11.03.2020 - RTSR

Mario Annoni, l’homme de la situation

Mario Annoni ©RTSR/Anne bichsel

Qu’est-ce qui pousse le nouveau président de la RTSR à s'engager pour le service public audiovisuel?

Vivifier les SRT, contribuer à apaiser les résistances autour du futur centre transmédia de la RTS sont certains des défis qui attendent le nouveau président de la RTSR. 

Une femme devait succéder au président sortant de la RTSR, Jean-François Roth. C’est ce que révèle d’emblée Mario Annoni quand on s’étonne qu’à 65 ans, après une vie politique intense et des mandats tous azimuts, il ait accepté d’être élu à la tête de la RTSR pour quatre ans. «Ce n’est pas moi qui étais prévu, dit-il sans détour, mais Elisabeth Baume-Schneider qui a finalement bifurqué sur le Conseil des Etats. Il restait peu de temps pour trouver un nouveau candidat.» Alors, il s’est laissé convaincre d’accepter la fonction, après en avoir discuté avec son épouse, car le poste est par périodes assez chronophage. C’est autant de temps raboté sur leurs loisirs communs.

L’esprit alerte, il résume ses atouts pour le job, appuyant ses propos d’un geste de la main, comme il a dû le faire autrefois quand il était avocat: «Comme je siège déjà depuis 8 ans au Comité régional, mes collègues m’ont dit: vas-y, tu connais la maison!» A cela s’ajoute une vaste expérience de la conduite des affaires, dont seize ans au Conseil d’Etat bernois et huit à la tête de Pro Helvetia. On le sait engagé dans la défense de l’audiovisuel public, bien avant la campagne contre l’initiative No Billag: «Dans un pays qui cultive la diversité des cultures, la SSR est le ciment organique de la société », appuie ce Jurassien bernois, né à Bévilard, établi à La Neuveville et parfait bilingue, un avantage précieux pour lui qui siégera dorénavant au Conseil d’administration de la SSR.

Prudent, l’ex-magistrat radical préfère attendre une plus longue immersion à Berne avant de commenter en profondeur les dossiers en cours au Conseil d’administration. Du côté de la RTSR, l’année a démarré fort. Il préside un Comité régional en partie renouvelé, composé de 4 femmes et 4 hommes. Une parité jamais vue. Mario Annoni a voulu une meilleure répartition du travail: «Je souhaite que chaque membre du Comité s’engage sur des dossiers et les présente.» Le message a été bien reçu.

En tant que président, il est actuellement mobilisé par les problèmes autour du futur centre transmédia prévu à Ecublens pour 2025-2026. Il accompagne notamment le directeur de la RTS Pascal Crittin pour réexpliquer la nécessité de ce Campus en phase avec les technologies numériques. «À Genève, les résistances sont politiques, estime-t-il. Nous allons rencontrer à nouveau les autorités avec des propositions nouvelles. A l’interne, elles viennent de collaborateurs et collaboratrices déstabilisés par les réformes en cours.»

Autre chantier incontournable de son mandat, les SRT. Outre la nécessité d’y intéresser les jeunes, des questions relatives à leurs structure et stratégie sont débattues. Faut-il maintenir les 7 sociétés cantonales ou les regrouper par région. Les rapports avec la RTS sont amenés à évoluer. Pour cela, il pointe du doigt une autre réalité : avec les nouvelles technologies, le public s’exprime déjà beaucoup sur les émissions. Les SRT n’ont plus à relayer seulement les doléances des usagers, elles doivent apporter de la substance à la RTS, susceptible d’influencer l’entreprise. «Ceci implique des prises de position plus stratégique et de travailler de manière conceptuelle.» Enfin, il avance l’idée que le projet Valeur publique contiendra des éléments d’analyse pour comprendre comment sont perçues les SRT. «C’est pour elles un moment de vérité».

Ce président cultivé, amateur d’opéra et de cinéma, dit son intérêt pour l’information, suit de près les télévisions régionales, se rend 3-4 fois par mois à Rome où il préside l’Institut suisse. Il paraît infatigable: «J’aime les gens, voilà pourquoi je ne raccroche pas.»


En mode privé

Quand il en a marre comme il dit, Mario Annoni file au chalet familial dans les montagnes jurassiennes: «Je coupe mon bois à la hache, fais de longues marches dans la forêt…» Après 3-4 jours, le voilà requinqué comme s’il y était resté un mois. Évoquant sa famille, ce grand-père montre spontanément ses petits-enfants sur son smartphone. Il pouponne avec joie la petite de 4 mois et se dit charmé par l’aîné, 5 ans, quand il parle japonais avec sa maman. Visiblement touché, il se remémore le mariage de son fils unique à Kyoto, dans la tradition shintoïste où, soucieux d’être compris par ses hôtes, il avait appris en phonétique son discours aux mariés pendant des semaines. S’en est suivi un périple à travers le Japon, dont une impressionnante visite à Hiroshima.

Texte: Marie-Françoise Macchi, Médiatic No 210 (Mars/Avril 2020)