25.05 - Médiatic

Pilote de drone, un métier au service de l’image

Franco Zecca en plein pilotage ©RTSR/Vladimir Farine

Le drone constitue une véritable révolution pour le domaine de l’image.

Le drone a depuis quelques années pris un essor phénoménal et s’est imposé partout, parmi les professionnels de l’image d’abord mais aussi chez les particuliers. En Suisse, ce sont quelque 22000 drones qui sont vendus chaque année. Déjà passablement utilisé par les chaînes françaises pour des prises de vues aériennes à faible coût, le drone fait son entrée à la RTS il y a 5 ans environ, sous l’impulsion de Damien Pitetti, chef de l’Unité Reportage et PostProduction et Franco Zecca, cameraman depuis plus de 25 ans et désormais pilote de drone. Ils voient alors une opportunité de développer une équipe à l’interne. Les prises de vues par drone étaient jusqu’alors externalisées.

L’idée approuvée par la direction, Franco Zecca démarre une formation en France. L’investissement initial est important: «En moyenne, il fallait piloter un drone minimum 10 heures par semaine». Cette spé- cialisation constitue pour lui une magnifique opportunité de conjuguer sa passion pour l’aéromodélisme et son métier de caméraman. «Tout ce qui touche à l’aviation m’intéresse», dit-il. Quelques années plus tard, la RTS compte une petite équipe de dronistes et a acquis plusieurs drones dont les domaines d’utilisation varient. Certains exigent d’opérer en duo avec un pilote et un cadreur qui se charge des plans en contrôlant une nacelle à laquelle est fixée la caméra. D’autres, plus petits, peuvent être opérés par une seule personne qui assure alors le pilotage et le cadrage. Le choix se fait en fonction des besoins de l’émission et d’aspects sécuritaires.

Au début de l’aventure, les demandes venaient principalement de la fiction. Plusieurs plans aériens sont par exemple utilisés dans la série Anomalia, sortie en 2015. Mais petit à petit, l’usage du drone sort de ce cadre. A l’heure actuelle, des plans au drone assurés par l’équipe de la RTS sont utilisés dans différentes émissions comme Passe-moi les jumelles, Temps présent, Caravane FM ou encore dans les bureaux régionaux pour du reportage. Ils ne peuvent toutefois pas répondre à toutes les demandes : «S’il y a 5 ans on faisait appel à 100% à des externes aujourd’hui on est à 20% environ».

Dès qu’une date et un lieu de tournage lui sont communiqués, Franco Zecca examine les paramètres de sécurité. «La première chose que je fais, c’est de savoir si le tournage est près d’un aéroport, en ville, dans un village…». Il effectue ensuite les demandes nécessaires auprès des autorités compé- tentes. Le jour du tournage, il examine la zone pour y déceler d’éventuelles dangers comme des lignes téléphoniques et discute ensuite avec le réalisateur des plans à tourner: «Quand on prend de la hauteur, on va voir des choses difficiles à imaginer depuis le sol. C’est aussi aux dronistes de donner envie aux réalisateurs et de leur suggérer des plans». Le danger étant parfois aussi de vouloir en mettre partout. «Il faut qu’il y ait une intention», résume Franco Zecca.

Un tournage au drone est bien entendu fortement tributaire de la météo. «Dès qu’il pleut il est inutile de voler», explique le pilote. Toutefois, même si les conditions ne sont pas toujours réunies, le jeu en vaut parfois la chandelle. Pour un sujet sur John Woe, dessinateur du Seigneur des anneaux, et dans un brouillard épais au Creux du Van il décide de sortir le drone et de faire quelques images. «C’était un temps horrible mais pour le sujet c’était magnifique».

Dans le futur, Damien Pitetti et Franco Zecca imaginent que le pilotage de drone sera une compétence demandée pour tous les camé- ramans qui opèrent hors des studios. Une logique généraliste s’impose aux dépens d’une logique de spécialisation. Des discussions sont d’ailleurs en cours pour mettre en place une formation à l’interne pour les caméramans qui pourront être amenés à faire du drone de façon ponctuelle. A terme donc, les pilotes de drone spécialisés seront peut-être moins demandés. Franco Zecca ne regrette rien toutefois. Il est heureux d’avoir pu «mettre le pied à l’étrier de beaucoup de gens» et d’avoir été à l’initiative d’une équipe de dronistes à l’interne de la RTS.

Texte: Médiatic 201 – Mai/Juin 2018