16.11 - Info

Unis contre des attaques frontales

Pierre-Yves Moeschler (SRT-Berne, à gauche) et Pierre Chételat (SRT Jura) entourent Jean-François Roth ©Blaise Droz

Les Sociétés de radio et de télévision unies derrière le service public.

La sociét’halle de Moutier était honnêtement remplie sans pour autant faire le plein, hier soir pour accueillir le président de la RTSR Jean-François Roth puis les animateurs gastro-humoristes Duja et Philippe Ligron. La SRT Berne et la SRT Jura avaient pourtant misé juste, tout spécialement en s’adjugeant les services de l’animateur enfant de Moutier qu’est Duja.

La septantaine de personnes présentes ont d’abord entendu l’ancien ministre jurassien et actuel président de la RTSR expliquer sans détour les conséquences pour le moins pénibles qu’auraient sur l’ensemble des Helvètes, l’acceptation de l’initiative No Billag, le 4 mars 2018.

Initiée par certains magnats de la presse alémanique et les milieux qui veulent se servir de leurs millions pour agir sur l’opinion publique, No Billag génère déjà de vifs débats en Suisse alémanique, mais elle reste pour l’heure encore peu disputée en Romandie. Pourtant, ce que l’orateur a qualifié d’attaque frontale contre les médias de service public, aurait des conséquences tellement lourdes que l’on doit s’attendre pour bientôt à une grosse mobilisation, également en Suisse francophone et fatalement dans les autres régions minoritaires.

Cohésion nationale

Jean-François Roth a rappelé cette évidence que la Suisse est un pays où l’on parle quatre langues et où l’on considère jusqu’ici comme un devoir de soutenir chacune d’elles. C’est pourquoi la redevance (actuellement collectée par Billag, d’où le titre ambigu de l’initiative) est récoltée uniformément dans chaque région linguistique mais répartie selon une péréquation joliment nommée Clé Helvetia. Du coup, la partie francophone touche 33% de la manne alors qu’elle compte 23% des Suisses, Les locuteurs romanches ont droit à 2% bien que leur poids démographique se limite à 0.3%, Les italophones sont évidemment également choyés de telle sorte que la Suisse alémanique ne reçoit que 43% de la manne. Cet effort est bien évidemment consenti au nom de la cohésion nationale.

«Il faut savoir, relève Jean-François Roth, que la SRG SSR dont la RTSR est le volet romand, dépend pour son budget à 75% de la redevance et à 25% seulement des rentrées publicitaires.»

C’est dire à quel point la mise en application du texte de l’initiative No Billag serait néfaste aux médias de service public. Les partisans de l’initiative pensent que l’économie règle tous les problèmes, mais Jean-François Roth leur suggère de se tourner vers les Etats-Unis, où la quasi disparition des médias de service public a généré l’énorme fracture qui divise les Américains en fonction des médias privés qu’ils consomment. L’élection de Trump, poussé par la toute puissante Fox est l’exemple le plus parlant de ce que génèrent des médias sans retenue.

Si l’initiative est acceptée, la Confédération ne pourra plus soutenir un média. Au mieux elle pourra payer pour faire diffuser des communiqués avant des élections. Les puissants lobbies en revanche auront le champ libre pour diffuser leurs messages politiques entre deux séquences de télé réalité et quatre spots publicitaires. A l’instar du directeur de la RTSR, les SRT s’inquiètent du danger que représente une telle issue. Pierre-Yves Moeschler pour Berne et Pierre Chételat pour le Jura en sont convaincus.

Paradoxal

Il peut sembler paradoxal que ceux dont la raison d’être est de surveiller la RTS en dénonçant les dérives qui peuvent parfois survenir – le Jura bernois en sait quelque chose – se mobilisent fortement pour le maintien de ce service public qui, loin d’être parfait, est tout de même l’un des meilleurs garants d’une information équilibrée.

Pourtant, mieux que quiconque, les sociétés qui reçoivent, enregistrent et transmettent les doléances des téléspectateurs et auditeurs, savent à quel point la prévalence de l’économie dans le monde de l’information serait porteuse de dangers infiniment plus graves. Enfin n’oublions pas que No Billag sera également une catastrophe pour les radios et TV locales qui vivent également de la redevance.

Texte: Le Journal du Jura/Blaise Droz