un grand film.

Présenté le dimanche 24 mars à 22h10 sur RTS1. A voir le 29 sur Arte à20h50 puis sur « ARTE sept + » pendant sept jours.

Un « Pyrénée d’or » à Luchon

On ne parle guère des nombreux festivals consacrés à la seule télévision qui pourtant touche chaque jour un public beaucoup plus large de le cinéma. Se déroule à Luchon depuis une quinzaine d’années une manifestation consacrée aux « créations télévisuelles ». Seize films unitaires participaient à la dernière édition du 13 au 17 février 2013. Le  « Pyrénées d’or », prix principal, vient d’être attribué au « Métis de Dieu » présenté dès 22h15 par RTS 2 le dimanche  24 mars et proposé le vendredi 29 par ARTE en début de soirée. Il sera ensuite possible de le voir sur ARTE + SEPT durant sept jours, mais pas sur le RTS qui ne dispose pas des droits si tant est qu’ils aient été demandés.

Jean-Marie Aron Lustiger

Ilan Duran Cohen en est le réalisateur qui signe le scénario et les dialogues avec Chantal de Rudder. Comme tout un chacun, je connaissais vaguement l’existence du cardinal Lustiger ( 1926-2007) énergique et non-conformiste. Le téléfilm m’apporte ainsi des informations nouvelles. Mais il s’agit d’une fiction. Il est toujours intéressant de savoir quelles peuvent être les libertés prises par une fiction à l’égard du vécu de personnalités connues du  public. Un rapide passage sur internet pour y trouver les grandes lignes d’une vie permet d’affirmer que les faits mis en scène sont conformes à la réalité. Mais ce survol n’a pas permis de trouver trace de la cousine Fanny du cardinal ! Et il faudrait être un parfait « vaticanologue » pour savoir comment se sont déroulés certains entretiens entre le cardinal français d’origine juive et Jean-Paul II, son patron et ami polonais . Entre eux, dans le film, ils emploient le « tu ».

Laurent Lucas - le cardinal Jean-Marie Lustiger dans "Le métis de Dieu"

Laurent Lucas, le cardinal Jean-Marie Lustiger dans « Le métis de Dieu » (photos Arte)

Choix indispensables

Pour raconter toute une vie, nonante minutes ne suffisent pas ; bien entendu. On pourrait s’en approcher  mieux en construisant une série. « Le métis de Dieu » aurait pu donner lieu à une série du même esprit qu’ « Ainsi soient-ils », récente succès d’ARTE qui ne faisait pas de référence à une prêtre connu.
En rester à un « unitaire », c’est faire d’indispensables choix. Un certain nombre de séquences annoncées par des dates et des lieux permet de prendre acte de la rapide montée en  puissance de celui qui allait devenir cardinal. Cela permet de mettre en évidence la forte personnalité de Jean-Marie Lustiger qui avait abandonné son prénom d’enfance, Aron. A quatorze ans, en 1940,  l’adolescent juif se convertit au catholicisme, démarche que son père ne comprit guère. Sa mère est morte à Auschwitz. Le cardinal catholique a pourtant toujours revendiqué son ascendance juive. Il était juif   E T   catholique !

Le couvent des carmélites polonaises d’Auschwitz

La seconde moitié du film traite dès lors d’un événement qui créa de sérieux remous entre les communautés juives et catholiques, l’installation dans le camp d’Auschwitz d’un couvent de quelques carmélites polonaises au milieu des années 80. Les tensions furent alors intenses. Le « métis de dieu » accorde une grande place aux négociations religieuses et politiques qui amenèrent le départ des carmélites en 1994.

Rencontre de catholiques à Auschwitz pour discuter du couvent des Carmélites polonaises

Rencontre de catholiques à Auschwitz pour discuter du couvent des Carmélites polonaises

Dans un entretien, le réalisateur dit avoir, avec sa scénariste, « imaginé » ce que Jean-Paul II et son ami Lustiger avaient pu se dire dans le privé. On y montre en effet le pape polonais très préoccupé par la nécessité de la chute du communisme autoriser le cardinal à négocier le retrait des carmélites puisque le Mur de Berlin allait tomber

Une mise en scène à l’énergie

Impossible et peut-être pas très intéressant de savoir quand s’arrête la réalité et où commence, sinon la fiction, du moins l’interprétation des comportements liés à cette réalité. « Le métis de dieu » se présente en spectacle dominé par l’énergie d’un homme, curé qui roulait en moto, évêque qui prenait des leçons de conduite, qui peinait presque à suivre le pape franchissant à pas rapides les couloirs du  Vatican, plongeait avec lui dans la piscine que Jean-Paul II saurait fait aménager dans la résidence de Castel Gandolfo.

