21.10.2020 - Médiatic

«L’idée est de faire évoluer le 12h45»

©RTS/David Wagnières

Agnès Wuthrich revient sur son passage de l'antenne aux coulisses du journal télévisé de la mi-journée.

Le 9 août, vous annonciez, très émue, présenter votre dernier journal télévisé après 14 ans. Quitter le 12h45 et les remplacements au 19h30, était-ce un choix délibéré ou imposé?

A la télévision, il existe des cycles et il faut changer de tête de temps à autre. D’autres personnes ont envie d’occuper le poste du 12h45, envié quand on aime présenter des journaux. Un jour ou l’autre, je savais qu’on me proposerait autre chose. J’ai un peu anticipé les événements. Je m’occupe de la production des votations et élections fédérales (NDLR : ce qu’elle continuera à faire) depuis quelques années et l’an dernier, la rédaction en chef a été très satisfaite de mon travail lors des élections. Dès lors, devenir productrice responsable était une piste à explorer pour la suite d’autant que j’ai une longue expérience du 12h45.

Mais votre départ n’a pas été officialisé, d’où l’étonnement du public…

Entre le Covid-19 et le départ de Darius Rochebin, le message s’est un peu perdu à la RTS mais je savais depuis ce printemps que je quitterais l’antenne à l’automne. Si j’avais été seule à décider de la date de mon départ, j’aurais prolongé un peu. Mais tout va bien, puisque j’ai eu une promotion.

La notoriété qu’offre l’antenne vous manquera-t-elle?

En Suisse, la notoriété reste abstraite. C’est seulement à des moments particuliers de ma vie, comme ce 9 août ou lorsque le décès de mon mari a été rendu public, que je l’ai ressentie. Sinon, les gens restent discrets et vous arrêtent rarement dans la rue. Ici, le côté star, il faut le rechercher.

A quoi ressemblera le nouveau 12h45 en préparation?

Notre mandat est clairement de le faire évoluer, non pas d’annoncer un nouveau journal dans trois mois ! Le 12h45 n’a pas de moyens propres. Il est rattaché à l’enveloppe globale de l’Actu. On prend ce que n’a pas dépensé le 19h30. Mais très concrètement, notre journal profite aussi des moyens engagés pour le 19h30. Par exemple, si un journaliste part en reportage pour le TJ, il peut faire un duplex pour nous à midi. Donc, si le 19h30 est tenu de faire des économies, nous sommes aussi touchés. Dans ce contexte incertain, le défi est d’imaginer des idées pas chères à mettre en place et qui apportent une plusvalue au contenu. Comme le 12h45 a moins d’impact que le 19h30, nous avons plus de marge de manoeuvre pour les tester. J’ai accepté la production du journal avec cette mission-là.

A quoi pensez-vous?

Une des idées peut être de solliciter davantage nos journalistes. Prenons les infos économiques, arides a priori et pas faciles à mettre en images. Un journaliste peut venir en plateau expliquer les faits en une minute, en s’adressant non pas aux spécialistes de la bourse, mais à tout le monde. Face à lui, le présentateur se retrouve dans la posture du téléspectateur qui dit : expliquez-moi ! C’est un peu ce ton que nous souhaitons donner au 12h45, en faire un journal plus convivial mais sans tomber dans le talk-show. Il est important qu’il garde son ADN. Le 12h45 est un journal d’actualités «immédiat», il est diffusé au moment où ont lieu les événements. Si une conférence de presse se tient à 11h, notre travail est d’y être. Au moment du 19h30, le téléspectateur connaît déjà la plupart des infos et il attend un autre regard du TJ.

Les rendez-vous Culture et Cinéma seront-ils toujours en 2e partie de journal?

Ça fait partie du mandat du 12h45. C’est, dans l’Actu sur RTS Un, la plus longue case culturelle. Nous proposons également des chroniques, comme Passé-recomposé, qui puisent dans les archives, ou le regard décalé d’Aurélie Cuttat avec Tout Bo. Nous comptons créer d’autres chroniques, étendre nos collaborations, c’est à voir.


Travail collectif

L’une a quitté l’antenne. L’autre a repris son poste. En totale harmonie. En effet, du lundi au vendredi, Claire Burgy est la présentatrice titulaire du 12h45 et sa productrice éditoriale. La journaliste oeuvre en tandem avec Agnès Wuthrich: «Le contenu du journal, l’ordre des sujets, les titres se discutent ensemble. Agnès s’occupe plus des aspects logistiques, visionne les sujets, donne son aval pour leur diffusion. La facture finale du journal lui appartient», résume Claire Burgy. Le plaisir de cette dernière à présenter des journaux est manifeste: «Le présentateur est au coeur de la mission de l’information. Il transmet au public le résultat du travail collectif de toute la rédaction. C’est ce qui est plaisant et stressant à la fois. Si on se plante, c’est le travail de tout le monde qui en pâtit.»

Texte: Propos recueillis par Marie-Françoise Macchi, paru dans le magazine Le Médiatic 213 (Octobre/Novembre 2020)