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Guerre froide à la TSR… en 1971

Trois propositions intéressantes sur le petit écran en chaînes francophones en ce début de juin 2009. Il fallait choisir. C’est fait !

D’abord une page d’histoire désormais lointaine, Un village français, six épisodes de cinquante minutes, présentés deux par deux (jeudis 4, 11 et 18 juin 2009 – France 3); le présent et l’avenir écologique de la planète, Home, en multimédia réunissant plus de cent pays, autour de documents du photographe Arthus-Bertrand (un peu partout, soirée du vendredi 05.06.09); un regard pertinent sur l’Histoire de la télévision, en 1971, Guerre froide à la TSR ( TSR 2 – Histoire vivante – 20h30 – dimanche 07.06.09)

Cinq des six expulsés de 1971, de haut en bas Marlène Bélilos, Pierre-Henri Zoller, Pierre Nicole, Jean-Claude Deschamps, Michel Boujut.

Tard pour Bar salue Guerre froide.

D’une émission de la TSR, Tard pour bar fait son sujet de discussion principal (Jeudi 04.06.09 – 22 :45). Pour bien suivre le débat, il faut avoir vu l’émission ce qui n’était pas possible! Assez intéressant. Mais de quoi s’agit-il? A l’automne 1971, six collaborateurs de la TSR sont abruptement congédiés, accusés – en gros – de subversion gauchiste. Avant cette décision brutale, des incidents mettent en cause le Canal 18-25 de Nathalie Nath qui profite d’une réelle liberté souvent en direct. Certaines émissions (dont on ne retrouve plus de trace dans les archives d’aujourd’hui) sont interdites. Frapper fort a alors ramené le «calme» mais divisé les esprits.

Qui aujourd’hui a plus de cinquante ans peut avoir en mémoire l’une ou l’autre des émissions de Canal 18-25. Pour les plus jeunes, l’émission de Nathalie Nath appartient à la mémoire de la télévision. Il n’en reste pas moins qu’une discussion de ce genre avec un “acteur”, Pierre Nicole, un témoin plus ou moins engagé, Francis Reusser, Eric Burnand, le journaliste qui signe le document avec le réalisateur Frédéric Zimmermann pose des questions intéressantes. Personne, semble-t-il, ne sait ce que sont devenues des émissions interdites d’antenne qui ne sont pas dans les archives. Des documents non publiés restent des éléments précieux d’information sur un état d’esprit. L’audace de l’époque fut heureusement prise en compte dans le mini-débat, limites rapidement atteintes. A peine Nicole fait-il allusion à un certain “talk-show” de la TSR où tout le monde parle parfois en même temps laissant le téléspectateur dans la confusion que Michel Zendali préfère passer à autre chose plutôt que d’avoir l’audace de lui demander à quoi il fait allusion.

Nathalie Nath, l’animatrice durant quelques années de «CANAL 18-25», une émission souvent en direct qui ne manquait pas d’audace. Jetée comme les cinq autres, elle fit plus tard son retour à la TSR, en partie grâce à Raymond Vouilllamoz.

Le jeune de service, journaliste à la TSR, François Roulet, qui n’était pas né en 1971, est appelé à parler de l’ « audace ». Certes, cette notion est élastique : elle l’est pas rapport à la société, ses limites et son degré de tolérance à chaque époque. Il affirme tranquillement qu’il y a autant d’audace aujourd’hui qu’hier. Mais on dévie alors sur internet où tout peut se passer ; encore s’agit-il de trouver ce qui prend parfois beaucoup de temps. A cet instant du débat, il serait intéressant, même pas audacieux, de demander à son invité de citer des exemples d’audace d’aujoud’hui. Point ne fut fait. Et Reusser d’ironiser en rappelant que l’audace, ce n’est en tous cas pas “votre journaliste” qui termine son « micro- trottoir » fièrement d’un « J’en ai plein le cul »! Et vive l’ « audace » esprit 2009 issue d’une caméra qu’on traîne dans la rue en collant un micro devant des gens chargés de dire si possible de grosses bêtises, au premier degré