Cette énergie est assurément celle du scénario qui joue admirablement bien sur les tensions dramatiques nées des confrontations religieuses et politiques, associées aussi à certaines ambiguïtés polonaises à l’égard de Juifs. Mais la vertu spectaculaire tient aussi à l’énergie dégagée par les interprètes, Laurent Lucas ( Lustiger) et Aurélien Recoing (Jean-Paul) en particulier.

Deux amis face à face, le Pape Jean-Paul II et le cardinal Lustiger ( Laurent Lucas et Aurèle RECOING)

Deux amis face à face, le Pape Jean-Paul II et le cardinal Lustiger ( Laurent Lucas et Aurèle Recoing)

Pourquoi pas sur grand écran ?

Il y a longtemps que pareille journée ne s’était plus déroulée pour moi ce dimanche 24 mars 2013. Se tenait à Neuchâtel le traditionnel « Festival du sud ». J’aurai vu ce jour-là quatre films, tous au moins bons, trois sur grand écran, un sur le petit, que j’énumère dans un ordre personnel croissant de préférences :

« Les enfants de Sarajevo » d’Aida Bégic – Bosnie- un frère et une sœur mal dans leur peau, la sœur constamment cernée de près par une caméra portée qui la prive presque de liberté en la faisant prisonnière

« Ai weiwei » Never story » d’Alison Klayman, USA, qui rend compte du comportement, du talent et du combat d’un opposant au gouvernement de Chine

« Wadjda » de Haiffa Al Mansour, une réalisatrice qui signe le premier ou deuxième long métrage de fiction d’Arabie saoudite bénéficie d’un excellent scénario, de remarquables interprètes mais aussi de sons appuis internationaux, les festivals de Sundance et Rotterdam, de techniciens du cinéma allemand pour la qualité technique et esthétique de l’image et de son qui ont facilité son accès aux publics.
Je mets au même niveau que « Wadjda » ce « Métis de dieu » présenté ci-dessus.

Wajdja, (Waad Mohammed), 12 ans, rêve de posséder un vélo, dans le film de Haifaa Al Mansour ( photo Praesens), qui mérite d'être vu !

Wajdja, (Waad Mohammed), 12 ans, rêve de posséder un vélo, dans le film de Haifaa Al Mansour ( photo Praesens), qui mérite d’être vu !

« Wadjda » connaît un beau succès public, du moins en France. Les deux autres risquent bien de faire une brève carrière numérique, quelques rares séances  marginales dans un nombre de localités peut-être plus grand qu’au temps de la pellicule. Sur le petit écran, « Le métis de Dieu » comptera tellement plus de téléspectateurs qu’il n’aurait rencontré de spectateurs. Mais se trouverait-il un distributeur de cinéma  pour chercher à diffuser ce film en salle que ce serait un véritable miracle.

Souillé par la pub

Incident malencontreux lors du passage sur le petit écran romand dimanche dernier. Le cardinal Lustinger se rend à Auschwitz où l’émotion s’empare de lui au souvenir de sa mère qui y mourut gazée en 1943. Coupure brutale : voici une place publicitaire durant le récit de deux minutes au moins. Fin de la pub : à genoux devant l’entrée principale du camp, au milieu des rails, le cardinal n’arrive  pas à prier, ni selon le rite juif, ni selon le Notre père chrétien. Cette brutalité est tout simplement scandaleuse si elle est, dira-t-on, légale : on peut couper une projection de plus de soixante minutes par des plages publicitaires. On pourrait aussi parfois se passer de le faire, mais il faudrait que quelqu’un qui a la responsabilité des programmes donne des directives à la régie qui gère les diffusions sur le plan technique.

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