« Guerre froide.. » : excellente « Histoire vivante »

Le document, signé Eric Burnand et Frédéric Zimmermann, est fort bien fait, dans un subtil mélange de sources différentes. A signaler la simplicité des entretiens récents, sur fond sombre, avec matériel de prises de vue et de son dans le champ et des bulles jaunes délicieusement criardes pour y enfermer d’anciennes citations. L’information proposée par «Histoire vivante», quarante ans plus tard, est d’un grand intérêt. Les incidents de 1971 se produisent à une époque où les autorités politiques sont promptes à s’indigner et à agir, parfois en coulisses. Des suisses en voulaient à d’autres suisses dans un climat digne de la guerre froide. Ils n’avaient déjà par tellement apprécié les frasques de Gulliver lors de l’Expo de 1964 et souhaitaient voir revenir l’ordre après les élans de la fin des années soixante dans maints pays, pas seulement le « mai 1968 » de France.

Mais oui, des «veinards» qui travaillaient pour la TVR osérent, en Suisse, en 1971, faire grève, ce qui était, par interprétation simplifiée de la «paix du travail» par une partie de la droite bien pensante, chose autant interdite que scandaleuse! Le suffrage féminin au plan fédéral venait à peine d’être accepté par le peuple le 7 février 1971. Micheline L.Béguin présidait le conseil général de la commune des Verrières tout en signant des textes consacrés à la télévision.

Problèmes internes tendus, diffusion de documents, grève inattendue, manifestations gauchistes dans la rue, mises en garde, contacts avec la direction générale à Berne, avec un puis deux conseillers fédéraux, avec la police genevoise et fédérale : tout ce mécanisme en partie inconnu est fort bien décrit. Certains témoignages reflètent aussi des inquiétudes qui se faisaient grandes dans quelques cantons. Ici ou là, directement ou non, l’autorité cantonale était prête à intervenir. Discrètes allusions y sont faites.

Il est bon de rappeler qu’au début des années septante, une série de « portraits » consacrés à chacun des cantons suisse, 25 fois la Suisse avait créé de sérieux remous à Neuchâtel. Le choix des films à mettre à l’antenne était limité : il suffisait qu’il soit interdit dans un canton pour que son passage sur le petit écran devienne impossible. Et en Valais, on interdisait souvent

Le rôle de René Schenker

Il y avait, en 1971, beaucoup d’audace dans le travail de l’équipe de jeunes autour de Canal 18-25. Insupportable, pour les dirigeants d’alors de la TSR ? Mais leurs réactions furent en partie provoquées par des pressions politiques venues de l’extérieur, d’un avocat valaisan à un conseiller fédéral. Les faits sont évoqués dans le document qui peut, en principe, être consulté sur le site de la TSR. Par contre, il est intéressant de s’interroger sur les limites atteintes par les informations données. Pour les jeunes, difficile de faire le tri entre ce qui se savait ou était pressenti en 1971 et ce qui ne l’était pas. Car il y a maintes informations nouvelles obtenues dans des conditions qui seront évoquées ci-dessous. Appel fut fait par le directeur d’alors de la TSR, René Schenker, à la direction générale de la SSR qui n’était pas encore une idée suisse et même à certains conseillers fédéraux. Il fallait bien obtenir un feu vert au moins officieux pour que la police fédérale ainsi que les unités de la police genevoise enquêtent sur ces dangereux conspirateurs prêts à faire sauter les installations de la Dôle! Cinq des six expulsés, le cas de Nathalie Nath étant resté à part, déposèrent plainte, se retrouvèrent devant un tribunal qui les acquitta faute de preuve : impossible alors de citer en justice des enquêteurs des polices “politiques” et des écouteurs de conservations téléphoniques.

Réné Schenker, partiellement «saltimbanque» venu de la musique, dirigeait la télévision quand furent jetés aux orties six collaborateurs. Il surprit par son attitude une partie de ceux qui voyaient en lui, souvent à juste titre, un homme ouvert

La direction de la télévision d’alors était-elle seule responsable de toute l’opération ou aurait-elle été débordée par des détenteurs plus haut placés de pouvoir ? Le document ne tranche pas sur la responsabilité finale. En 1971, René Schenker venait, par exemple, d’ouvrir une porte en modifiant les liens entre la télévision et des cinéastes aux tempéraments assurément créatifs, les Alain Tanner, Claude Goretta, Michel Soutter, Jean-Louis Roy, Jean-Jacques Lagrange ensuite remplacé par Yves Yersin. Le Groupe des cinq aura alors contribué largement à faire connaître le cinéma suisse à l’étranger. Et ces réalisateurs apportèrent de remarquables contributions entre autres à « Temps Présent ». René Schenker fut-il à la fois docteur Jekyll et Mister Love ?

Ouvrir les archives

C’était il y a près de quarante ans. L’équipe qui signe Guerre froide à la TSR a eu accès à des archives qui n’étaient pas publiques – où, à la TSR, à Berne à la direction de la SSR, ailleurs encore ? Toujours est-il qu’elles ont été ouvertes, ce qui est bien. On peut même évoquer à ce propos une certaine audace.

Des témoins ou acteurs des événements ont été interrogés. Ils répondent entre très franchement ou un petit peu d’embarras. Un risque alors de les mettre tous dans le panier de ceux qui expulsèrent. Mais entre l’attitude souriante du policier qui mena des enquêtes trouvant que les « accusés » n’étaient vraiment pas très dangereux et des les réserves qui furent alors exprimées à propos de l’attitude d’un Claude Torracinta, les nuances manquent. Torracinta, pour les radicaux de Zürich et de Berne, passait pour un dangereux complice des gauchistes alors que nombre de ces derniers voyaient eu lieu un social traitre ! La guerre froide est époque de confusion.

Aux commandes de «Canal18-25», Gérald Mury et Nathalie Nath, souvent en vrai direct pour des sujets habillés de tabous.

Du passé, tout cela ? Oui, certes, mais ! Une émission terminée, qui ne provoque pas de discussion sur sa qualité, et qui est placée sur une étagère pour des raisons politiques, c’est assurément de la censure. Un Temps présent vient d`être récemment interdit d’antenne qui avait en partie pour sujet l’accès relativement facile aux drogues sans certains types d’établissement. Il fallait assurément couper court à une polémique de presse qui allait révéler qu’un caméraman s’était fait une ligne pendant le tournage. Ce qui fut fait avec habileté. A quel prix ? Au refus de présenter l’émission, là où il suffisait de parler d’un renvoi à des temps moins troublés. La censure reste la censure. On reviendra peut-être sur cet incident dans vingt ans !

Encore un peu d’audace

Dans ces années 60/70, l’audace se glissait un peu partout, puisque la télévision était faite par des réalisateurs et des journalistes qui croyaient même parfois contribuer à changer les monde. Puis est venue la télévision des producteurs et celles des programmateurs. Et l’audace créative a disparu peu à peu ! Deux ennemis sur son chemin : l’audimat qui mesure la présence du plus grand nombre à suivre sans le reconnaître, surtout utile pour vendre et facturer les espaces publicitaires et la téléréalité l’esprit se glisse franchement ou insidieusement partout, même dans les chaînes généralistes de service public, mais pesante que chez les commerciales, certes. Alors l’audace croire de solides concurrences.

Mais de l’audace, il en reste parfois un peu : dans le choix des sujets et l’ouverture des fournisseurs de la documentation ; dans les séries pointues pour le moment d’origine surtout américaine mais dont la programmation est tardive. Audace aussi dans des émissions particulières, parfois même pour leur forme. Mais la télévision « moderne » des chronométreurs a trop d’exigences de formatage ! L’audace est malade !

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Ce blog propose des regards subjectifs émanant de contributeurs membres d'une SRT. C’est un espace de liberté de ton qui ne représente pas le point de vue de la RTSR mais bien celui de son auteur.

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